ETRANGER
Clonage - EE, 2000 - 261 - Le sujet se constitue comme Etranger depuis le Réel, sur la base de l'Identité déjà donnée. En revanche pour être sujet existant il lui faut le concours du Monde, par exemple d'Autrui. En ce sens l'Etranger c'est ce que devient Autrui lorsqu'il est donné-en-identité. Alors Autrui saute hoirs du cercle de l'Ego et de l'alter ego et change de statut. bref l'Etranger radical n'est pas une duplication d'Autrui mais ce dont Autrui n'est plus maintenant qu'une forme de symptôme. Cette opération n'est plus de redoublement plus ou moins mimétique, mais d'un clonage d'un type nouveau ; non plus de reproduction à l'identique mais de production qui reste dans les limites de l'identité ou d'émergence selon l'identité à partir d'un matériel donné. - 262 - La production de l'Etranger est son clonage à partir du matériel d'Autrui mais sous identité radicale. Seul ce clonage produit un être émergent par rapport à la transcendance elle-même, parce que ce n'est pas un clonage imaginaire, le produit d'une division interne, d'une sorte de scissiparité ou dédoublement par division. C'est un clonage-de-dermière-instance, "externe" ou dual justement parce que sa cause est l'immanence radicale. Retour : LEXIQUE LARUELLE > ETRANGER
Dieu - EE, 2000 - 369 - L'Etranger pourrait être dit "non-lévinassien" au sens d'un essai d'uni-versalisation de l'"Autre homme". A l'Etranger infini on peut donc opposer l'Etranger radical ou séparé. A Dieu on opposera somme toute l'homme tel qu'un hérétique, la forme d'altérité la plus radicale qui puisse atteindre l'homme sans donner dans la philosophie et la théologie. Ce n'est pas Dieu qui est séparé. Si l'homme a projeté hors de lui sa propriété essentielle, ce n'est pas son essence philosophique, c'est son essence réelle, son identité séparée ou l'être-séparé de son identité. On distinguera l'Etranger infini et l'Etranger radical comme le Visage et l'Uni-face, comme la face de Dieu et la face de l'homme ; comme le Très-Hautre et l'Egal (...) ; comme particulier dont l'universalité est transcendante et comme uni-versalité immanente. Retour : LEXIQUE LARUELLE > ETRANGER
Existence - EE, 2000 - 280 - Toutes les caractéristiques du Réel peuvent se dire de l'Etranger - tous les traits de l'Ego, du sujet - mais seulement en-dernière-instance. - Il est nécessaire en tant que sa cause est le réel ; par ailleurs il relève de la contingence de l'occasion (la forme-monde ou philosophie), contingence qui lui est nécessaire pour exister mais qui ne l'est pas au Réel même. Le Réel est radicalement autonome, suffisant quant à lui-même mais non-suffisant du point de vue de la pensée ou de l'existence. Il lui faut une donation pour devenir cause. La non-suffisance du Réel est son être-séparé et se substitue à la "finitude" subjective. Le Réel est radical et non-suffisant, iul n'est ni absolu ni fini ni un absolu de finitude. - 281 - L'Etranger ou l'existence ne repose pas sur un néant - aucun néant ou transcendance dans le réel - mais sur une non-suffisance du Réel qui implique définitivement qu'il n'a pas besoin de la plénitude auto-suffisante d'une essence. - Exister-Etranger, ce n'est pas devenir étranger, s'engager dans une métamorphose, et pas davantage devenir pour soi ce que l'on est en soi. C'est performer l'Etranger tel que je le suis. C'est simplement effectuer la fonction-Etranger -sans aliéner ou remplir téléologiquement l'uni-versalité de la vision-en-Un, constante de la fonction - et l'effectuer par l'actualisation de la variable. - 272 - La distinction du Réel de-dernière-instance et de l'Etranger comme fonction de l'occasion se substitue à celle de l'essence et de l'existence. L'existence a une cause mais pas de raison, on l'a dit, c'est une cause spéciale, sans essence ou signification structurante, sans même être causa sui. Retour : LEXIQUE LARUELLE > ETRANGER
