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un site de Didier Moulinier |
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La Détermination-en-Dernière-Instance (D.D.I.)
Causalité. - Il s'agit d'élucider les rapports du Réel (Un) et de l'effectivité (Monde) selon une syntaxe propre au Réel, ou selon le Réel. La "détermination-en-dernière instance" désigne justement cette causalité propre au Réel, dès lors que celui-ci est supposé en même temps que le monde effectif est reçu. On explique ainsi pourquoi le Réel précède l'Etre et la représentation en général, dont il est la cause de-dernière-insance. Quatre conditions sont dès lors requises : 1° son autonomie doit être radicale, de sorte qu'il ne s'aliène pas dans ses effets ou son objet, 2) ce dernier, constitué par la résistance propre à la transcendance, conserve une autonomie relative, 3) les effets de l'Un ne portent pas directement sur cet objet, 4) ils se manifestent plutôt sur une instance intermédiaire et transcendantale, celle de l'Etre et de la représentation en tant qu'ils sont vus en-Un, soit la "force-de-pensée" comme "sujet" titulaire de cette causalité. La présentation de l'Etre étant autonome, l'Un ne peut être cause "de" l'objet mais plutôt "pour" l'objet, de même qu'il ne fait pas cercle avec l'effet dont il est la cause, celui-là demeurant en celle-ci (en-Un). Il ne s'agit donc pas seulement d'une causalité immanente de la transcendance (par émanation, aliénation, etc.), comme la métaphysique nous en fournit maints exemples, mais bien d'une causalité de l'immanence en tant que (le) Réel pour la transcendance. Du reste, si aucune transcendance ne se présentait, la "causalité" de l'Un serait un vain mot ou au pire une idée métaphysique, par exemple une création ex nihilo ou une production technologique, alors qu'elle n'est précisément qu'une détermination-en-dernière-instance seulement. L'agir ou la causalité de l'Un, n'appartenant pas à l'essence intrinsèque de l'Un, supposent à la fois une présentation de l'être et le clonage de l'Un : l'Un n'agit pas directement, ce qui revient à dire que l'Un n'est pas "sujet". Et cependant, "dès" que l'Un agit sur le mode précédemment décrit, tout objet=X manifesté le sera en-dernière-instance "en-Un", parce que l'Un reste la "dernière" causalité, la seule qui soit inévitable et réelle. Les effets peuvent être différés ou distanciés par rapport à la cause, mais en tant que réelle celle-ci demeure indivisible, inaliénable dans ses effets. Enfin, la détermination-en-dernière-instance produit un effet lui-même rigoureusement déterminé, à savoir une identité pour l'être et la pensée. Plus précisément, elle se manifeste sous la forme d'une "structure d'unilatéralité" qui inclut l'identité proprement dite (le clone), et l'essence propre de la transcendance (la dualité, mais vue en Un). Dualité unilatérale. - La causalité unilatérale ne prend véritablement son sens qu'avec la notion d'"immanence radicale". Les usages idéalistes qu'ont pu en faire certains philosophes, au nom d'une transcendance plus ou moins clairement avouée, n'ont fait que réintroduire dans la "relation" une forme de réciprocité ou de bilatéralité. Il ne suffit pas de poser l'axiome : "l'effet se distingue de la cause qui ne s'en distingue pas", pour obtenir l'unilatéralité réelle. La cause "qui ne se distingue pas de l'effet", par exemple, peut toujours être conçue comme s'identifiant à l'effet, ou immanente à l'effet, ce qui lui ôte justement toute radicalité. "En" elle-même, l'immanence ne contient aucune forme de relation ou de dualité, et c'est pourquoi la dualité qu'autorise une telle immanence peut être dite "unilatérale"... Il est exclu qu'un effet quelconque de l'Un puisse appartenir à l'essence de l'Un, ou au Réel, ce qui ne lui laisse au mieux qu'un statut transcendantal. L'effet s'identifie à l'Un ou peut être dit "en-Un", certes, mais en-dernière-instance seulement ; inversement l'Un ne s'identifie pas à l'effet, qui préserve ainsi son autonomie relative. Or c'est cette autonomie relative que Laruelle nomme dualité unilatérale, en tant qu'elle provient d'une double origine : l'une empirique, et l'autre transcendantale (l'Un ou le Réel "lui-même" n'entrant jamais, répétons-le, dans une dualité). La dualité unilatérale est la syntaxe propre de l'unilatéralité, étant dépourvue de toute circularité, de toute auto-position par identification réciproque. Le mot "unitaxe" (meilleur que syntaxe) signifie qu'une seule dualité est chaque fois requise et qu'elle comprend seulement deux termes, sans synthèse aucune. Cependant, le fait qu'elle reçoive son essence de l'Un qui est sans syntaxe et sans relation - puisque sa seule définition ou unique essence consiste à "voir-en-Un" - impose à la dualité elle-même une sorte de double définition. La dualité unilatérale comprend pour une part une Identité transcendantale, soit l'identité sans-synthèse de la dualité elle-même, et d'autre part cette dualité effective entre l'Identité transcendantale et un second terme extrait de l'empirique. Cependant la dualité n'est vue comme telle que depuis le second terme, car le premier, l'Identité, se contente quant à lui de voir-en-Un et ne fonctionne pas en tant que terme dans la dualité. En général, une Identité ne compte jamais comme terme dans une relation, sauf comme clone transcendantal