Maurice Blanchot et la
(non -) philosophie *

par Olivier Harlingue
Bien que non-unifiables (non-totalisables)
selon une notion centrale ou un thème unique (Derrida parlait de
« signifié transcendantal »), les écrits critiques et théoriques de
Blanchot laissent cependant apparaître un certain nombre de « lignes de
forces » qui sont essentielles pour quiconque cherche à y discerner et à
y interroger effectivement la présence d’une certaine exigence « non-philosophique ».
La mise au jour de ces « lignes de force »
et de l’exigence « non-philosophique » qui en est indissociable passe
notamment, pour ne pas dire essentiellement, par l’examen de la
philosophie.
Or, cet examen ne saurait être réel sans la
théorisation du « tout de la philosophie ».
Qu'entendons-nous par « tout de la
philosophie » ?
Par cette expression pour le moins
pléonastique nous voulons souligner, d’entrée de jeu, l'identité
essentielle du tout et de la philosophie. « Tout de la philosophie » :
cela signifie non seulement le tout de la tradition philosophique mais
aussi et surtout le souci et l'exigence de totalité qui constitue la
philosophie ; soit le tout comme sujet-objet, comme exigence absolue de
la philosophie.
On pourrait en effet dire que la philosophie
n'est rien d'autre que le rapport au tout, soit cela même qui
déploie le tout en tant que rapport. La philosophie est cela même
qui permet au tout de se relier à lui-même à même l'épreuve de sa
réalité (son être-écarté), de son exposition-extériorisation ou de son
être délié. Ainsi la philosophie, comme constitution du rapport à soi du
tout, prétend-elle démontrer le caractère relatif de l'éclatement ou de
l'éparpillement du réel : pour elle la différence, qui n'est jamais que
l'état pour ainsi dire pré-philosophique du réel, est toujours
provisoire et surmontable et n'est donc jamais absolue ; la diversité
des différences ne vaut ou n'a de sens qu'en tant qu'exposition-extériorisation
– ek-sistence ou ek-stase – du tout dont la philosophie concentre le
sens même en son entier. Tout se tient donc au Sens du sens : la
philosophie. Ou encore, rien de ce qui existe n'a de tenue sans la
philosophie. Non seulement la philosophie prétend (dé)tenir la totalité
du sens, mais elle est viscéralement convaincue que (le) tout se tient à
elle[i].
Lors donc pas de philosophie sans ce que
François Laruelle a identifié et désigné comme « [...] le Principe de
philosophie suffisante[...] [:] la philosophie suffit à tout, et
donc au réel supposé identique au Tout. [Ou encore, l]a philosophie est
la prétention illimitée, interminable, de suffire à tout, donc à
la production du réel supposé in-suffisant. »[ii]
Ainsi il ne saurait y avoir de philosophie qui n'ait foi en sa
toute-puissance : philosopher c'est d'abord ou d'emblée croire « qu'il
suffit de penser en vue de la totalité et en elle pour couvrir [
– saisir – ] réellement “ tout ”. »[iii]
Par conséquent, du point de vue de la
philosophie, rien de non-philosophique n'existe ou rien n’existe
sans-philosophie : point de salut hors de la philosophie! Il n'y a pas
d'en dehors de la philosophie. Ainsi la philosophie n'est que
l'affirmation généralisée ou hégémonique du dedans, d'un dedans unique
qui prétend comprendre (intérioriser, pacifier…) tout dehors comme
son dehors. Pour la philosophie, un dehors radical, c’est-à-dire non
subordonné à quelque dedans que ce soit, est donc purement et simplement
impossible ou irréel.
Le réel se tient donc dans le tout et la
philosophie n'est autre que le savoir de son être-rassemblé. La
philosophie : la saisie du réel en tant que totalité. Employer
l'expression « tout de la philosophie » revient donc à dire deux fois la
même chose : (le) tout est philosophique, la philosophie est (le) tout,
– l'être pensé du tout. L'un ne va pas sans l'autre.
Autrement dit, la philosophie « [...] pense
toujours [...] à partir du tout et en direction du tout. »[iv]
Elle est la parole et la pensée fonction du tout : le discours ou
le logos.
La problématisation/théorisation
non-philosophique de la philosophie passe donc nécessairement par une
confrontation avec la totalité et avec la pulsion unifiante
(totalisante) et un(it)aire qui en est indissociable.
