La Non-Philosophie  

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Bio-bibliographie

 

 

 

Née le 3 octobre 1966 à Lyon.

Diplômée de L’Institut d’Etudes Politiques de Lyon.

Docteur en philosophie (Université Paris X, janvier 2008) : "Non-philosophie du sujet politique"

Vit et travaille dans le Var.
 

 

Articles

 

"Non-philosopher c’est-à-dire penser selon le Réel" (en ligne sur ce site)

""Non-philosophie du Sujet politique" (en ligne sur ce site)

"Neo, élu ou christ futur. Essai d'une pensée à partir de Matrix", en collaboration avec Mariane Borie in Homo ex machina, l’Harmattan, 2005
"Pensée-machine et ordre politique", in Homo ex machina, L’Harmattan, 2005

"Non-philosophie du sujet politique : une généalogie du pouvoir" (texte de soutenance de thèse, en ligne sur le site de l'Onphi, 2008)

 

Autres travaux universitaires

 

De la philosophie comme autorité, mémoire de maîtrise, 1999
Le Sujet ou la démocratie en question, mémoire de DEA, 2001

 

Ouvrages

 

L’enfant et l’étranger, Grand Prix du Conte, La Seyne sur mer, 2000 Le Prince du paradis

Chaque jour est une ligne (aphorismes), aux Editions de la Courtine, 2006

 

 

 

 

Les chroniques de l'uni(s)-vers

Février - Mars - Avril - Mai ...

 

 

Mai 2008

S

 

 

There’s no place to go
Nowhere to hide
Behind my hands
There’s nothing more
But the One that I am

Lorsque la vue du précipice n’inspire plus aucune peur
Lorsqu’on comprend que le saut n’est nulle part ailleurs
Qu’en nous
Alors
L’Uni(s)-vers apparaît
Il se distingue sous les construtions du Monde
Splendide et mystérieuse Avalon

On peut alors contempler
De l’autre côté
La rive où l’on n’est plus
On peut alors s’allonger
Sur les berges fleuries de la rivière
Passer son temps
A le regarder passer
On peut alors
Sourire et s’émerveiller
De n’être plus traversé
Par aucune pensée
On peut alors découvrir
Au cœur de notre être
Notre Identité oubliée
L’existence jusqu’alors insoupçonnée
De notre Être
Hérétique

There’s no place to go
Nowhere to hide
Behind my hands
There’s nothing more
But the One that I am

 

 

 

K-mille

 

 

A toi

Ma sœur

Mon ange brun

Un(ies)-en-Réel

Par delà les jours

Les décennies et les siècles

Selon l’Humain tu as contemplé

Peut-être de trop près je contemple

Pour cela, ils nous disent  folles. Du haut de leurs certitudes-alibis, bien établis dans le confort de leur pensée-vérité, ils vomissent sur nous les immondices de leur humanité proclamée, réduite à l’expression de la plus stricte convention d’être, ersatz d’une vie, dont le Vivant est banni. Nous sommes les miroirs de leur renoncement, de leurs âmes prostituées. Pour cela, il nous haïssent. Pour cela, ils nous sacrifient sur l’autel de leur gloire mondaine.

Combien il est aisé de faire passer la souffrance pour la folie ! Notre douleur fait le lit de leur jouissance la plus extatique ; ils accusent notre Flamme d’être cause des désordres de leurs vies. Ils nomment abîmes notre simple Puissance d’être. Notre seule existence constitue pour eux un défi. Insupportables car inaliénables nous sommes, par le sang qui circule encore, fluide dans nos veines, là où le leur est de plus en plus figé, coagulé par le ressentiment, l’aigreur et l’envie. Ils soulagent ainsi à bon compte leur cœur de l’insondable horreur que leur inspire le vide de leur devenir ; leur dureté n’est que la forme visible de leur plus profonde détresse, la vulgarité quotidienne du pathétique, la vaine tentative de refoulement du tragique. 