Fonction - EE, 2000 - 262 - Un pas essentiel vers l'Etranger universel du point de vue syntaxique, c'est de lui faire prendre la forme d'une fonction (...) mais une fonction transcendantale et non pas mathématique. Nous avons la constante, à savoir l'Identité réelle, inaliénable et inamovible. Nous avons l'argument variable, à savoir les concepts philosophiques d'Autrui. Enfin nous avons la structure interne de la fonction, la dépendance qualitativement et fonctionnellement inégale de la variable par rapport à la constante et à l'argument. L'Etranger radical est donc fonction d'Autrui sous la constante de l'Identité réelle. - L'Etranger use de l'empirique pour se constituer tel que transcendantal et apriorique sur la base de l'en-Réel. Il émerge, hétérogène à Autrui, existant-Etranger ne trouvant dans le Monde que son occasion. - 263 - Si la fonction est substituée à la prédiction, si elle est de plus et surtout ordonnée au Réel, greffée sur lui sans le co-déterminer, si lui-même est forclos à la forme-fonction comme à la forme-prédication, si donc la fonction n'est pas ici une relation interne et/ou externe, alors le logique suit du Réel et vaut sans doute comme syntaxe de la seule pensée ou de l'Etranger mais nullement de sa cause. Retour : LEXIQUE LARUELLE > ETRANGER
Identité - EE, 2000 - 271 - Un grand malentendu traverse la philosophie de ce qui fut la 20è siècle et s apolitique, il porte sur l'identité. Elles croient que pour faire place à l'Etranger, à commencer par une place dans la pensée, il faut limiter l'identité ou l'ordonner à la différence. - En réalité la philosophie, toute la philosophie, ne critique, n'autocritique ou n'hétérocritique que l'identité "grecque" ou prise dans l'Etre et ancillaire du Tout. C'est bien la philosophie et elle-seule qui suppose l'Un-Tout et le Tout-identité et qui doit donc le limiter, le différer, le déconstruire, etc. - 272 - la philosophie ne connaît pas l'Identité qui n'est qu'elle-même, l'Un qui n'est pas, non pas parce quil ne serait pas mais parce qu'il est donné-en-Un ou sans consistance. Cette Identité radicale plutôt qu'absolue, n'est justement pas le Tout-identité, elle ne peut être qu'un Réel hors-Tout, non suffisant, qui appelle par ailleurs la donation du Mond,e d ela Cité, d'Autrui afin que, précisément, il puisse déterminer à partir d'eux l'Etranger. C'est une telle identité qui permet, comme cause, de faire émerger l'ordre universel de l'Etranger, du sujet, au devant de l'ordre cosmopolitique ou pour lui. Cette cause-sans-raison ou sasn-être, nous l'appelons indifféremment, par liberté axiomatique, l'Un comme Un-en-Un ou vision-en-Un (en mémoire de Platon), ou encore le Réel (en mémoire de Marx et de Lacan), ou encore l'Ego réel ou radical (en mémoire de Descartes et de Husserl) - évidemment tout cela en simple mémoire symptômale. - 273 - L'Etranger est alors ce qui affecte si peu l'identité (...) qu'il est plutôt ce qui témoigne aux yeux révulsés du Monde, de l'Identité radicale et de sa causalité non pas à l'intérieur du Monde mais pour le Monde lui-même. - Autrui n'est plus alors le modèle duquel l'Etranger doit être décalqué, ce n'est plus que le matériau et l'occasion desquels l'Etranger se constitue comme étant, lui, sans-modèle, puisque sa cause l'arrache à la philosophie et au Monde. Retour : LEXIQUE LARUELLE > ETRANGER
Monde - EE, 2000 - 263 - L'Etranger présente une hétérogénéité qualitative au Monde qui excède le voisinage et même l'altérité. l'Etranger n'est pas un voisin sauf à le rêver intégré. Plus on accentue son altérité, jusqu'à l'unilatéralité qui est en réalité autre chose qu'une altérité, plus on doit lui supposer une identité propre. - 264 - Cette émergence spéciale, cette hétérogénéité possède sans doute des caractères du type transcendance (extériorité, distance, mais non-autopositionnelles), mais elle se définit plus essentiellement par un être-séparé (du) Monde d'une manière telle qu'il n'exclut ni n'absorbe le Monde mais est pour lui - son uni-versalité. - Lorsque le Principe d'identité est ainsi transformé en fonction de l'Identité réelle, le Principe de contradiction devient à son tour "non-contradiction" en un sens nouveau : celui du dual de l'Identité et de X, de la dualité unilatérale de Moi et de l'Etranger, de l'Etranger et du Monde. Retour : LEXIQUE LARUELLE > ETRANGER