et uniquement du point de vue du second terme qui, finalement, assume seul la dualité, de même que le premier terme assume seul l'identité. Cela est évident, sans quoi l'identité "de" la relation compterait systématiquement pour un troisième terme, en supplément des deux termes de la relation. Quant à la dualité unilatérale proprement dite - le "dual" - elle apporte l'a priori extrait du terme empirique en tant que dépourvu de sa forme mixte originelle. En résumé, la dualité unilatérale n'a plus rien d'une dualité arithmétique homogène, pas plus que l'Un-en-Un n'est l'unité mathématique ou son idéalisation métaphysique. La dualité unilatérale congédie la structure oppositionnelle du "face à face" autant que celle du "survol" synthétique ; finalement c'est toute l'"arithmétique transcendantale" sur laquelle s'appuie la philosophie depuis Platon qui se trouve écartée. Philosophie. - L'Un n'est détermination en-dernière-instance de la philosophie que par le moyen de la non-philosophie. Etant d'abord cause transcendantale de la force (de) pensée, on ne peut dire qu'il est l'essence de la philosophie elle-même. Cependant, en tant que clone, il détermine la philosophie à exister comme non-philosophie, et à se laisser déterminer par l'Un. On peut dire aussi qu'il est détermination-en-dernière-instance de la non-philosophie pour la philosophie, celle-là étant l'identité de celle-ci, et en ce sens il est leur essence commune. Reflet. - Toute Décision philosophique instaure un mode de représentation du Réel de type spéculaire, voire spéculatif, tel que la représentation se divise toujours en reflet du Réel et en reflet du reflet, autrement dit en un mixte miroir-reflet. Classiquement, l'ego cogito constitue l'une de ces "choses-miroir", à la fois miroir de la chose-sujet, donc chose elle-même, et reflet par excellence de la chose en tant que cogitans. Le matérialisme a esquissé une critique de cette représentation du Réel avec sa théorie du "reflet sans miroir", en affirmant l'autonomie du procès de connaissance précisément comme reflet du Réel, et sans réduire celui-ci à une projection spéculaire idéaliste. Cependant cette doctrine part d'une conception erronée du Réel comme Etre ou Matière, et replace celle-ci dans la transcendance en l'opposant par exemple à la conscience qu'elle est censée déterminer. L'autre philosophie essayant de rompre avec cette structure mixte miroir-reflet est celle de l'"immanence de l'Ego" (Henry, par exemple). Certes la représentation n'y est plus "réfléchie" ou spéculaire en un sens, puisqu'elle prend la forme d'une auto-affection non re-présentative et non redoublée, mais elle conserve pourtant la structure de la Distance qui est propre à la pensée (confondue massivement avec le Réel) et donc réintroduit une forme de transcendance dans l'immanence. Le fait d'écraser l'un sur l'autre le miroir et le reflet, en croyant s'affranchir du mixte, ne permet pas de lever l'auto-position philosophique ni de penser l'Identité réelle comme immanence radicale. En revanche l'Un-en-Un de la non-philosophie, ne faisant pas corps avec la pensée et ne constituant nullement un objet de représentation, ne saurait s'auto-représenter. Il ne peut ni être représenté ou reflété comme tel, ni être à lui-même son propre miroir. Mais le miroir existe pourtant et l'Un ne lui oppose aucune résistance, de sorte qu'il se prête "passivement" à une sorte de "reflet-sans-reflété" d'ordre purement transcendantal, dont il est la condition nécessaire mais négative. Cet ordre transcendantal du reflet constitue un clone du Réel, un reflet sans miroir puisque le Réel et le miroir ne sont justement pas du même ordre. Pour être plus précis, ce clone n'est pas le rejet du miroir spéculaire, ce qui constituerait encore une illusion philosophique ; il incarne plutôt l'identité de la dualité unilatérale (non spéculaire) du reflet-miroir, il dualyse celle-ci au lieu de la refouler et l'identifie comme identité de la spéculation. En résumé, ces trois noms premiers : Réel-non-reflété (seulement réel), miroir-reflet (transcendant) et reflet-sans-reflété (transcendantal), sont les trois identités permettant de traiter non-philosophiquement la triade spéculative philosophique. Unidentité. - L'"Unidentité" est l'autre nom de l'identité transcendantale, en tant qu'elle participe de la dualité unilatérale sous son aspect précisément transcendantal. En effet, si la dualité n'est pensable en tant que telle que depuis le second terme (non(-Un)), elle est d'abord unilatéralisée par une instance purement transcendantale et non apriorique ((non-)Un), représentant l'Un pour cette dualité. Ni l'identité transcendantale (l'unidentité) ni l'unilatéralisation (son action) ne peuvent se confondre avec la dualité (son effet), elle-même unilatérale mais à support empirique. L'unilatéralisation forme donc avec celle-ci une dualité d'unilatéralisation (sans synthèse). De son "côté" (qui n'en est pas un), l'unidentité ne se contente pas d'unilatéralier, elle confère également au support empirique une identité propre de transcendance (mais non transcendante elle-même), sous la forme d'une "Distance non auto-positionnelle". Finalement, '"unidentification" et "unilatéralisation" constituent les deux pouvoirs principaux de la force (de) pensée, en tant que "sujet" de la détermination-en-dernière-instance. |