ETHIQUE

Antinomie - EE, 2000 - 363 - L'antinomie métaphysique est écartelée en passant à l'éthique mais reste une antinomie des extrêmes dont Platon, Kant, Levinas ne sont pas sortis, pas plus que de l'auto-position. La gestion des contradictions et des antinomies de l'éthique peut donner lieu à l'espoir vain d'une éthique supérieure et destinée à relayer ces contradictions actuelles. - 364 - Il faut que l'identité de celles-ci soit a priori non-positionnelle (de) soi pour des raisons qui tiennent au malheur plutôt qu'à la conscience, par exemple, qu'elle soit par conséquent une performativité qui dérive elle-même d'un Performé-de-dernière-instance. Retour : LEXIQUE LARUELLE > ETHIQUE

Autorité - EE, 2000 - 155 - L'autorité, comprise dans sa sens phénoménal, non moderne, est un concept de la causalité. Elle relève de manière dominante de la causalité dite "efficiente" propre à l'auteur et à l'agent, mais contient également un aspect de causalité formelle et finale. L'autorité est une causalité d'abord d'agent, de législateur produisant, techniquement en particulier, la loi, et secondairement de finalité et de forme de la loi.  - 156 - L'autorité (avec ses avatars, la responsabilité, l'imputation, la législation, etc.) est donc un concept qui relève de la pensée de l'Etre, l'Etre rassemblant phénoménalement en lui ces autre formes de causalité. - De quelque façon philosophique que l'en entende l'essence de l'homme, la Loi n'est faite que secondairement par l'homme et principalement par et selon l'Etre et destinée à l'homme. Ainsi l'autorité, comme tous les concepts philosophiques, relève de la structure de l'Etre et abrite; par opposition à l'identité réelle, l'amphibologie caractéristique de l'Etre ou de la philosophie, non pas celle de l'Etre et de l'Etant comme nous le croyons à la suite de Heidegger et qui n'est que secondaire, mais celle du Réel ou de l'Un et de la causalité en général et sous ses quatre formes. Confusion unique et multiple de l'Un-réel et de la forme, de la fin, de l'agent et de la matière, autant de mélanges, de convertibilités du Réel et d'une forme de l'Etre présente dans la causalité. - 157 - Double conséquence : 1) le Réel (de) l'homme détermine la morale par la forme, la fin, etc., donc par la médiation de l'organon philosophique (perte de l'autonomie de l'éthique) ; 2) un idéalisme et un volontarisme éthiques, la Loi co-déterminant aussi le Réel (même si le Réel détermine la Loi sous des rapports différents). L'éthique philosophique postule que l'homme est éventuellement définissable par l'éthique (par exemple Kant et Fichte, la vision morale du monde où l'auto-position de la Loi est l'essence de l'homme) et que, de toute façon, il est un objet transformable par elle comme forme et fin, donc de manière secrètement technologique encore. L'Homme est fait par, selon et à destination de la Loi. Retour : LEXIQUE LARUELLE > ETHIQUE

Cause - EE, 2000 - 130 - Les éthiques sont des systèmes de représentations pratico-métaphysiques réglées par la structure des quatre causes diversement hiérarchisées : tantôt par la finalité principalement (Platon, Aristote), tantôt par la formalité (Kant), tantôt par la matérialité (éthique matérialiste), tantôt par l'efficience de l'agent (éthiques techno-logiques contemporaines). Ces éthiques sont de droit traversées par les antinomies constitutives de la métaphysique (...), même si un type de cause est choisi en général à l'exclusion des autres mais justement par exclusion. Elles agencent des généralités "éthiques" abstraites et inductives, par conséquent impures ou co-détermines par les moeurs et leur facticité. Retour : LEXIQUE LARUELLE > ETHIQUE

Conjoncture - EE, 2000 - 125 - Deux distinctions sont nécessaires. 1. Entre "conjoncture éthique" (tels phénomènes biotechnologiques actuels et telles valeurs ou positions philosophiques en rapport - et "conjoncture de l'éthique" (les rapports de noeud que l'éthique philosophique entretient avec elle-même et qu'elle révèle comme actuels). C'est de celle-ci qu'il sera question. - 2. Entre concepts ou descriptions intraphilosophiques qui forment le contenu de la conjoncture (...) et ce que nous appelons l'identité de la conjoncture. Seule une nouvelle conjoncture peut en révéler une plus ancienne, mais ce mode de révélation reste interne au sens et à la révélation dont est capable la philosophie. Un autre mode de manifestation de la conjoncture est encore possible qui ne soit pas seulement sa