Philosophie - EE, 2000 - 267 - Déjà, la pensée d'Autrui est traversée par une anti-thétique gréco-judaïque : par le conflit de deux postures : la posture judaïque que l'on rassemblera schématiquement sous le titre de l'Autre-que-le-même, ou de l'exception par l'élection ; la posture grecque à rassembler dans la formule de l'Autre-selon-le-même ou de l'exception par la hiérarchie. L'Etranger est-il l'une de ces exceptions, voire l'essai de leur synthèse ? Or si Autrui est une question, l'Etranger en est à peine une pour l'instant. C'est un donné historico-culturel, ou bien un slogan, un mot d'ordre politique. On le confond avec l'ensemble de ses effets d'altérité, de rupture du consensus, de dangerosité sans pouvoir le saisir théoriquement comme problème spécifique et comme concept. Si ce n'est de Platon, qui en fait le messager de la philosophie elle-même, l'Etranger est l'Inconnu de la philosophie - cela expliquant peut-être ceci. Elle a préféré croire régler le problème dans l'horizon cosmopolitique antique de la citoyenneté et, plus tard, dans l'horizon moderne de la question d'Autrui et de l'Intersubjectivité. - La philosophie peut-elle accéder à l'Etranger lorsqu'elle le décalque d'Autrui et qu'elle demande à quelle conditions le Moi est-il un Autrui, et l'Autrui un Moi ? - 268 - Mais si la philosophie ne parvient pas à donner un statut théorique cohérent et définitif à l'Autrui et à plus forte raison à l'Etranger, c'est qu'elle n'y parvient pas d'abord pour l'Ego. - Elle a voulu constituer le Moi mimétiquement à partir de l'Autrui empirique, par un clonage de type imaginaire. - En revanche, l'excès de l'Etranger sur l'Intersubjectivité et la Cité philosophique, voilà l'un des apports spécifiques du judaïsme. - 269 - L'Etranger doit être lui-même le sujet performant sa propre théorie, se confondre avec elle mais au sens d'une performativité où messager et message sont identiques en-dernière-instance. - 270 - L'insuffisance de l'élaboration théorique de l'Etranger n'est pas sans effet sur deux questions centrales de la philosophie : celle de la démocratie et celle du sujet. - Que le sujet ne devienne universel que comme L'Etranger, que l'Etranger soit l'authentique concept du sujet hors de sa limitation gréco-philosophique, sans être pour cela un subjectivité classique, voire une altérité redoublant la transcendance, cela n'est évidemment possible que par le suspens de l'autorité exclusive de la philosophie mais aussi de ce qui l'interroge et la sollicité, l'affect juif de l'altérité. - 271 - Ne peut-on changer globalement d'hypothèse et, au lieu de le faire tourner autour de la philosophie, fût-elle distendue entre les pôles grec et juif, faire tourner la philosophie - si c'est encore "tourner" - autour de l'Etranger ? Retour : LEXIQUE LARUELLE > ETRANGER
Prochain - EE, 2000 - 377 - L'Etranger est uni-versel par définition mais il est spécifié comme "Autre" (prochain) dans d'autres rapports qui sont d'identité et non plus de détermination réciproque comme c'est le cas dans l'éthico-philosophique. L'Autre spécifie l'identité de l'Etranger en lui imposant une forme de fonctionnement comme singularité. Si l'éthique ne parvient pas à extraire l'identité de la singularité exceptionnelle, la non-éthique va de l'identité à la singularité et résout même le problème d'une identité-de-dernière-instance de la singularité, cessant de les opposer et de les laisser s'entr'empêcher l'une l'autre, de les inhiber l'une par l'autre, de déterminer réciproquement l'Etranger par l'Autre dans le mixte éthico-mondain. - Le Prochain non-éthique suppsoe l'Etranger pour s'identifier en-dernière-instance à lui, mais celui-ci ne suppose pas nécessairement celui-là si ce n'est dans le projet d'une éthique unifiée dont nous avons développé le concept. Retour : LEXIQUE LARUELLE > ETRANGER