Dès La part du feu Blanchot place son
rapport à la philosophie sous le signe d'une telle confrontation. On
peut en effet relire tout le texte intitulé « La littérature et le droit
à la mort »[v]
en
fonction de cette même confrontation qui trouvera ensuite sa plus grande
intensité tout d’abord dans L'entretien infini puis dans Le
pas au-delà et L’écriture du désastre.
C’est en s'attaquant au « se rapporter à »
en général que Blanchot vise rien de moins que le maintien même de la
totalité : c'est en effet en tant qu'elle assure le « se rapporter à »
en général que la philosophie permet au tout de tenir à lui-même ou de
se re-tenir en détenant – concentrant – en soi et pour soi l'être – la
valeur, la vérité, le sens... – de tout étant ; viser le « se rapporter
à » en général revient donc à mettre à l'épreuve le tout au point même
de sa technologie, c'est-à-dire de sa constitution, de sa construction
ou de son ouvrage. Dans la philosophie, le tout se donne son propre
ouvrage ou se donne à soi en tant qu'à l'ouvrage. Or de l'ouvrage au
livre il n'y a qu'un pas! Autrement dit, la littérature est aussi un
certain rapport au tout ou à la totalité ; la littérature est aussi une
certaine mise à l'ouvrage du tout. Reste à déterminer ce qui la
distingue pourtant radicalement de la philosophie. Mise à l'ouvrage
par le désœuvrement, dans le désœuvrement, c'est-à-dire mise
à l'ouvrage sans œuvre : voilà où se situerait la différence de
la littérature.
Le tout est l’œuvre de la philosophie, on
peut même dire qu'il est l’œuvre de l’œuvre ou l’œuvre par excellence.
La question de l’œuvre est donc encore question ou logique du tout :
logique de l'ouvrage qui ne vise que l'effectivité de la réalisation
générale et finale du tout comme œuvre de soi pour soi, soit le tout
devenu à lui-même son propre chef-d'oeuvre. Ce devenir nous fournit une
nouvelle définition de la philosophie que nous pouvons aussi compléter
par la suivante : la philosophie n'est autre que la techno-téléo-logie
de la totalité.
Il ressort de tout ce que nous venons de
dire que le « se rapporter à » en général est le principe même de
l'existence (ou du partage) de la totalité et, par voie de conséquence,
de l’être même[vi].
Dans le « se rapporter à » en général, Blanchot trouve donc rien de
moins que le ressort même de toute ontologie ou de la philosophie
elle-même.
En d’autres termes, chez Blanchot, l'examen
du « se rapporter à » en général constitue rien de moins que le levier
principal d’une véritable théorie de la philosophie dont il importe
d’évaluer la portée « non-philosophique » : il s’agit désormais non
seulement de retirer à la philosophie sa maîtrise ou sa suffisance
théorique mais aussi d’envisager la littérature comme le ressort d’une
tout autre théorie de la philosophie.
Cependant, de tous les ouvrages de Blanchot,
aucun en particulier ne contient ni ne détient à lui seul toute sa
théorie de la philosophie. Cette théorie est, de fait, essentiellement
déconcentrée : elle n'a pas d'emplacement privilégié, elle ne se
recueille ni ne s'achève dans aucun des livres auxquels elle participe
pourtant à des degrés différents. La théorie blanchotienne de la
philosophie, toujours différée, est donc soumise à une
variabilité et à une instabilité à tout le moins difficilement
maîtrisable
La théorie blanchotienne de la philosophie,
par son différer irréductible, met donc à mal rien de moins que l’idée
même et la possibilité philosophiques du développement. Nous ne saurions
donc étudier cette théorie sans mettre radicalement en question toute
idée de développement en tant qu’elle demeure essentiellement liée au
tout : en effet, la conceptualisation et la conceptualité du tout ne
sauraient être envisagées sans non seulement l'idée générale du
développement, mais la chaîne des notions
(l'extériorisation/intériorisation, la réalisation, l'achèvement...) qui
en sont indissociables. Le développement, concept même du concept ou
modalité essentielle du « se rapporter à » en général de la totalité,
devra donc aussi être radicalement interrogé.