critique philosophique mais sa théorie et son explication d'une part, sa critique réelle d'autre part. Il n'a plus la forme du rapport de noeud de deux conjonctures, c'est l'écart le plus hétérogène, celui de la conjoncture à son identité, à supposer évidemment que cette identité ne soit jamais elle-même l'objet d'une conjoncture ou d'une philosophie (...). - 126 - Nous décidons de désigner comme cette conjoncture le sentiment de l'accomplissement ou de la totalisation du mal comme tel. - Nous pouvons décider que, de cet affect d'une sorte de perfection sans précédent dans la quelle le mal a gagné un "régime" de densité et de manifestation dans la pensée qui ne cessera peut-être plus, il est légitime de faire la cause, l'occasion du moins, qui doit faire passer l'éthique sur un autre terrain et la renouveler. Retour : LEXIQUE LARUELLE > ETHIQUE

Décision   - EE, 2000 - 127 - La structure invariante de la décision philosophique conditionne toute éthique (...). Cette structure est constituée d'une part de la dyade de l'objet et de la pensée (ou encore de l'être et du penser etc.) et d'autre part de l'Un ou de la cause première qui la ré-unifie en un système ou la renoue comme triade. De là les trois dimensions de la conjoncture de l'éthique. - Les maux de l'éthique, le contenu phénoménal de sa "misère" concerneront ainsi, en fonction de sa structure philosophique, sa cause, sa manière de penser et son objet. - 1. Du point de vu de sa cause réelle, elle n'a que des fondements philosophiques, des entités mixtes, divisées et instables, à la fois idéelles et réelles (...). Lorsqu'elle est abandonnée du Réel comme c'est le cas, l'éthique philosophique s'abandonne de fait au mal dans lequel elle trouve le seul réel possible. On lui oppose l'identité humaine, malheur ou non-consistance, pas un fondement partagé et divisé mais le Réel qui ne peut qu'être-donné  de part en part, qu'il faut reformuler et poser à l'occasion du mal. - 128 - 2. Du point de vue de sa forme de pensée, étant dépourvue de cause réelle et ne trouvant de réalité de substitution que dans le Monde, elle est divisée entre son identité humaine, par l'hallucination qu'elle a de celle-ci, et le Monde, entre sa cause déterminante qu'elle ne peut que dénier, et sa cause mondaine. Elle perd donc l'identité et la véracité de sa parole, elle cesse de faire ce qu'elle dit et de dire ce qu'elle fait. - elle ment. - Le mensonge transcendantal de l'éthique consiste à se faire passer elle-même - au profit de qui elle légifère et qui s'institue alors comme auto-exception à la législation qu'elle édicte - pour le Réel qui aurait dû être sa cause. - 3. Du point de vue de son objet empirique, l'éthique philosophique est obligée de trouver en lui une partie de sa cause ou de sa détermination - et pas seulement un simple "objet" sur lequel légiférer. Elle n'est donc que le mélange, diversement proportionné, de son objet empirique et de sa cause. - Son essence étant un moment abstrait de son corpus, non seulement elle n'a pas d'objet et ne légifère en définitive que par et sur des fantasmes ou des mirages plutôt que sur des objets consistants du Monde (toute éthique philosophique est une éthique pour les philosophies-dans-le-monde, ni pour les étants eux-mêmes ni pour le Monde en son identité), elle se disperse et se dilue effectivement dans les objets empiriques sur lesquels elle ne légifère donc qu'illusoirement. - De là le troisième grand mal de l'éthique philosophique : sa dilution dans la doxa générale, son devenir-opinion universel sous la pulsion technologique et où elle ne cesse de s'immerger. On décrira comme techno-éthique ou étho-technologie le devenir-opinion de l'éthique dans le milieu technologique intense qui est définitivement le nôtre (...). Retour : LEXIQUE LARUELLE > ETHIQUE

