NON-PHILOSOPHIE
Chôra - LU, 2004 - 21 - Le point qui concentre les résistances philosophiques est sans doute l'invention du Nom-de-l'Homme, nom premier, oraculaire autant qu'axiomatique, pour la cause déterminant la posture non-philosophique. Et celui qui concentre les différends est le style de la non-philosophie comme identité qui possède un double aspect, de discipline et d'oeuvre, de théorème et d'oracle. Mais la véritable difficulté à entendre la simplicité de la non-philosophie est très profondément dissimulée dans les profondeurs de la philosophie elle-même. C'est que celle-ci ne cesse (...) d'être un geste dédoublé, donc sans véritable immanence, de transformer son contenu thématique de transcendance en oubliant de transformer aussi la transcendance opératoire dans l'élément de laquelle s'établit l'ontologie de surface et que nous appellerons en souvenir de Platon le chorismos, effet général de chôra qui donne littéralement lieu à la philosophie, exigeant nouages et sutures, auquel nous "opposons" une fois pour toutes l'Homme-en-personne, sa puissance de clonage et son être de futur. - 22 - La philosophie, elle aussi, est à double niveau, ses conditions opératoires pré-ontologiques d'une part, le thème superficiel d'autre part, elle aussi a un présupposé mais l'ignore ou l'efface dans l'unité de l'apparence qui s'appelle le Logos. Justement le Logos, sa nature de foudre ou de flash possède un "sombre précurseur", la chôra, qui est autant une image virtuelle et que la philosophie, éblouie de sa propre fulguration, semble avoir définitivement oublié en s'y installant. La non-philosophie risque de prendre ce même chemin, de confondre le réel qu'elle croit être et son double fantomatique, de se contenter de travailler le niveau thématique de la philosophie (...) et non la forme-transcendance de ses objets. Elle risque finalement par précipitation de recueillir l'héritage de la philosophie, héritage du présupposé méconnu, plus profond encore que le jeu des transcendances. C'était cela que veut dire l'impératif de la radicalité de l'immanence, traiter l'immanence de manière immanente, ne pas en faire un nouvel objet. D'où le non- (philosophie) et le refus du chorismos platonicien, symbole de toute abstraction et donc de toute apparence transcendantale. - Retour : LEXIQUE LARUELLE > NON-PHILOSOPHIE
Clonage - LU, 2004 - 38 - L'effectuation est la prise en compte de la réalité de la philosophie, de son autonomie relative. Celles-ci impliquent que l'Un ne donne plus seulement la philosophie comme simple "occasion ", mais qu'il remplisse une nouvelle fonction auprès d'elle qui est maintenant "décisive " ou qui " intervient " d'une manière positive. L'Un réel remplit alors une fonction transcendantale, tout en restant le Réel inaliénable qu'il est, sans changer de nature ou "devenir " un autre " Un transcendantal " à côté du premier. Ce clonage transcendantal à partir du matériel philosophique est possible sans contredire l'autonomie radicale du Réel : la philosophie est déjà donnée en-Un et par conséquent le Réel ne se contredit pas lorsqu'il joue un rôle transcendantal auprès d'elle. - Le clone non-philosophique est dans son essence ou sa matrice une instance transcendantale, c'est-à-dire une vision-en-Un qui se dit de tel matériau de type philosophique. C'est donc le contenu exact du parler/penser-selon-l'Un. - Retour : LEXIQUE LARUELLE > NON-PHILOSOPHIE
Critères distinctifs - LU, 2004 - 41 - Ce sont : 1) le caractère d'abord réel de l'immanence, et seulement ensuite sa fonction transcendantale ; 2) la rigueur qui consiste à traiter l'immanence par l'immanence ; 3) l'être-déjà donné de la philosophie en-Un ; 4) l'Uni-latérité ou l'Autre-que... comme structure de l'immanence réelle ; 5) la reprise du concept marxiste de détermination-en-dernière-instance ; 6) la dualité unilatérale de l'Homme et du sujet ; 7) la messianité humaine comme futur immanent, la vocation à l'utopie et à la fiction ; 8) le sujet non-philosophique comme théorie unifiée d'un aspect mathématique (axiomatique) et d'un aspect philosophique ou oraculaire. - Retour : LEXIQUE LARUELLE > NON-PHILOSOPHIE
