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D'après une lecture de :
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- Principes de la Non-Philosophie
- De François Laruelle
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- PUF, 1996 (chapître IV)
La philosophie
est "le medium universel, la forme a priori plutôt à travers lesquels
l'expérience quelconque pense la forclusion de l'Un-en-Un ou participe à la
résistance" (p. 168). En réalité toute expérience se donne déjà comme
philosophique, de même que toute philosophie s'élabore comme expérience et
empirisme généralisé. De part son indifférence radicale, l'Un-en-Un ne peut
éviter cela, mais il induit un nouveau rapport de pensée à l'Un - la "force
(de) pensée" - tel que la résistance soit prise en compte et devienne
l'objet théorique d'une nouvelle discipline.
1) Le premier
théorème de la force (de) pensée n'est autre que l'identité (de) l'Un : "L'Un
est Un-en-Un ; ou encore : L'Un n'est pas mais est-en-Un ou Vision-en-Un"
(p. 169). Une comparaison avec le premier principe de la Science fichtéenne
permettra de distinguer clairement les trois ordres du Réel, du
Transcendantal et du Logique. "Moi = Moi" reste une intuition intellectuelle
qui, à l'"intérieur" d'une distance phénoménologique, se donne l'identité
d'un objet singulier. Certes on ne confondra pas l'acte du représenter et
l'objet de la représentation, et cependant cette intuition demeure bien une
objectivation auto-objectivante : Moi = Moi exprime "la synthèse de
l'intuition et de l'objet, donc une auto-intuition, le cercle d'un Moi
absolu qui se résoudra dans le cercle d'une imagination transcendantale qui
condense et concentre toute l'activité philosophique" (p. 170). En revanche
l'Un-en-Un est une identité non-intuitive, ni une intuition ni une donation,
mais un donné-sans-donation. Conséquence : la Vision-en-Un n'étant
pas un cercle, elle n'enferme pas la pensée non-philosophique qu'elle
détermine seulement en-dernière-instance. La philosophie ne confond pas
seulement le réel-Un avec l'Etre, mais encore la pensée avec le logique.
Sans même compter l'identité "vide" de la logique formelle, l'identité de la
logique transcendantale (ici fichtéenne) reste semi-réelle semi-idéelle, un
compromis entre l'Etre-Un métaphysique et un fait de conscience logique (Moi
= Moi). Tandis que l'identité seulement réelle de la non-philosophie ne
se confond pas avec l'identité transcendantale (dès lors plutôt
uni-idéelle que semi-idéelle) qu'elle tolère également, siège d'une pensée
(et non d'une imagination) transcendantale pure capable par conséquent de
transformer l'expérience.
2) Le second
théorème de la force (de) pensée concerne le non(-Un) : "Il y a un non(-Un)
ou une résistance à l'Un", que l'on inscrire face au 2è principe fichtéen :
"Un non-Moi est opposé au Moi". Il s'agit maintenant de se placer du point
de vue de la résistance, ou plutôt de donner les moyens de la penser. Alors
que la philosophie est absolument contingente depuis l'Un, elle devient
relativement contingente et acquiert un sens nouveau par rapport à la
pensée selon l'Un. Cela donne toute sa signification à la "force (de)
pensée" en tant qu'organon non logique mais purement transcendantal,
chargé de déterminer la résistance puisque l'Un ne peut le
faire directement. (Ecartons la possibilité, encore philosophique, d'une
détermination unilatérale par l'immanence elle-même, ou d'une identité
directement unilatéralisante, qui aurait pour effet de nier la résistance
(et donc la philosophie) en la dissolvant.) La force (de) pensée, seule,
détermine unilatéralement la résistance philosophique comme identité
transcendantale, notamment l'identité constituante du logique et du
philosophique. Il fallait pour cela partir de la solitude irréductible de l'Un-en-Un,
pour dégager l'identité de la philosophie comme résistance (à l'Un ou plutôt
à la pensée selon l'Un), et permettre le déploiement d'un non(-Un) sous de
nouvelles conditions qui sont précisément celles de l'organon.
3) Venons-en
enfin au troisième théorème : "L'Un-en-Un est l'identité
de-dernière-instance de la dualité unilatérale de l'Un indivisible et du
non(-Un) divisible et indivisible ; cette identité est l'organon de
la pensée ou force (de) pensée, comme solution au problème de la
détermination du non(-Un) par l'Un." Ceci est la version non-philosophique
du principe fichtéen : "J'oppose dans le Moi, au Moi divisible, un non-Moi
divisible". Entre l'Un et le non(-Un) il n'y a qu'une apparence de
contradiction qui n'appelle cependant aucune solution synthético-analytique
ou même dialectique, la Vision-en-Un interdisant tout survol et toute
relance indéfinie d'un problème d'ordre philosophique. L'Un-en-Un détermine
une logique des identités réelles-transcendantales (et non
logico-transcendantales) qui, étant radicalement indivisibles, ne demandent
pas non plus à être réunifiées dans un Même. La force (de) pensée est
l'organon d'un traitement purement transcendantal des contradictions
logico-transcendantales. Elle possède la "force" de combiner l'Un et l'Etre
selon un vecteur d'unilatéralité, sans division ni synthèse, et sans même se
poser comme "milieu" ou "entre-deux", car si elle fait bien office de
"médiation" entre l'Un et les Dyades philosophiques, elle n'est jamais
elle-même auto-médiatrice ou auto-déterminante. "La force (de) pensée n'est
pas le concept synthétique du Réel et de l'idéal, mais l'identité
transcendantale qui articule sans synthèse mais par clonage le Réel et
l'idéel, (...) l'identité-en-dernière-instance de l'Un et de l'Etre" (p.
184). Elle se contente de rapprocher, par une double relation non
circulaire, l'indifférence de l'Un et la résistance de
l'Autre. Rappelons enfin que la force (de) pensée reçoit d'abord son essence
du réel-Un, et ensuite elle reçoit de la transcendance son ingrédient a
priori, donc l'essence de la transcendance, sous forme d'une Distance
non-phénoménologique ou non-autopositionnelle.