Etho-techno-logie - EE, 2000 - 145 - Ce processus par lequel l'éthique ne cesse de sombrer dans une chute interminable, nous l'appelons Ethologos, le devenir-éthologique de l'éthique par lequel elle se dilue dans l'opinion qu'elle pénètre en retour. - 147 - La loi interne de l'étho-techno-logie est celle-ci : entre un phénomène apparemment éthique et un phénomène apparemment techno-logique, il y a toujours au moins une relation virtuelle, un voisinage qui peut être actualisé, un rapport divisé qui peut être repensé par la philosophie. Ou encore : il y a toujours une place possible pour une interprétation technologique supplémentaire du phénomène éthique, et une interprétation éthique possible du phénomène technologique. -  Quelle est l'instance qui émerge de cette lutte et qui règne sur les combattants eux-mêmes ? Leur Différence, leur Combat - la philosophie elle-même. - 148 - La Différence étho-technologique est simplement la corrélation devenue aliénante de l'individu ou de la subjectivité avec la règle, devenue norme et synthèse qui paraît aller de soi et être en devenir planétaire. - 149 - De là le produit de cette fusion immanente à la Différence et son processus, l'individu moderne, qui se pense et se croit conditionné par ces règles qui lui sont de plus en plus immanentes, qui lui donnent cette allure, cette existence de momie pénétrée de ses bandelettes comme on l'est de ses prothèses. - 150 - L'affect de l'enlisement de la Décision se répand de manière continue, c'est l'expérience d'une paralysie qui gagne tous les niveaux et toutes les sphères de l'existence. - Un aspect plus profond du même phénomène global, l'adoucissement de l'impératif catégorique, qui devient à la fois immanent et universel. Il se fragmente, se dissémine, perd de sa transcendance et de sa "rigueur", de sa pureté formelle aussi. - Fragmentation et extension universelles de la responsabilité, sous la forme d'une "responsabilisation" et d'une "imputation" douces, étendues à tous les comportements de l'existence. - 151 - La fusion du devoir ("en vue du" ou "par devoir") avec la légalité ou conformité ne signifie pas tout à fait la destruction du formalisme mais seulement son devenir-immanent. - 152 - L'étho-techno-logie comme comportement absolument "conforme" et inconditionné. Le conformisme est le principe transcendantal du Monde, la pensée-monde. - 153 - C'est l'homme en tout point "conforme", non plus seulement à un état, un pays, une culture, une loi, ni même à soi, mais à la Conformité même. - 153 - L'éthique fonctionne ainsi comme aide à la décision technologique (et ce n'est pas seulement l'éthique d'entreprise) et la technologie, outre ses fonctions classiques dans la production, comme aide à la décision éthique. 158 - Le problème des rapports de l'éthique avec les sciences et les technologies est globalement compris comme celui de l'invention et de la transformation des valeurs dans le sens soit d'une adaptation, soit d'une résistance aux derniers développements techno-scientifiques ; soit d'une invention éthique, soit d'un retrait ou d'une ascèse face à la pulsion technologique. - On suppose à tort que l'éthique et la transformation de l'éthique seraient la même chose et se feraient dans le sens de son adaptation et/ou de sa résistance aux avancées techno-scientifiques. - 159 - Or c'est la philosophie et elle seule qui pose ce type de rapport - l'unité divisée ou unitaire -, qui en a la maîtrise et la législation et qui en tire pour elle-même un bénéfice, une plus-value d'autorité. Entre l'éthique d'une part, la technologie et la science d'autre part, il y a le troisième terme de la philosophie. - C'est la philosophie qui entraîne dans sa circularité oscillatoire la rigueur de la science et celle de l'éthique. Ni fondation scientifique rigoureuse, ni affirmation rigoureuse de l'altérité, tels sont les deux effets de la philosophie sur l'éthique. La tâche sera donc de réconcilier une "causation" scientifique mais transcendantale de l'éthique avec l'absolue transcendance de celle-ci, sans passer par une Décision philosophique constituante et dominante qui interdirait cette opération. Retour : LEXIQUE LARUELLE > ETHIQUE 

Homme - EE, 2000 - 131 - La corrélation du mal et de l'éthique avec l'humain et dans l'humain reste un doublet, un cercle vicieux ou peut-être "malin", tant qu'elle est médiée par l'essence de l'homme mésinterprétée comme "genre humain", "espèce humaine", "animal-homme". L'animal éthique, voilà le véritable monstre, et c'est aussi et d'abord un monstre philosophique, un anthropoïde, dont il importe non pas de dissoudre la réalité - c'est impossible - mais de suspendre les prétentions et la pertinence théoriques afin de transformer la question de l'éthique en problème. Le renouvellement de la question : "Qu'est-ce que l'homme?" a trouvé son occasion dans l'expérience concentrationnaire et plus généralement l'histoire en tant qu'elles ont dépouillé l'homme des attributs traditionnels par lesquels on définissait son essence, si bien qu'il échappe à toutes les catégories pour devenir lui-même ce que la philosophie a fait d'emblée : un monstre. - 