A tout jamais, nous brûlerons nos ailes à leur extrême froideur, invisible, insaisissable, car parée des allures d’une doucereuse sollicitude, de la compassion d’une sérénité magistralement assise sur le trône de la Vérité. Ils prétendent nous consoler du mal qu’ils nous font et prennent le Monde à témoin du violent refus que nous leur opposons. Voyez ! disent-ils, ces êtres vils qui repoussent nos mains tendues, bienveillantes et chaleureuses ! Voyez, leur comportement d’isolement et de rejet de ces autres que nous sommes et qu’ils ne peuvent accepter car nous ne leur ressemblons pas. Voyez, leur ostracisme et leur intolérance, leur dédaigneuse suffisance. Voyez leur injuste colère à notre égard, incompréhensible, inommable !

Nous ne connaissons que trop leurs ruses et la perfection de leurs poisons. Pour cela même, on nous proclame malades, mais de cette maladie-sans-cause, radicalement indémontrable. Notre cœur le plus Humain, en souffrance, notre mal-à-l’Âme contre leur parole, si logique, si rationnellement valable, même infondée en-Réel. Le Monde gagne toujours immanquablement cette bataille. Car le Monde est bâti sur cette logique de Vérité, Logos omnipotent.

A jamais nous sommes

Les Exilées du Monde

Les hôtes Hérétiques

Du Vivant en son chaos

Les Âmes écarlates

Uni(es)-vers.

 

 

Mars 2008

Il y a le Monde et il y a la Vision
 

 

Nous vivons la plupart du temps dans le harcèlement, l’aliénation qui sont l’apanage du Monde.  Impressionnés par sa complexité, écrasés par la pesanteur de son omniprésence, sollicités en permanence par cet extérieur de nous-mêmes qu’il incarne, nous perdons le fil de ce que nous sommes, le sens de l’intérieur. Nous avançons dans les jours de manière totalement externalisée, projetés vers un ailleurs de nous-mêmes, asphyxiés, aveuglés. Le Monde guide notre conduite ; nous le laissons nous dicter sa loi, lui offrant des prérogatives complètement démesurées. Et pourtant.

Nulle fatalité dans cet état de fait. Nous savons intuitivement ce qu’il nous faut, ce dont nous avons besoin, ce qui est vital pour nous. Nous savons comment persévérer dans notre être, nous le savons mieux que personne. Ce qui nous manque est la simple considération de ce que nous sommes. Ce qui nous manque, est la capacité à nous envisager. Ce qui nous manque, c’est la Vision. Submergés d’images, repus de messages visuels aussi annihilants qu’agressifs, notre regard est tourné vers l’extérieur, capté, obnubilé. Nous avons pris l’habitude de nous détourner de nous-mêmes, pour des raisons diverses et variées qui vont de la fatigue à la facilité. Le Monde nous fatigue et met à disposition des outils de distraction ou de captation pour nous river à lui et de ce fait, nous éloigner toujours plus de notre essen-ciel. Nous voyons trop et ne regardons guère. Nous supplions « regarde-moi », mais nous, nous regardons-nous ? Posons-nous sur nous ce regard bienveillant et compréhensif que nous attendons sans cesse d’autrui, de cet autrui qui l’attend identiquement de nous ?

Qui vois-je lorsque je me regarde ? Quel est cet Humain qui vit en moi et dont je recherche la contemplation ? Cet Humain que j’ignore, non au sens où je ne le connaîtrais pas, mais auquel je ne prête pas attention. Si je tourne mon regard vers moi, vers ce je qui palpite en moi, je vais à ma rencontre.  Il ne s’agit pas de s’abîmer dans une forme de qui suis-je philosophique qui tourne tôt ou tard à l’impasse insondable, à l’inutile et vaine torture de soi. Le questionnement sur l’Être est bien différent d’un regard sur l’expression de cet Être : le regard ne cherche pas à savoir, mais seulement à voir. Il exclut de son horizon la quête du vrai, pour se maintenir dans le léger et doux accueil de l’existant. Je vais à ma rencontre en ce lieu qui n’est nulle par ailleurs qu’en moi, et je décide de m’asseoir. J’ouvre les yeux sur le paysage qui s’offre à moi. Notre aptitude, notre dextérité à être se trouve là, nichée, lovée. Nous, êtres humains, avons ce choix de nous tourner vers elle, de la considérer, de la cultiver, de l’enrichir là où les autres vivants restent dans la plus complète ignorance de sa présence. Nous, oublions seulement ce qui fait de nous des vivants, mais chaque instant la redécouverte est possible, ouverte, indéfectible et inépuisable potentiel. Son déploiement dans tous les domaines de notre existence fait de nous des créateurs et non plus des spectateurs ou pire des consommateurs, touristes de nous-mêmes. Non pas des dictateurs et des maîtres absolus de nos vies mais des visionnaires pleinement vivants, éclairés et sereins. 