A travers la confrontation de la littérature
et de la philosophie, Blanchot s'acharne donc sans relâche à
contrecarrer toutes les figures et toutes les ressources de la
totalisation de la totalité et c'est dans ce contexte qu'il élabore une
théorie de la philosophie qui s'ingénie à n'être ni une auto- ni une
hétéro- critique de la philosophie, ni non plus une méta-philosophie :
une théorie donc non-philosophique de la philosophie, soit une
pensée où il n'est certes question que de la philosophie mais où,
cependant, la pensée n'est plus du tout un fait – un acte – de
philosophie ; pensée qui n'est donc plus la philosophie se posant
elle-même ou qui n'est plus « un état de doublet, de redoublement, de
survol de soi [...] »[vii]
de la philosophie.
« Il appartient [en effet] à l'essence de la
philosophie de contenir et de produire au moins partiellement les
règles de son propre commentaire, de son interprétation, de son
développement et de son histoire – de sa reproduction – dans lesquelles
sont incluses et programmées des interventions de la facticité ou bien
de l'“ Autre ”. On peut [même] dire que la philosophie est la pensée en
tant qu'elle se décide et se pose elle-même, qu'elle fait un cercle de
décision et de position (de) soi ; qu'elle est le procédé général de l'auto-position
– ou en tant qu'elle admet de toute façon cette opération comme réelle,
quitte à la défaire partiellement. »[viii]
L'histoire de la philosophie est notamment
l'une des modalités essentielles de l'auto-position de la philosophie à
travers laquelle, au-delà de ses différentes figures, celle-ci parvient
à se considérer, en tant qu'une tradition unique-universelle, comme
la philosophie. Le tout de la philosophie désigne donc aussi la
philosophie comme rapport à sa propre tradition considérée elle-même
comme une totalité à même laquelle la philosophie se donne l'apparence
de son existence objective ; et c'est autour de celle-ci que, au-delà de
tous les conflits qui peuvent les séparer et les déchirer, tous les
philosophes finissent toujours par s'entendre et se ré-unir. Le tout de
la philosophie c'est donc aussi la tradition philosophique en tant que
« [...] vocation de la philosophie à se “capitaliser” dans une Apparence
objective inerte. »[ix]
Ainsi la philosophie s'apparaît à elle-même
comme un capital auquel tout philosophe est comme tel toujours-déjà
attaché ou sommé de répondre et que tout philosophe ne peut éviter
d'exploiter aussitôt qu'il pense, – toute pensée philosophique n'étant
jamais que cette exploitation même.
Autrement dit, la philosophie, en tant que
totalité de la tradition, n'est qu'exploitation d'elle-même,
qu'incessant retour à ou qu'indéfinie reprise d'elle-même : la
philosophie « [...] n'a [donc] jamais travaillé qu'en elle-même et sur
elle-même, élargissant son cercle pour mieux le conserver ; le faisant
certes imploser mais pour mieux le réaffirmer. [...] [N'allant jamais
au-delà de la tradition qui lui confère l'objectivité ou la factualité
même de son existence, la philosophie n'est par conséquent que] le souci
de soi qui reste en soi, même lorsqu'il est intéressé à l'Autre ; qui
jouit de soi-même lorsqu'il se livre à la transversalité ; ou qui reste
supposé incontournable lorsqu'il est fracturé ou sollicité par l'Autre.
De là son auto-enfouissement régulier dans ses textes, ses oeuvres, ses
archives et son histoire, ses institutions, dans l'inconscient qu'elle
sécrète ou comme quoi elle se reproduit. »[x]
En philosophie, la pensée se précède et se
présuppose donc toujours elle-même en tant que tradition de l'histoire
de la philosophie. Par l'expression « tout de la philosophie » nous
voulons donc aussi essentiellement souligner le fait que la pensée
philosophique ne saurait être sans se retrouver aussitôt « [...]