180 - La nouvelle conjoncture, celle de l'impossibilité d'une déision radicale par indiscernabilité et excès de l décision, se consomme dans l'affect d'un esseulement sans précédent. La morale nous a abandonnés, l'éthique a laissé l'homme comme sujet sans sauvegarde ou Etranger sans protection. - L'abandon est double. Il peut suivre de l'émergence d'une nouvelle forme du mal, inconnue ou du moins philosophiquement impensée - de là l'affect d'abandon. Mais elle est alors philosophiquement pensable et susceptible de relancer, dans son après-coup, la pensée morale. - 187 - Mais il y a un autre abandon éthique de l'homme, plus radical et sans commune mesure avec la violence de l'histoire et la destruction de l'homme par l'homme puisqu'il est plutôt la cause de cette destruction. C'est dès sa naissance et en tant qu'éthique, que la morale a abandonné l'homme et ceci en prétendant prendre soin de lui et le déterminer. - Et l'éthique préfère considérer l'homme - dans ses oeuvres mortifères ou maléfiques - comme un monstre qui lui échappe plutôt que de renoncer à sa prétention première de le penser comme être éthiquement déterminable. - 189 - Dans le monde et surtout hors du monde, l'Homme, par son "essence" du moins, est le seul être non-philosophable, c'est la fin du mensonge humaniste au nom même de l'homme. C'est donc aussi paradoxalement le seul être dont la solitude ne soit pas soumise à l'éthique et, pour cette raison, capable de déterminer celle-ci et la transformer sans qu'elle le transforme. - Cet homme-ci ne peut recevoir d'Autrui ou de la Raison, de la religion ou de la philosophie, la défense de sa solitude. L'Un est pour L'Autre, sans doute, mais au sens nouveau où, de l'Un seul, peut suivre une explication pratique a priori de l'Autre homme, c'est-à-dire de l'homme aux prises avec l'histoire, les relations sociales et politiques. Le théorème éthique dont l'homme est capable est celui-ci : l'expérience (de) l'homme-tel-que-malheur et l'expérience de l'éthique sont en-dernière-instance identiques ou se résolvent dans une non-éthique. - 294 - L'éthique est l'interface de la métaphysique et d'un X qu'il faut identifier comme l'homme, explicitement ou non, ou comme la place de l'homme autant que, par une autre face, celle de Dieu - voilà la structure invariante de l'éthique. - 298 - La philosophie s'est approprié le "connais-toi toi-même" sans en apercevoir le caractère mythique et trompeur (...). - Elle est traversée d'un affect vague, d'une contradiction mal identifiée, entre l'expérience de l'homme comme inconnu et qui doit le rester en vertu de son essence de donné-sans-donation ou sans consistance et la volonté de le connaître comme un objet ou une partie du Monde. - La philosophie ne sait pas encore, et ne aura jamais que l'homme n'est pas un problème, mais la solution au seul problème soluble qui est : "connais le Monde". Retour : LEXIQUE LARUELLE > ETHIQUE

Mal - EE, 2000 - 24 - Toute morale en tant qu'éthique ou qu'inséparable de fait ou de droit d'une philosophie, structurée en dernier ressort comme une métaphysique des moeurs, entretient au mal un double rapport. Au Mal comme opposé et corrélat du Bien et qui, lorsqu'il affecte son fondement métaphysique, s'appelle "mal radical" au sens de Kant. Mais aussi à un autre Mal plus profond dont elle participe précisément en tant qu'elle n'est qu'une éthique et souffre de "suffisance philosophique" inhumaine. Du point de vue du malheur radical, la corrélation du Bien et du Mal, leur convertibilité à une différence près, est en effet à son tour un "mal radical" en un second sens, sens non-éthique qui affecte la métaphysique des moeurs et toute éthique philosophique. - 132 - Même dans les camps ou dans n'importe quelle tuerie au nom de la purification ethnique, le mal en soi est indiscernable, il est déjà philosophé et philosophable, par les victimes et les bourreaux, et inversement l'éthique est déjà contaminée dans son essence par le mal. - 135 - Nous ne disons pas que la politique et à plus forte raison l'éthique sont le mal en personne, mais qu'elles forment avec le mal un mélange, un couplage de fait et de droit philosophique, qui définit l'objet d'une non-éthique. L'éthique n'est pas le "véritable" mal (...), elle est la différence de l'éthique et du mal; et ce que nous révélons en revanche est l'identité de cette différence et, de là, la nature de mal radical, en un sens nouveau, de cette Différence. En ce sens émergent le mal est identique au Principe d'éthique suffisante qui affirme l'autonomie de réalité (la primauté) et de la pensée (la priorité) de l'éthique philosophique. Le concept le plus universel du mal, concept non-kantien, nous pouvons donc le déterminer comme illusion transcendantale, en mode éthique et plus seulement théorique, comme résistance éthico-philosophique au malheur et comme son rejet. Retour : LEXIQUE LARUELLE > ETHIQUE