 

 

 

Février 2008

Paris
 


Il restait ses yeux, ses yeux à elle, dans son visage si doux. Il restait l'émotion pure. Et son regard à lui, si profond. Il restait la Beauté. L'Un-dicible de la Beauté. Son Immanence la plus radicale. Inaliénable, insubmersible. Invincible, comme la vie même. Il restait l'incomparable, l'inommable Beauté de ce qui nous fait Un, tout en étant pluralité. Il restait l'Identité radicale. Qui résonnait en moi à l'infini pure tonalité, profonde sensualité, musique inouïe. Incarnée ponctuellement dans celle de Satie, d'une présence à la fois lourde et légère, obsédante, lancinante. Il restait la résonance de l'Un-descriptible. Comme autrefois chez Kieslowski ; l'autre K de Klapisch ?

Je regardais au-dehors, la Vie. La Vie comme extension de Paris, ou bien Paris comme extension de la Vie ? C'était à Lyon, mais ce pouvait être partout ailleurs. L'Uni(s)-vers. Les amoureux assis en terrasse étaient partis. Une petite fille recueillait adroitement la crème de son chocolat chaud pour la répandre avec délicatesse sur une crêpe fumante. Une dame serrait sa tasse de thé entre ses mains en souriant à ses amies... Au-delà, le ballet de centaines de personnes traversant successivement et simultanément la place, parés de mille couleurs, de tous âges, de toutes provenances ; des milliers de destinations, passant par ce point précis, à cet instant précis.

Il y a certes du Baudelaire en Klapisch. La poésie trace elle-même son chemin ; elle s'incarne en nous et se saisit en fait de n'importe quel art pour s'exprimer. La poésie est-elle l'Art de l'art ? l'Immanence radicale de l'art, sa détermination en toute dernière Identité ? Il y a encore un peu Julie de Bleu dans le personnage d'Elise, il y a de la Judith Sévigny de Dantec en l'étudiante incarnée par Mélanie Laurent ; il y a du Arletty chez Viard, du Nietzsche chez Duris-danseur, du Tennessee Williams chez Dupontel-maraîcher. Etc. De résonances en résonances, d'émotions en émotions, de mystère en mystère. L'insondable Beauté de notre condition de mortels, de notre être-Humain.

 

 

 

 

Chaque jour est une ligne (2006)

(extraits)

 

 

 
 
11
Dire, dire jusqu'à la mort
Même sans prononcer un seul mot.

19
L'avenir est au futur.

26
La solitude est le mieux partagé au Monde.

105
Le doute absolu ? Ne plus savoir ce que l'on a vécu.
Le doute radical ? Savoir que notre Vécu nous restera toujours partiellement inconnu.

250
Le problème avec nos mères, c’est d’abord qu’elles sont nos mères.

300
Regarder passer certaines heures en éprouvant une joie sadique à se dire qu’elles ne reviendront pas.

310
Si la philosophie ne rêvait pas l'homme, elle se tirerait probablement une balle dans la tête.
 
 
 
           

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Elu ou christ futur ? in Homo ex machina (2005)

 Témoignage de lecture (Didier Moulinier)

 

 

 

