CRIME 

Mémoire - CF, 2002 - 95 - Notre mauvaise conscience est telle que tout crime paraît devoir appeler automatiquement une repentance supposée suffire. Il suffirait de la mémoire qui garde vivant le souvenir du crime pour effacer l'Irréparable, sinon le "justifier" du moins le faire rentrer dans l'ordre global de la justice et du sens. - Nous ne remplacerons pas la théodicée par une mnémodicée. L'hérésie est l'occasion de garder le crime vivant mais justement pas dans la mémoire, plutôt à l'état de passé radical que de "souvenir", de cause hors-temps et hors-justice mais qui "justifie" l'histoire. - 96 - Compassion, travail ou bien devoir de mémoire ne peuvent être la cause nécessaire du droit des victimes, d'un droit qui ne réconforte pas in extremis le forfait. La justice de mémoire ou celle de repentance est peut-être une raison suffisante de la défense des victimes, mais ne peut être la cause réelle de celle-ci (...). - C'est-à-dire que la justice est l'affaire du système du Monde, de l'auto-défense spéculaire qui est justement le crime comme système de l'auto-suffisance. Retour : LEXIQUE LARUELLE > CRIME

Révisionnisme - CF, 2002 - 122 - Le concept grégaire et unitaire de totalitarisme, comme celui de la constance historique du crime généralisé viennent à l'appui du conformisme servile et de la révision, ce sont des auto-englobants de l'histoire. Il n'y a pas de "génocide" des hérétiques et de l'Homme (...). - 123 - Il y a encore moins de génocide "de classe" et "de race" à leur propos. C'est le seul crime qui s'adresse à l'Homme-en-personne et qui prouve que ce dernier est une indivi-dualité et pas seulement un sujet-monde, un point irréductible à force d'inconsistance et qui appelle d'autant le meurtre. Retour : LEXIQUE LARUELLE > CRIME

Sacrifice - CF, 2002 - 126 - Le supposé innocent et le sacrifice qui le transforme en victime forment un système de convertibilité qui pourrait bien donner le diamètre de la sphère religieuse. Le sacrifice ne peut avoir de sens que s'il est d'une innocence pré-religieuse qui n'est pas apparemment cause de son sacrifice. Mais innocence et sacrifice, plus profondément que toute conscience ne peut le savoir, sont identiques ou tendent l'un vers l'autre à la trace près du sang répandu. C'est bien un crime et même le modèle du crime "gratuit" ou "inexplicable" - le crime originaire et prototypique qui se prolonge comme crime anti-hérétique. Retour : LEXIQUE LARUELLE > CRIME

Victime -  LU, 2004 - p. 185 et ss - la Loi mortifère du Monde ou l'Obéissance à une transcendance de type religieuse n'atteint pas la généralité de la spécularité suffisante propre à la philosophie : ainsi divergent, dans leur contestation de la maîtrise, la gnose non-religieuse et la non-philosophie - les êtres humains sont victimisables à proportion qu'ils sont philosophables - et la victimisabilité est à la victimisation, ce que la philosophabilité et est à la philosophie - la croyance au Tout-crime ou au crime-Monde relève elle-même de la pensée-Monde - elle occulte (en plaçant le crime à la place) la teneur en humanéité réelle de la victime individuelle, son identité humaine radicale - la victime vient s'identifier au crime et entre dans un cercle infernal avec son persécuteur - le crime est un concept qui se survole lui-même, de même que la victime se survole comme persécuteur potentiel - faute de pouvoir produire les déterminations réellement universelles du crime (justement un présupposé réel), la philosophie revendique un crime exemplaire et fondateur dont elle fait un absolu - la justice passe par une dualité unilatérale entre la Victime-en-personne et le cercle unitaire du tout-crime (crime-criminel-victime)- importe évidemment la victime concrète et en-monde en tant que symptôme de l'Homme-en-personne - l'Ange est, comme sujet déterminé-en-dernière-Humanéité (et certainement comme divin), le sujet victimisable par définition - le genre humain est le persécuteur de l'Ange comme sujet - la victime est persécutée pour cause d'identité humaine, celle qui peut être posé comme ultimatum à la philosophie et à la religion, mais non pensable par elles - la victime symptômale (mais non exemplaire) ne fait l'objet d'aucun "devoir de mémoire" car elle passe toute mémoire : c'est l'hérétique inconnu, l'Ange inhommé, le sans-Monde - Retour : LEXIQUE LARUELLE > CRIME