Mensonge - EE, 2000 - 24 - L'éthique ment du mensonge-de-l'exception, elle ne dit pas ce qu'elle fait et ne fait pas ce qu'elle dit. D'origine grecque ou directement structurée comme une métaphysique des moeurs, elle pose le primat de la donation sur le donné (le malheur) ou fait de la donation une exception au donné, c'est le mensonge-par-donation. L'éthique d'origine judaïque ou indirectement structurée comme une métaphysique des moeurs, ment du mensonge de l'élection, elle met entre l'homme et l'éthique une distance infinie qui le réifie et qui contredit tout autant l'en-malheur ou la non-consistance qui fait le coeur de l'homme. Retour : LEXIQUE LARUELLE > ETHIQUE

Métaphysique - EE, 2000 - 177 - L'essence est en général pour toute métaphysique le meta-, la distance ou transcendance "phénoménologique" qui permet de transgresser vers le tout de l'étant dans sa double dimension. Une métaphysique des moeurs spécifie ce meta- comme interdit et obligation qui en sont les modes précisément éthiques. - Le simple "projet" n'est pas spécialement éthique, mais pratique-actif, s'il n'est pas commandé et structuré par l'interdit et l'obligation qui décident quels actes ou quels projets relèvent de l'éthique parmi l'ensemble des actes du sujet. - Transcendance d'un autre type (epekeina), marquée par la contrainte exercée par une extériorité sinon extra-territoriale du moins limitrophique qui redouble le meta-, se fonde sur lui et le restreint comme si celui-ci s'excédait une seconde fois dans cette extériorité contraignante. - 178 - Si le meta- est l'essence unitaire et universelle de toute métaphysique, donc de celle des moeurs, son usage éthique se présente alors à la fois comme un plus et comme un moins par rapport à lui : une obligation positive non pas de quelque acte particulier mais de la transcendance ou de la transgression elle-même et un interdit non de quelque acte déterminé mais de la transcendance ou de la transgression elle-même. Dans l'horizon de la métaphysique - et toute éthique philosophique peut finalement y être réduite - l'éthique n'excède la transcendance que d'une nouvelle transcendance. Toutefois pourquoi s'affecte-t-elle de cette division pour s'obliger et s'interdire, sinon parce qu'elle s'identifie en un point d'elle-même à un facteur = X qui n'est plus métaphysique mais qui doit bien être émergent par rapport à celles-ci ? - Ce facteur = X qui peut tirer la métaphysique de son état pré-éthique et la transformer en Métaphysique des moeurs, c'est une variable qu'il est possible sans doute de "remplir" de toutes les transcendances sociales, politiques, juridiques, religieuses possibles, mais qui a nécessairement et de toute façon la forme de l'homme. - 179 - Nous posons ce facteur = X de manière indéterminée, comme requisit minimal d'un au-delà (epekeina) de la transcendance ontologique elle-même (...). - Toutefois même si ce facteur est résolument réel comme un Autre extra-territorial au transcender ontologique ou à la distance phénoménologique, il assume des fonctions de disjonction de la philosophie (voire de la Métaphysique des moeurs) et de l'éthique. - 180 - L'éthique reste donc ainsi de toute façon structurée comme une métaphysique, désormais refoulée, même lorsqu'elle cesse d'être une partie ou un moment de la Métaphysique des moeurs et affecte celle-ci en extériorité et en hétéromie. Cette fonction discriminante de l'éthique qui sépare alors la philosophie et la MM et permet à celle-là la critique de celle-ci, est particulièrement combattue par l'ontologie fondamentale comme question du sens de l'Etre, qui interdit cette émergence de l'éthique, comme elle peut être au contraire et positivement remarquée, voire être mise au service d'une expérience religieuse du type de la judaïque. - Une pensée qui pourrait éliminer ces limitations et produire une éthique réellement universelle ne serait plus une éthique juridico-politico-physique des actes ou des intentions, donc une MM dans la mesure où toute éthique philosophique est structurée, soit positivement soit