Discipline - LU, 2004 - 50-51/ résumé - la non-philosophie : une doctrine ouverte aux libres interprétations ou une discipline anonyme et contraignante ? - elle est plutôt unification en-dernière-instance d'une discipline et d'une oeuvre, d'une théorie et d'une pratique - ses règles sont rigides ou invariantes lorsqu'elles dérivent de la logique ou d'une science à contenu positif; elles sont ludiques lorsqu'elles découlent des doctrines philosophiques, combinant le primat de l'invariance et celui de la variation ; enfin les règles sont dites rigoureuses ou unilatérales en mode mixte, soit invariantes négativement (sans contenu empirique), lorsqu'elles déterminent en-dernière-instance le contenu contingent des précédentes règles - au 3è sens, la discipline comprise négativement impose de se soumettre au moins à la règle de l'unilatéralité - Retour : LEXIQUE LARUELLE > NON-PHILOSOPHIE
Dualité unilatérale - LU, 2004 - 36 - La non-philosophie n'est pas un système unitaire mais un dispositif théorique à double entrée ou double clé mais radicalement hétérogènes puisque l'une de ces clés est l'Identité. C'est la " dualité unilatérale ". A cause de son immanence radicale qui refuse pour soi toute position ou consistance, la vision-en-Un n'est jamais présente ou positive, donnée dans la représentation ou la transcendance, et manipulable comme une "clé". Cette dualité n'est pas celle de deux côtés : le Réel n'est pas un côté, seul l'est la non-philosophie ou l'autonomie relative de la philosophie. C'est un dispositif non plus biface ou bilatéral comme le philosophique, mais uniface ou unilatéral. Une dualité qui est une identité mais une identité qui n'est pas une synthèse, c'est la structure même de la Détermination-en-dernière-instance. - Retour : LEXIQUE LARUELLE > NON-PHILOSOPHIE
Effectuation - LU, 2004 - 69-70/ résumé - unicité de la non-philosophie et pluralité de ses effectuations par les non-philosophes - la non-philosophie est sous-conditionnée par un matériau chaque fois différent, de sorte qu'aucune effectuation de la non-philosophie ne parvient à épuiser son identité et son pouvoir universel - la philosophie constitue le matériau le plus universel, celui qui fournit l'essence et le total des apparences - 74-75 - toute manière de caractériser la non-philosophie par division ou par choix doit être invalidée - même si elles ont une apparence théorique objective, les scissions intra-non-philosophiques ont une cause spécifiquement philosophique - rappelons que la non-philosophie distingue une cause (le Réel), une essence (l'identité transcendantale du sujet comme clone), puis des aspects qui sont le contenu du sujet transformé en a priori du matériau du Monde - les non-philosophes peuvent se dire au pluriel seulement en fonction des aspects qu'ils choisissent - Retour : LEXIQUE LARUELLE > NON-PHILOSOPHIE
Enoncé - LU, 2004 - 32 - Les énoncés de la non-philosophie ont tous un aspect d'axiome en tant qu'ils sont l'identité (de-dernière-instance) de la dualité unilatérale ; et un aspect de théorème transcendantal en tant qu'ils sont la dualité unilatérale qui accompagne l'identité. Les théorèmes peuvent servir d'axiomes mais sous la condition de déterminer-en-dernière-instance d'autres théorèmes ; les axiomes peuvent servir de théorèmes mais sous la condition d'être déterminés-en-dernière-instance par d'autres axiomes. Axiomes et théorèmes ne forment pas, comme dans la science, deux classes distinctes de formules ni, comme dans la philosophie, une dualité réciproque, celle des propositions dont la donation et la démonstration ou la déduction sont convertibles à quelques opérations près. - Retour : LEXIQUE LARUELLE > NON-PHILOSOPHIE
Interprétation - LU, 2004 - 22 - On aura globalement confondu les effectuations multiples de la non-philosophie, possibles et nécessaires, avec ses interprétations. - Les effectuations exigent de reprendre à zéro la non-philosophie du point de vue de son matériau philosophique, et donc aussi mais dans ces limites la formulation de ses axiomes, mais nullement de donner d'emblée des interprétations divergentes de ceux-ci. Divergentes parce qu'elles ne tiennent pas compte du matériau dont ces axiomes sont issus dans la non-philosophie, et qu'elles ne se voient pas elles-mêmes comme symptômes d'une autre vision du Monde. - 24 - Plus généralement la non-philosophie est une pensée complexe faite d'une multitude d'aspects, c'est-à-dire d'interprétations unilatérales, donc d'origine philosophique mais réduites par leur détermination en-dernière-instance. - La faiblesse de la non-philosophie tient à une cause précise, la détermination en-dernière-humanéité d'un sujet pour le Monde. Tout ce qui a droit de cité philosophique peut être dit d'elle à son tour et sur le mode de la rétorsion puisque l'Homme n'apporte de lui-même rien au Monde. - Tout cela va donc