Introduction

Il n'est sans doute pas indifférent que deux femmes se soient attaquées à la "machine"-philosophie avec l'intention avouée de défendre une oeuvre elle-même aussi originale que le film Matrix. Le narcissisme et la suffisance philosophiques ayant toujours tendance à s'aggraver sous la plume masculine... A cet égard l'ouvrage collectif Matrix, machine philosophique (Ellipes, 2003) parut pratiquement au même temps que le film Revolution, dernier épisode de la trilogie. Publier une série de commentaires philosophiques à propos d'un film inachevé relevait d'une position éthique pour le moins douteuse puisque, a priori, cela revenait à priver le film de toute consistance théorique autonome. Cohérents jusqu'à l'absurde, et ne cachant pas leur dédain pour le film d'"action", certains co-signataires du livre n'hésitèrent pas à déclarer l'oeuvre philosophiquement "incomplète" ! L'article de Sophie Lesueur et de Mariane Borie n'aurait peut-être pas vu le jour sans cette provocation. D'une part l'on pouvait trouver dans cette conjoncture le motif d'une révolte légitime contre la suffisance philosophique, et d'autre part l'on pouvait entrevoir dans le film des frères Wachowski, autant que dans le trajet de Neo, une surprenante illustration de la non-philosophie laruellienne : "Quelque chose dans Matrix nous a invité à voir cette dissidence et ce cheminement rare, cette ligne de fuite théorique", écrivent les auteurs (p. 22). Inutile de commenter, à notre tour, cet  article suffisamment suggestif et en tout point passionnant. Nous donnons plutôt à lire, organisées en "lexique" portatif, une série de citations représentatives - selon notre propre lecture - du contenu et de la portée de ce texte. (Ainsi isolées de leur contexte, les phrases ne sont plus textes philosophiques à expliquer ou à commenter, mais se donnent comme fragments théoriques purs, prétextes à méditation ...)

 

Lexique

ASSUJETTISSEMENT - Matrix excède cette question initiale (Qu'est-ce que la matrice ?) strictement philosophique si elle est pensée pour elle seule, Morpheus demandant simplement à Neo s'il veut également savoir ce qu'elle est, la reléguant au second plan d'un propos plus profond et plus pragmatique qui porte sur ses effets plutôt que son essence : comment mettre un terme à sa fonction d'assujettissement ?

CHOIX - Dans Reloaded, le choix que fait Neo, si humainement égaré par ses songes et sa crédulité vers une Source ambiguë, est donc d'une autre "ordre" que celui dont l'Architecte lui révèle l'ironique inéluctabilité, quelque part entre la peste et le choléra. C'est un choix insensé, strictement arbitraire et donc impossible à prévoir, sorte d'utopie radicale qui ne se cristallise en aucun idéal faute de choix acceptable pour la pensée humaine.

CHRIST FUTUR - Neo nous apparaît tel ce Christ pour le monde décrit par François Laruelle. Thomas Anderson, l'autre fils de l'homme, acquiert par son acte autre chose selon nous qu'un statut d'Elu. Rebelle, hérétique, inclassable, échappant à toute tentative de (définitive) définition, n'est pas ce Sauveur dont le message est susceptible d'être repris, déformé, et institutionnalisé. Neo n'a pas de message à faire passer à l'Humanité. Son être-Manifesté suffit, c'est là tout son effet. Neo, Réelle "dernière Bonne Nouvelle" de par sa pratique sachante de la foi, tel le voyons-nous, tel nous apparaît-il, en-Un, selon le réel de la non-philosophie.

ESPRIT - Lorsque Morpheus fait découvrir la Matrice à Neo, il affirme que "c'est l'esprit qui dit ce qui est réel ou ce qui ne l'est pas". Nous reprenons ces mots en précisant : par une posture de mon esprit où théorie et pratique ne sont plus dissociés, je peux prendre la décision radicale de postuler un Réel inconnaissable et de former ainsi une différenciation entre Réel et réalité, cellec-i regroupant les symptômes visibles du Réel.

FOI - Lorsque le but est atteint, la raison d'être s'effondre. En revanche, celui qui est porté dans son action par la foi, cette foi radicale, n'atteint jamais ses limites. Il rencontre des obstacles, des jalons sur son chemin, mais reste En-Puissance-de, quelques soient les circonstances. Même la mort n'negloutit pas sa foi, qu'il a développée et transmise autour de lui : sa vie, toute entière mission et non fonction, n'a de sens que dans le choix du don.