par refoulement, par une telle pensée. - 181 - Du point de vue de l'être-moral en tant que tel, l'éthique que l'on appellera "non-philosophique" doit extraire l'être-moral uni-versel de sa forme simplement générale ; sa forme apriorique pure de sa forme aprioriquement abstraite et non pure. - Un sujet pratique non-philosophique doit être la corrélat de la radicale uni-versalité du Réel inconsistant. - 182 - La morale philosophique n'est pas très humaine mais faite par et pour la physis, la polis, le cosmos, etc. et n'est que la procédure ou le procédé de l'insertion de l'homme dans ces cadres et son assujettissement à ces Autorités. Retour : LEXIQUE LARUELLE > ETHIQUE

Métaphysique des moeurs - EE, 2000 - 164 - L'éthique, pour autant qu'elle est philosophique, est structurée comme une métaphysique des moeurs. - 165 - Comme la métaphysique théorique, elle se définit par son essence positivement aporétique de science unique et double. Ce dédoublement de la MM en deux disciplines aux objets distincts et corrélés est l'aporie qui conditionne l'ensemble des éthiques philosophiques comme solutions provisoirement apportées à cette aporie. Elle comprend une branche majeure ou une MM spéciale qui a pour objet la cause ou le fondement de l'étant moral (acte, intention, fin, etc., qualifiés moralement), qui met donc en jeu le tout de l'étant moral par où il a cause et fondement. - Elle comprend ensuite une branche mineure ou une MM générale qui a pour objet l'étant moral en tant que moral (et non en tant qu'étant) ou l'être-moral de l'étant. - "Moeurs" est ici un concept ontologique et non pas sociologique ; il désigne les objets, les actes, les buts, les intentions, etc. en tant que susceptibles de tomber sous le prédicat "moral". - 167 - Dans le travail de constitution de la MM, plusieurs étapes, qui sont de droit, importent pour évaluer le niveau d'élucidation des présupposés des éthiques. 1. La découverte encore métaphysiquement impensée du fondement  a priori ou rationnel de la pratique, fait pratique rationnel ou moralité a priori, dans lequel la MM trouve son assise, les limites de son domaine et met un terme à son indétermination "théorique". C'est sa forme intrinsèquement pratique mais non encore fondée comme telle : la morale évangélique et le droit naturel, l'Idée d'un jugement moral commun mais pratique plutôt que mode du jugement de connaissance. Ce premier moment est celui de l'Evangile, puis celui, bien postérieur, du "droit naturel" de Pufendorf puis de Rousseau, qui repésentent l'équivalent de Newton pour la constitution d'une science de la moralité. - 168 - 2. Le passage de cette auto-fondation de la MM à sa refondation, à la fondation du fondement pratique lui-même (métaphysique de la métaphysique des moeurs) ou de la moralité a priori (Kant). - C'est sa re-fondation comme telle par Kant, qui passe de la découverte du jugement pratique commun à son insertion dans le cadre de la MM. Cette re-fondation de l'auto-fondation spontanée est une auto-fondation supérieure de l'éthique dans la liberté. 3. Les diverses déconstructions possibles (...) de cette MM; déconstructions qui refoulent ou inhibent celle-ci sous l'élever à l'état effectif de "science". Parmi ces déconstructions, on distinguera particulièrement l'"ontologie fondamentale" (Heidegger) qui fait valoir le fondement originaire (...) du temps "eskstatique" comme sens de l'Etre. Ce fondement plus originaire que l'a priori kantien de la moralité, vaut cette fois-ci de l'ensemble de la métaphysique comprise alors comme question de l'être et de l'étant. - 169 - Ces solutions appartiennent aux tentatives post-modernes d'une délimitation de la MM classique ou moderne ; dans la mesure où elles l'entament, la refoulent, la déconstruisent, et par conséquent la présupposent toujours encore sans sa pertinence et sa validité réelle prétendue. - 171 - Présuppositions obscures de la MM géénrale et de la métaphysique en général : 1. son objet ontique (les moeurs), voire ontologique (la moralité), qui la cantonne dans la différence de la moralité aux moeurs et qui n'interroge la moralité que dans son rapport aux moeurs (même Kant malgré le refus éthique de la différence ontico-ontologique sous son seul angle théorique ou sous sa forme connaissante) plutôt que l'essence comme telle de la moralité ; 2. son concept ontologique et naturel de l'étant et donc de l'étant moral, sa détermination des moeurs (et donc de la moralité) comme étant objectivé