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D'après une lecture de :
Laurent Salbert, "Le génie en exil"
in Non-Philosophie, le
Collectif, Discipline hérétique. Esthétiques, psychanalyse, religion.
Kimé, 1998
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On a beau dire que le
génie à l'oeuvre est son propre biographe, la philosophie n'a cessé de
vouloir démontrer le contraire, et ainsi exiler le génie de lui-même. Les
théories du génie l'ont renvoyé tour à tour à l'extra-ordinaire d'une nature
intuitive et d'une nature intellectuelle, ou bien en ont établi la synthèse
à la manière kantienne. Il est possible de mettre un terme à l'exil
ontologique du génie, d'un triple point de vue. 1) Au plan phénoménologique
d'abord, la vision du génie par lui-même, ou plutôt à partir de lui-même,
prime sur les explications déduites de son oeuvre, de sa biographie ou de
ses affects. La surestimation de l'oeuvre conduit notamment à la surenchère
interprétative, à l'enquête ininterrompue sur le mystère de la "création",
etc. 2) Au plan théorique ensuite, la non-philosophie permet d'identifier
les discours autoritaires basés sur la position d'une double transcendance.
Par exemple le génie se décline sur le mode du "dedans" ou sur le mode du
"dehors", deux figures qui servent la suffisance philosophique et masquent
l'identité du génie. La psychanalyse est l'exemple d'une démarche
interprétative qui tente d'expliquer le génie par la sphère intérieure, et
présente classiquement son travail comme le résultat d'un dépassement (une
sublimation). L'approche sociologique fait de même en surestimant les
facteurs historiques et sociaux, et réduit encore le génie à son discours.
Seule la non-philosophie approche le génie en fonction de son identité
réelle, précisément parce qu'elle maintient une distance unilatérale entre
réel et symbolique. La création géniale se définit d'abord et rigoureusement
comme création en-Un, c'est-à-dire création réellement immanente,
indifférente à ses formes, résultats et autres motifs. Le génie ne possède
pour tout "don" ou disposition qu'une passivité radicale, une disponibilité
ou passibilité antérieure à toute pathologie, de sorte que son agir est
d'abord un subir. "Ce qu'il faut bien voir ici, c'est que la seule passivité
dont fait preuve le génie, n'est en réalité que l'écho de sa propre
immanence à lui-même" (p. 179). 3) Au plan historique enfin, il convient de
"situer" le génie dans un exil qui soit histoire radicale d'une découverte,
dépourvue de tout horizon et dégagée de toute transcendance, plutôt que
celle d'une promesse liant le génie à ce marchand d'avenir qu'est le
philosophe.
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