NON-PHILOSOPHIE - La non-philosophie nous a semblé pouvoir trouver une cohérence à ce que Matrix dit et fait, sans rien exclure de ce qu'il montre, sans rien ajouter à ses silences au nom d'une contradiction ou d'une insuffisance.

ORACLE - Que peut donc savoir l'Oracle ? Ce que dit ce personnage, essentiel au récit, ne relève pas de l'énonciation d'une quelconque vérité, en dépit de la signification de son nom. - L'oracle parle à partir d'une certaine compétence de la pratique du système. Le savoir de l'Oracle n'est pas la Vérité : il semble justement de l'ordre de la pratique des rapports humains-machines au sein du système. Cette femme (ce point n'est d'ailleurs pas sans importance) suggère des possibles (...). Oui l'Oracle laisse à penser, laisse les humains penser et choisir leur chemin contrairement à l'Agent Smith qui proclame à la face de Morpheus : "Nous pensons à votre place !". L'Oracle n'intervient pas dans ce registre (...) et si elle ne le fait pas, c'est qu'elle a choisi de se comporter selon ce qu'elle connaît de la "psyché humaine" (l'Architecte, Reloaded), afin d'aider les humains dans la guerre. Configurée comme un programme au service du Système, elle n'en a pas moins choisi de rejeter cette configuration de départ pour suivre des chemins inconnus, aller à l'aventure du Réel. - L'Oracle serait ainsi parvenue à faire admettre à l'Architecte l'entrée dans le système de cette "anomalie", la possibilité du choix, sous prétexte que les sujets accepteraient mieux le programme. - Ce faisant, elle a définitivement modifié les données de base du fonctionnement matriciel, transformant chez les humains la fonction - et notamment celle de l'Elu - en mission potentielle, c'est-à-dire en conscience d'un sens et d'un but à leur existence.

ORIGINE/LANGAGE - La Source initialement pensée comme "programme principal des machines" reçoit ainsi pour premier sens celui d'une Origine vers laquelle on remonte (...). Pour l'Oracle comme pour l'Architecte, elle est simultanément une Origine qui inspire et une Fin puisque c'est là que doit, pour chacun d'eux, se terminer le chemin de l'Elu. - Or le Réel qu'il (Neo) découvre énigmatiquement (la Ville des Machines) ne renvoie à aucune origine mais à une simple cause : la guerre repose avant tout sur l'identité indivise et non-hiérarchique de l'homme et de la machine artificiellement convertie en Dualité et en Différence par le langage. - L'ordre de la Matrice, des structures relationnelles auxquelles l'Oracle et l'Architecte sont, à des degrés différents, identiquement soumis par le langage, coïnciderait ainsi avec une confusion des genres entre : le Réel non-philosophique compris comme cause universelle, apriorique de toute pensée et de toute formalisation, et cet autre Réel, philosophique, compris aussi comme origine, subtil mélange des deux.

PHILOSOPHIE - Si nous admettons cette analogie entre "La Philosophie" et la Matrice", comme deux formes-principes d'un même assujettissement de l'homme (à la machine) enraciné dans ses plus intimes structures de pensée, Matrix nous invite alors à voir : dans Neo la figure du non-philosophe et dans Smith, celle du sujet philosophique. Dans ce même contexte, le personnage de l'Architecte désignerait le principe de conservation de la philosophie (...). - Equilibrer la Grande Equation, tel a été le but de la philosophie depuis 2500 ans. - Si la philosophie a échoué dans sa volonté d'établissement d'un monde harmonieux pour le Bien de l'Homme, c'est qu'elle s'est délibérément substitué à lui pour penser à sa place.