et naturel, sa limitation onologico-physique de l'éthique ; 3. sa nature de transgression métaphysique, de dépassement des moeurs vers la moralité, donc son esprit de primauté et de domination apparemment peu compatible avec son objet éthique, à moins que l'éthique philosophique ne cache une volonté politique certaine qui serait en l'occurrence une contradiction ou un mensonge. - 175 - Que serait une éthique qui abandonnerait toute idée de dépassement et de maîtrise, sans en arriver par exemple comme Levinas à une éthique de la "persécution" ou de l'"otage" ? - La critique des présuppositions de la MM générale opérée, celle de la spéciale se réduit à peu de choses. Ses présuppositions particulières sont les suivantes : 1. La structure de primauté et de hiérarchie, qui apparaît explicitement comme telle dans cette branche et qui affecte toutes les notions en jeu. 2. La surdétermination de la hiérarchie "naturelle", propre à la métaphysique, par la conception chrétienne de la création : l'homme comme étant créé, comme première créature ou comme sujet, le salut de l'âme comme première fin ou fin ultime de l'homme. La hiérarchie ontico-ontologique originelle est surdéterminée par l'idée d'un étant passible de la moralité pour autant qu'il est créé. - 176 - Une fois décidée la primauté ou la destination morale de toute métaphysique à l'intérieur de celle-ci, la primauté reste à sa partie spéciale qui énonce la "fin souveraine" et qui n'est indépassable que du point de vue de cette fin. Retour : LEXIQUE LARUELLE > ETHIQUE

Morale - EE, 2000 - 197 - On appelle ici "immorale" une pensée qui prétend transformer en essence le sans-essence (de) l'homme et, bien entendu, on doit y mettre la philosophie. - Ce n'est pas que l'éthique doive faire l'objet d'une évaluation elle-même éthique (...). Elle devrait être effectuée de manière rigoureuse, identiquement scientifique (et) philosophique, et sur un mode évidemment pratique, qui achèverait d'arracher ce projet à une simple auto-application de la morale et à l'affirmation violente de son autorité. - 198 - Il faut poser que la discipline qui prendrait pour objet l'éthique ne peut être qu'une non-éthique en un sens radical (...) et ne trouvant sa cause que dans une instance dont on dira qu'elle est non-responsable (de) soi. Il est exclu de "fonder" l'éthique et de la fonder sur une responsabilité de soi supérieure. - La vérité de l'éthique philosophique, sa véritable destination inconnue d'elle-même, c'est qu'elle n'est qu'une morale provisoire. Toute éthique est une morale par provision que la philosophie comme métaphysique détache auprès de l'homme (...). - 199 - Dans ce rapport angoissé et tendu de la philosophie au Monde, toujours le manquant, l'éthique n'est qu'un repli supplémentaire destiné à colmater les brèches de l'autorité philosophique et les échecs de sa maîtrise. - La non-philosophie est cette pensée pour le Monde, mais celle-ci précisément ne peut se réaliser qu'en renonçant à l'élucidation totale de l'étant et en comprenant que le monde dans sa plus grande universalité ne peut être que la philosophie ou que l'étant en tant que de droit philosophable. - Dans cette nouvelle problématique, à son tour l'impossible législation éthique totale du Monde qui fait que l'éthique reste incertaine et par provision est remplacée par la législation non-éthique chaque fois unique, en vertu de son essence identiquement scientifique et philosophique. Retour : LEXIQUE LARUELLE > ETHIQUE

Philosophie - EE, 2000 - 297 - Il faut dans tous les objets de la philosophie compter avec la détermination spécifiquement éthique, qui est sa dimension concrète et supérieure à la fois. - 298 - Le mixte éthico-philosophique n'est donc pas simple dyade de base, ni même triade (dyade + Un transcendantal) mais touche au 4 autant qu'au 3. C'est le philosophique pleinement déployé comme Un incluant l'Autre exclu, devenu limitrophique, ou encore comme moitié impaire ajoutée par la philosophie post-moderne ou post-métaphysique à la structure standard de la Décision. - Par sa base elle touche donc  àla amtière "morale" des "moeurs". Par son sommet elle touche à l'objet le plus haut de la métaphysique, l'Un, soit apparemment seul, soit combiné plutôt aux extrêmes avec l'Etre ou bien avec l'Autre. - 289 - L'éthico-philosophique est donc une structure de mixte (...), elle combine le meta- de la transccendance idéelle (par exemple dans la dyade de l'Etre et de l'étant) et l'epekeina de