précédée [...] d'une ombre gigantesque, consolatrice et vigilante, d'un
corps historico-systématique qui lui sert [en quelque sorte] d' “
inconscient ”, c'est-à-dire la philosophie-en-personne ou
en-tradition. [...] [I]l n'y a [en effet] de pratique philosophique
[...] qui ne soit accompagnée de ce phantasme d'une philosophie
constituée, indéterminée et tutélaire, fondement fantastique de la
communauté philosophique. Il correspond sinon au moteur, du moins au
mobile – toujours immobile – de la pratique. C'est là une réserve de
savoir, un volant de décision dont l'accumulation paraît
nécessaire à la [...] philosophie : à sa reproduction de toute façon,
mais aussi, c'est peut-être le comble de l'aliénation, à la production
de toute pensée. »[xi]
S'il nous était permis de résumer tout ce
que nous venons de préciser quant à ce que nous entendons par
l'expression « tout de la philosophie » alors, en nous inspirant de
Heidegger définissant le système tel qu'affirmé par l'idéalisme
allemand, nous pourrions dire que, par « tout de la philosophie », il
s'agit avant tout de qualifier la philosophie par son trait
fondamental, soit en tant que volonté de « [...] la totalité de l'être
dans la totalité de sa vérité et de l'histoire de la vérité. »[xii]
Lors donc le caractère non-philosophique de
la théorie blanchotienne de la philosophie passera principalement, pour
ne pas dire nécessairement, par l'interruption ou la neutralisation de
l'auto-position constitutive de la philosophie et cela ne pourra se
faire sans un examen approfondi de sa réflexivité ou de sa circularité/spécularité
foncière.
Détacher radicalement la parole et la pensée
du cercle même de la philosophie – traquer, épuiser le cercle où qu'il
soit – : écrire selon Maurice Blanchot.
Ecrire : guerre et folie au cercle !
Guerre et folie dont la « guerre et folie au
regard »[xiii]
de L'entretien infini n'est qu'un des multiples épisodes.
Le « se rapporter à » en général et la
circularité seront donc pour nous comme des fils conducteurs qui vont
nous permettre, en soulevant la question de la totalité ou du tout,
d'aborder le rapport de la littérature et de la philosophie dans la
multiplicité des textes de Blanchot.
« Quant à la philosophie [chez Blanchot], le
seul problème est [...] [donc] celui de son usage. »[xiv]
Nous rencontrons, croisons, une nouvelle
fois François Laruelle. C'est pourquoi, au terme de ce texte, il nous
semble nécessaire de dire enfin clairement ce que nous lui devons
tout en soulignant la distance qui nous sépare de sa non-philosophie.
Nous lui devons avant tout l'idée même de
non-philosophie : non seulement le mot lui-même mais l'usage de la
philosophie qu'il sous-entend. Il nous semble en effet que les
recherches de F. Laruelle permettent d'accéder à une « critique » de la
philosophie qui échappe effectivement à toutes les modalités de la
critique à travers lesquelles la philosophie elle-même n'a cessé et ne
cesse encore de se discuter et de s'auto-alimenter en s'auto-critiquant,
en s'hétéro-critiquant ou, enfin, en se méta-critiquant. Plus
précisément, la non-philosophie laruellienne nous a permis de penser
qu'il était notamment possible de déjouer le dernier avatar de la
critique philosophique de la philosophie : la déconstruction. F.
Laruelle nous fournit en effet des modalités de penser qui, en nous
permettant d'accéder réellement à un usage rien que
non-philosophique de la philosophie, nous permettent non seulement
d'identifier mais d'échapper à l'amphibologie constitutive de la
modalité déconstructrice de la philosophie, amphibologie qui n'est autre
que celle de la philosophie en tant que mixte ou jeu inextricable,
irréductible, de philosophie et de non-philosophie ; jeu donc où la
philosophie, en se déployant comme allées et venues indéfinies de l'une
à l'autre, prétend être effectivement à la fois philosophique et
non-philosophique et, par conséquent, maîtresse à la fois du
philosophique et du non-philosophique. En d'autres termes, en nous
permettant de mettre au jour les conditions d'une non-philosophie qui
n'est vraiment plus l'autre face de la philosophie, F. Laruelle ouvre la
voie d'une « délimitation » de l'Auseinandersetzung comme ultime
position encore philosophique de la philosophie, rendant par là même
éminemment discutable les prétentions non-philosophiques de ses
principales figures : Heidegger, Lévinas, Derrida et enfin J.-L. Nancy[xv].
La non-philosophie laruellienne, par la
pensée qu'elle rend possible, non seulement nous a donc permis de
prendre conscience de la pertinence de la question du non-philosophique
chez Blanchot mais nous fournit aussi en quelque sorte un critère à
partir duquel nous pourrons évaluer la radicalité de la tentative
non-philosophique blanchotienne par rapport à toutes les figures
déconstructrices de la philosophie. Dans ce cadre, nous pourrons donc
par exemple reprendre à notre compte certains principes ou certaines
perspectives de la non-philosophie laruellienne pour interroger le
rapport de Blanchot avec la philosophie afin de déterminer si celui-ci
est bien à la hauteur de ses prétentions non-philosophiques.