au-delà de simples "déviations". Ce sont ses aspects, c'est-à-dire des interprétations philosophiques "unilatérales" dans les deux sens du terme, soit suffisantes dans la bouche des philosophes, soit réduites en leur côté absolu de suffisance et de totalité des celle des non-philosophes, et les deux fois à cause de la faiblesse et de la force de l'Homme-en-personne comme leur détermination seulement en-dernière-instance. - Ce qui est ici engagé, c'est la pratique de la rétorsion. Une règle négative de l'éthique non-philosophique de la discussion en proscrit l'usage en guise d'argumentation (...) qui se fonde sur la confusion des effectuations de la non-philosophie et de ses interprétations globales. - 25 - Si le non-philosophe ne s'autorise que de lui-même c'est-à-dire de la philosophie mais au Réel-de-dernière-instance près, sa critique des autres non-philosophes ne peut user également de la rétorsion que dans les mêmes conditions, qu'au Réel en-dernière-instance-près. - 53 / résumé - la pluralité des effectuations de la non-philosophie selon le matériau, compatible avec son identité interne, ne signifie pas une pluralité d'interprétations ou même de non-philosophies - la pomme de discorde, c'est le traitement de la résistance philosophique, qui donne lieu à toutes sortes de rétorsions - si une part d'interprétation paraît intrinsèquement liée à la composante philosophico-transcendantale de la théorie unifiée, elle est d'une part contrebalancée par sa composante scientifique et d'autre part dualysée par la théorie comme telle qui interdit toute interprétation a priori des axiomes - 88 / résumé - entre les trois matrices d'axiome de la non-philosophie (le Réel, la DDI, la Philosophabilité), le troisième est celui qui occasionne le plus de confusions, à cause justement de la part de détermination occasionale de la philosophie - toute mésinterprétation du troisième axiome se traduit par une déviation, qui est une privation, de l'essence et de la finalité de la non-philosophie - deux types d'interprétation : celle de la précipitation gauchisante et celle du conformisme droitier - Retour : LEXIQUE LARUELLE > NON-PHILOSOPHIE
Métalangage - LU, 2004 - 51-52 / résumé - la non-philosophie n'est pas le méta-langage de la philosophie, c'est plutôt la philosophie qui serait un métalangage mais déterminé-en-dernière-instance pour la non-philosophie - en ce sens, les règles et le matériau métalinguistique s'auto-affectent au Réel déterminant près qui les unifie - l'évaluation des pratiques non-philosophiques peut s'effectuer en termes de Vérité (Vrai-sans-vérité) quant à ses principes réels, ou de Justice (Juste-sans-justice) et d'ajustement quant à ses effets sur le matériau - la constitution historique de la non-philosophie est soumise au même principe d'auto-affection par le matériau, à sa détermination-en-dernière-instance près, ce qui devrait relativiser les tentations de type herméneutique en ce domaine - 82-83 - credo philosophique : il n'y a pas de métalangage... parce qu'il y a de la philosophie - credo "déconstructif" : il y a du métalangage... parce que La Philosophie n'existe pas - la non-philosophie pose la nécessité d'un métalangage pour identifier (en-Réel) la philosophie et pour lutter contre son idéalisme auto-positionnel - un métalangage négatif, c'est-à-dire nécessaire et non-suffisant, qui emprunte à la fois à la philosophie et à la science - Retour : LEXIQUE LARUELLE > NON-PHILOSOPHIE
Pratique - LU, 2004 - 125-126 / résumé - les problèmes sont 1) de concevoir une pratique non-herméneutique et non-compréhensive, 2) de penser une nouvelle relation non-autoritaire entre science et philosophie, 3) de rassembler ces rapports variés à l'aune de la pratique, 4) d'anticiper les risques de "théorisme" et de "théoricisme", 5) comme ceux du formalisme (disciplinaire) ou du réductionnisme (non-religieux, non-poétique...) - la solution est 1) de poser le Réel=X comme déterminant en-dernière-instance les rapports de la théorie et de la pratique, 2) de redéfinir la pensée-Monde dans sa composition bipolaire en philosophabiltié et en contenu de pratiques et de savoirs, 3) de mobiliser toujours la philosophabilité (la théorie au sens de la philosophie) accompagnée d'une pratique, notamment la science - au total la non-philosophie se veut aussi bien une pratique, mais transcendantale : c'est-à-dire 1) au sens où elle occupe le terrain traditionnellement "théorique" de philosophie, 2) au sens où elle inclut l'activité proprement théorique