la transcendance réelle - le "trans-" et l'"au-dela". Cele-ci n'est pas un meta- mais prend appui sur lui. Le meta- s'accomplit comme auto-position sous la forme d'un Un transcendantal, l'epekeina s'accomplit comme transgression, dépassement supplémentaire au meta- lui-même sous la forme d'un Un transcendant. - Si par exemple l'auto-dépassement de la transcendance par elle-même peut se dire en "sur" - comme chez Nietzsche -, c'est que l'au-delà réel, irréductible à l'immanence auto-positionnelle, se fait sur-positionnel et rabat la dimension de la hauteur sur celle de l'horizontalité et du plan d'immanence, mettant le surpassement au coeur du dépassement. - 290 - Les déconstructions (Heidegger, Derrida) articulent le meta- de la présence logocentrique transcendante et l'epekeina du dépassement comme altérité, elles sont intrinsèquement éthiques, ce pourquoi elles ne proposent pas spécialement d'éthique.  Retour : LEXIQUE LARUELLE > ETHIQUE

Technologie - EE, 2000 - 104 - L'éthique en effet a toujours été conçue comme une technologie de lutte contre le mal. Technique de vie que les diverses écoles de sages ont proposée à l'enseigne de la vie heureuse et satisfaite, puis avec Kant technique rationnelle-pratique de lutte contre la suffisance du sensible et de la "nature". La distinction des impératifs techniques et catégorique, malgré l'effort de Kant, tombe dans la philosophie en général comme technologie transcendantale, si bien que, dès qu'il s'agit non plus du jugement moral en soi et dans son idée, mais de la morale effective où le mal comme radical et la volonté rationnelle se déterminent réciproquement, se limitent et déplacent leur commune frontière, l'éthique se résout en une technique casuistique où elle avoue son immoralité, quand ce n'est pas dans une éthique encore plus cynique de la communication. - 350 - La foi éthique est structurée comme une fois méta- et epekeina-physique, c'est la croyance qu'une détermination éthique pure des événements est possible et nécessaire. Apparence objective chevillée au corps de la philosophie et qui fonde l'appel à l'intervention éthique, par ailleurs (qui se pressent) vaine, dans le Monde. - 351 - Or il n'y a que des mixtes d'idéalité éthique et d'autres phénomènes qui tentent de se réfléchir, de se poser absolument, par analyse et synthèse, différence et dialectique, des identités techno-éthiques, politico-éthiques, etc., c'est l'élément où pousse la croyance à une action purement éthique. - La prétendue législation éthique se résout en une technologie transcendantale de déplacement et de transformation des frontières. - 352 - L'éthique philosophique postule ainsi illusoirement une intervention éthique pure dans les événements intérieurs au Monde, ce que ne permettent pas réellement les couples forme/matière, loi/pathologique, etc... Seule une supposition technologique de "boîte noire" ou d'identité inélucidée peut assurer la suture de l'expérience et du jugement moral commun ou de la volonté rationnelle. - Mais c'est la philosophie, en tant que structure de l'éthique, qui est cette technique de jointure qui crée l'apparence objective d'une action éthique possible sur la singularités des événements. C'est elle qui est en réalité cette technique transcendantale qui a pour objet le réel comme Tout ou Etre. - Seule la Force (de) Loi plutôt que l'autorité de la Loi supposée déjà donnée (comme faite ou à faire et en devenir, peut importe ici) peut ne pas se résoudre en une activité de déplacement et d'inversion techno-philosophique des frontières de l'éthique et du non-encore-éthique. - La non-éthique réalise les vraies fins de l'éthique en renonçant à être déterminée par une pareille technologie et en prenant pour objet ce qui est donné dans l'expérience telle que décrite plus haut, c'est-à-dire l'identité (du) mixte (frontières comprises). - 353 - La forme non-éthique est un chaos de déterminations sous forme d'identités radicales, sans hiérarchie mais chaque fois à dualité uni-latérale" dont aucune déformation topologique, aucune torsion sur soi ou altération ne peut rendre compte ) partir du mixte. Ce chaos, réglé par la "syntaxe" de la dualité unilatérale, rend possible une véritable pratique transformatrice qui échappe aux apparences topologiques. - Et elle manifeste des identités transcendantales uni-verselles au triple aspect (un-identité, uni-latéralité, uni-versalité), en quelque sorte un chaos d'uni-vers. Retour : LEXIQUE LARUELLE > ETHIQUE