Cependant, malgré tout ce que nous a apporté
la non-philosophie de F. Laruelle, il n'en demeure pas moins que nos
propres recherches sont, en ce qui concerne des points fondamentaux,
radicalement éloignées d'elle.
Notre travail sur Blanchot n'est pas un
essai de non-philosophie laruellienne.
Non seulement il ne l'est pas mais il ne
peut pas l'être, et ce du fait même du principe unique qui
ordonne toute la théorie de Laruelle. La non-philosophie laruellienne
n'est en effet possible qu'en fonction de l'Un compris comme immanence
radicale. Ainsi, chez Laruelle, l'Un détient rien de moins que la
possibilité même de toute théorie non-philosophique de la philosophie :
selon Laruelle la non-philosophie tient nécessairement à l'Un.
Or il est clair qu'il en va tout autrement
chez Blanchot. Par conséquent, avec Blanchot, nous serons donc aussi
amenés à nous demander s'il peut exister une non-philosophie aussi
radicale que celle de Laruelle et qui, en plus, ne serait absolument pas
fonction de ou subordonnée à l'Un ; soit la question suivante : une « non-philosophie »
selon (le) neutre est-elle possible ?
Nous nous permettrons donc d'utiliser
librement la non-philosophie de F. Laruelle sans craindre de la
détourner de ses orientations fondamentales ; et nous pensons que
François Laruelle, qui a ouvert la voie d'un libre jeu avec la
philosophie, ne s'opposera pas à un tel détournement qui, loin de trahir
sa non-philosophie, consiste bien plutôt à en jouer librement grâce à
une parfaite compréhension de ses exigences et de ses contraintes[xvi].
Olivier Harlingue, juin 2006.
* Exrtrait de la thèse de
philosophie de Olivier Harlingue, "Maurice Blanchot et la philosophie"
(Paris X)
NOTES

[i]Ainsi
s'exprime la suffisance du pouvoir de la philosophie :
« [...] philosopher suffit à tout c'est-à-dire, conclut unitairement
la philosophie, au réel, pour le faire advenir à ce qu'il est, pour
le manifester comme tel, comme ce qu'il est de manière
absolue. La philosophie est le supplément absolu ou dernier, le
supplément d'Absolu dont toute chose a besoin pour enfin se suffire
; qui est exigible de tout homme qui est suffisamment un homme ; qui
est enfin toujours possible ontologiquement et techniquement. [Et
c]'est sur ce point surtout que le Principe de philosophie
suffisante se distingue de celui de Raison : il suffit à tout et au
Tout, au réel en général et dans son unité, tandis que la Raison
suffit à chaque chose du seul point de vue de l'universalité du
savoir. » (F. Laruelle, En tant qu'Un, p. 154)
[iii]
Ibid., fin de la p. 165.
[iv]
Heidegger, Schelling, p. 27.
[v]
La part du feu, pp. 293-331.
[vi]
C’est là notamment le principe même ou le motif unique de bon nombre
des ouvrages de Jean-Luc Nancy.
[vii]F.
Laruelle et collaborateurs, Dictionnaire de non-philosophie,
fin de la p. 29.
[viii]F.
Laruelle, En tant qu'Un, seconde moitié de la p. 189.
[ix]Ibid.,
première moitié de la p. 134.
[x]Ibid.,
début de la p. 131.
[xii]Heidegger,
Schelling, milieu de la p. 91.
[xiii]L'entretien
infini, début de la p. 40.
[xiv]F.
Laruelle, En tant qu'Un, début de la p. 8.
[xv]Dans
la déconstruction, que chacune de ses figures déploie de façon
propre, la philosophie devient « une explication fondamentale
[...] » avec elle-même, soit « [...] une Auseinandersetzung
[...] : [...] un débat ou [...] un démêlé pour s'impliquer et
s'exclure réciproquement » (J.-L. Nancy, Le partage des voix,
p. 14) par rapport au tout de la tradition philosophique.
[xvi]Cette
compréhension est en fait la condition même qui peut seul rendre
effectivement possible la liberté de notre jeu avec – ou de
notre usage de – la non-philosophie laruellienne. En cela nous ne
faisons que reprendre un des grands principes du jeu
non-philosophique laruellien avec la philosophie.