de la science - toute pratique comprend une ternaire de procédures + un présupposé de métalangage/objet réel - en tant que pratique transcendantale la non-philosophie se définit elle-aussi par un ternaire (matériau + le Réel comme identité transcendantale + le contenu a priori du matériau) et un par un présupposé (le Réel radical) - la non-philosophie est-elle la pratique unifiée de la théorie et de la pratique ? ou une théorie déterminée ne-dernière-pratique ? - la non-philosophie n'est ni purement une pratique théorique ni une théorie pratique, mais "une pensée future ou de-dernière-instance, déterminant un sujet pour le (non-) rapport de la théorie et de la pratique" - qu'elle favorise l'un ou l'autre terme, toute combinaison possible doit être vue comme déterminée-en-Réel et donc également comme un état du matériau - si la théorie domine philosophiquement la pratique, la non-philosophie elle-même est davantage une théorie du point de vue de son matériau (qu'elle "pratique cependant"), mais elle est plutôt une pratique du point de vue de sa cause - "la non-philosophie est la pensée faite ultimatum" - Retour : LEXIQUE LARUELLE > NON-PHILOSOPHIE
Problème - LU, 2004 - 29 - La non-philosophie est une discipline issue d'une réflexion sur deux problèmes dont les solutions ont finalement coïncidé : d'une part le statut ontologique de l'Un dans la philosophie qui l'associe explicitement ou non à l'Etre et à l'Autre sans lui accorder d'autonomie radicale ; d'autre part le statut théorique de la philosophie, qui est pratique, affect, existence, mais sans connaissance rigoureuse de soi, champ de phénomènes objectifs qui n'est pas encore dominé théoriquement. - 31 - Le principe de la solution : c'est la même chose que de poser l'Un comme le Réel radicalement autonome par rapport à la philosophie, mais pensé avec un nouvel usage des moyens reformés de celle-ci, et que d'en faire la condition ou la cause réelle d'une connaissance théorique de la philosophie. La solution est un nouveau problème : comment concevoir avec les moyens ordinaires de la pensée l'Un tel qu'il ne soit plus philosophable ou convertible avec l'Etre et qu'il soit en même temps capable de déterminer une théorie adéquate de la philosophie ? - La résolution de ce problème exige deux transformations qui forment une identité de transformation. La première de l'Un-Autre philosophique en Un-en-Un radicalement autonome, de l'Un objet de la philosophie en vision-en-Un ou en phénoménalité capable de déterminer la connaissance. L'autre de l'usage auto-référentiel du langage philosophique qui règle les énoncés de la philosophie, en un usage nouveau (réel et transcendantal, d'identité et de dualité unilatérale) qui leur donne un double et identique aspect : axiomatique et théorématique. - Retour : LEXIQUE LARUELLE > NON-PHILOSOPHIE
Théorie - LU, 2004 - 39 - La non-philosophie est une discipline globalement transcendantale, c'est-à-dire réelle-en-dernière-instance (usant pour se formuler du transcendantal de la philosophie). Elle est la détermination en-dernière-instance d'une théorie (d'une connaissance de son objet distincte de lui - modèle pris de la science), et identiquement d'une pragmatique (d'un usage de la philosophie " en vue " du sujet non-philosophique - modèle pris de la philosophie). Elle est théorique par son modèle - la science -. Mais ce n'est pas un théoricisme philosophique et autopositionnel ; ni une pragmatique philosophique et autopositionnelle. Elle n'est théorico-pragmatique que par ses aspects d'opération non-philosophique, mais réelle ou pratique par sa cause. - Retour : LEXIQUE LARUELLE > NON-PHILOSOPHIE
Utopie - LU, 2004 - 21 - Les non-philosophes sont engagés dans une navigation aléatoire entre le respect de l'utopie la plus rigoureuse, dont les règles ne sont pas celles de l'imagination reproductrice mais celles du Futur déterminant l'imagination elle-même, et les tentations, diversions et remords de l'histoire. On comprendra peu à peu que le Futur tel que nous l'entendons n'a plus de consistance temporelle ou de contenu positif, sans être une forme vide ou un néant, mais qu'il est forclos à l'Histoire, passé et présent, comme forclos au lieu de tous les lieux, le Monde, et que c'est la seule manière de fonder la pratique de la pensée sur une instance enfin non imaginaire. Car c'est le Monde, c'est l'Histoire qui sont imaginaires et d'une terrible matérialité, ce n'est pas nécessairement l'utopie. - Retour : LEXIQUE LARUELLE > NON-PHILOSOPHIE