POURQUOI - L'Oracle : "Tu n'es pas là pour faire ce choix ; tu l'as déjà fait. Tu es là pour comprendre pourquoi tu l'as fait." - Lorsque le choix de la foi est fait, reste à comprendre pourquoi ; telle est l'omniprésente problématique de Reloaded. - Le cheminement du personnage de Smith, tout au long de la trilogie, ponctue cette réflexion autour du pourquoi et du but. Smith, agent de la Matrice, qui par sa rencontre avec Neo, va pouvoir donner une autre envergure à ses ambitions : survivre à sa fonction, échapper à sa condition "d'esclave" du système pour conquérir un espace d'être à la mesure du monde. - En s'émancipant, Smith a donc gagné une part de liberté. Mais en perdant sa fonction, et n'ayant nul sens de ce que peut être une mission, il se perd ; si ce n'est dans l'engloutissement du monde qui correspond à sa seule connaissance du système : celui d'un "Tout". - "Résultante d'une équation qui veut rétablir son équilibre" selon les mots mêmes de l'Oracle (Revolutions), Smith ignore le pourquoi, la motivation profonde de son action. Même après avoir "pris" l'Oracle, après avoir envahi le Tout de la Matrice, il l'ignore encore. - Smith : "Pourquoi Monsieur Anderson ? Pourquoi tout ça ? Pourquoi vous relever ? Pourquoi vous battre ? Quel but vous importe plus que votre propre survie ? (...) Pourquoi persister ?" - Le seule réponse valable selon le Réel, selon le renoncement à la maîtrise absolue, Neo l'offre à Smith : "Parce que j'en ai fait le choix." - Il ne s'agit pas de se donner une autre fonction, où la théorie et la pratique se confondent, où le telos, la finalité disparaissent pour laisser de l'espace au potentiel, à l'aléa.

REPRESENTATION - Tout se passe comme si Matrix poussait sa cohérence jusqu'à adapter sa forme aux différents degrés de consistance ou de détermination d'"un Réel" dont il ne cesse de parler, respectant cette nuance décisive entre le Réel - Un radical - de la non-philosophie, et celui - Un en un autre sens, numérique - de la philosophie. - Matrix ne permet à aucun moment de stabiliser une vision d'ensemble de son propre décor, ni même une image dégrisée de la Matrice et de son fonctionnement précis (...). Mais cette impossibilité n'est une limite ou un handicap qu'au regard de cette autre posture vers laquelle Neo est constamment rabattu, éconduit, et dont il s'affranchit : la posture philosophique ou la Représentation.

SAVOIR - Il n'y a aucune raison dans Matrix à vouloir compliquer sa fin d'une forme ou d'une conclusion qui lui sont étrangères en vertu même de l'axiome que le film se donne à travers Neo : aucune raison n'est suffisante au regard de la décision de dire non. - C'est cette posture et ce regard, ce saut radical que suppose donc Matrix pour sa propre compréhension parce qu'il commence par se l'appliquer. Fonctionnant alors sur ce mode et permettant peut-être une identification du spectateur à Neo non par quelque affinité secrète et subjective, aléatoirement maîtrisable, mais par cette situation inédite : nous ne savons à aucun moment rien de plus et rien de moins du fonctionnement de la Matrice que ce que Neo sait lui-même. - Dès lors, il ne s'agit plus de savoir si nous sommes réellement ou non dans la Matrice, si elle nous contrôle, si nous hallucinons, mais de suspendre la tentation kafkaïenne qu'impliquerait cette question sans réponse.

UN - Matrix introduit à travers Morpheus cette nuance entre "le Monde" et "le Réel", c'est-à-dire l'Un, figure obsédante du film, non exprimé, mais dont Neo est précisément l'anagramme (One).

UNIVERS - Matrix comme trilogie réalise ainsi une prouesse elle-même articulée sur trois niveaux (théorie, représentation, posture) dont la cohérence interne donne au film l'autonomie d'une théorie et en fait, plus qu'un monde : un univers. Si tant est que l'on donne au dernier épisode la possibilité de nous le faire découvrir.

 

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Les coups de coeur de l'Uni(s)vers

 

« Les Avalés » de Julian Negrel

A découvrir ! Talent en vue.

www.la-librairie.org/page,25,les-avales

 

 

 

 

Liens amis


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www.les-gueux.org
www.daniel.chaland.free.fr
 

 

 

 

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