Rébellion - EE, 2000 - 373 - L'Etranger est une force toute d'insurrection ou d'uni-face - c'est la même chose, - de rébellion. Ce rebelle ne se dresse pas comme une force-chose contre d'autres choses qui sont autant de forces - on ne confondra pas le Rebelle et le Guerrier. - L'Etranger est radicalement subjectif, un simple clone manifesté par le malheur en-dernière-instance. Il ne s'autorise même pas d elui-même (s'autoriser-de-soi : la dernière auto-position, le sujet comme causa sui), sa non-suffisance le lui interdit, mais - c'est justement sa subjectivité radicale - il ne s'autorise que de cette non-suffisance qui le fait malgré lui rebelle (au) Monde. La Rébellion, toujours radicalement subjective, ne s'autorise pourtant pas directement et positivement d'elle-même. Retour : LEXIQUE LARUELLE > ETRANGER
Responsabilité - EE, 2000 - 372 - Nous sommes radicalement responsables du Monde lui-même, de la transcendance élargie (aussi bien à l'étant qu'à "Autrui"), mais responsables sans être le moins du monde otage de cette transcendance. Nous sommes des Moi autonomes et en-dernière-instance des clones selon ce Moi. - Pour l'Etranger et sa cause réelle - une cause sans raison (finale, efficiente, matérielle, formelle) - le Monde et ses Autorités n'ont jamais été qu'occasion plutôt qu'objet ou que but. Et la tâche qui revient à l'Etranger est de manifester cet être-réduit (uni-latéralisé) aux yeux mêmes du Monde, d'entraîner l'homme à se déprendre du Monde. - 373 - L'explication est ici la production émergente d'un ordre hétérogène au Monde, ordre d'une Cité humaine uni-verselle des Etrangers. Comment nommer une "cité" hors de l'horizon cosmopolitique sinon "Cité-univers" ? Retour : LEXIQUE LARUELLE > ETRANGER
Théorie unifiée - EE, 2000 - 250 - Si nous acquérons un concept réellement universel et non particulier de l'Etranger, une universalité qui ne soit pas l'envers d'une exclusion; alors nous tiendrons aussi une définition complète de l'homme et qui le libère de ses particularités métaphysiques et religieuses. Prendre la philosophie et, par exemple, les ethno-savoirs comme des objets ou des propriétés pour un nouveau savoir qui est celui de l'Etranger, cela ne va pas sans problème. - Ce type de pensée, on l'appelle théorie unifiée - non unitaire - de la philosophie et de la science ou de telle science. Unifiée de manière hétéronome et immanente à la fois, par son objet - l'Etranger - et non par l'une ou l'autre des parties ou des adversaires. - 251 - Au lieu de faire de l'Etranger l'objet partagé, surdéterminé, ambigu, de la philosophie et des sciences humaines, faisons-en le sujet de cette hypothèse d'un nouveau savoir de la philosophie et des sciences. - Pouvons-nous poser le sujet-Etranger de telle sorte qu'il soit cause ou hypothèse explicative de ces disciplines tout en se constituant à l'aide de moyens tirés de ces disciplines elles-mêmes ? - Une telle science (...) se nomme dans la philosophie une "science transcendantale". Ici (...) nous l'appelons une théorie unifiée de la philosophie et des sciences humaines, unifiée à l'enseigne de l'Etranger, et de l'Eranger comme nouveau sujet de cette science plutôt que comme son objet. Retour : LEXIQUE LARUELLE > ETRANGER
Univers - EE, 2000 - 283 - Appelons "Etranger-univers" non pas l'Etranger décalqué du modèle d'Autrui ou cloné imaginairement de lui, mais l'Etranger en identité-de-dernière-instance, tel qu'il est l'Identité (de) l'uni-versel. Cet "uni-vers" se constitue en prenant le Monde et l'Autrui-monde comme simple occasion. Autour d'Autrui s'ouvre un Monde possible. Mais l'Etranger se déploie tel qu'un uni-vers pour tous les Mondes possibles. - Seul l'Etranger cloné d'Autrui selon le Réel est unifacial : comme Ego-en-dernière-instance, il n'a pas de face ; comme être-au-devant-du-Monde il est l'unique face qu'il ne peut lui-même survoler, telle qu'il ne peut que se vivre ainsi. l'uni-face ne peut être objectivé, mais seulement subjectivement vécu. La non-suffisance du Réel interdit toute auto-position de l'Etranger, toute volonté de domination. L'existence la plus radicale, la moins absolue, est uni-latérale, l'ex- doit être compris comme uni-latéralité ou jet-sans-retour. La structure de l'Etranger n'est donc pas unitaire ou synthétique, c'est une dualité de l'Ego, donnant sans transcendance le Monde, et du sujet cloné effectuant cette immanence. Retour : LEXIQUE LARUELLE > ETRANGER