La Non-Philosophie

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LA NON-ENCYCLOPEDIE

ou  La méthode terminologique

 

 

 

Nous présentons ici une version élargie - à la fois radicalisée et généralisée - du concept de "Non-Encyclopédie" employé ça et là par François Laruelle, ce qui ne va pas sans induire une critique partielle du "théoricisme" non-philosophique, en faisant signe vers un mode de pensée que nous qualifions ailleurs d'"élémentaire" (en termes de "non-religion" ou de "non-poésie", par exemple). Par ailleurs, nous transformons la méthode dualytique restreinte de la non-philosophie en une méthode terminologique générale.

Le principe de la Non-Encyclopédie, que nous avons déjà éprouvé dans les versions antérieures du site ("TUYAU(1) (2) (3)...), est donc le suivant. Pour chaque article il y a toujours : 1) un matériau fourni par la littérature philosophique contemporaine ou non, c'est-à-dire une lecture (de préférence unique) servant d'occasion et de support : ce parti-pris subvertit totalement la notion classique de Dictionnaire, puisque les articles n'invitent à aucune synthèse mais, bien au contraire, procèdent d'un mode de pensée "une fois-chaque fois", en tant que tel élémentaire ; 2) un terme générique ou "premier" (64 prévus (*)), dont le choix relève de raisons parfaitement contingentes, puisqu'en définitive tous les termes s'équivalent en tant qu'"éléments" ; 3) et pour chacun des termes premiers, à nouveau 64 termes qualifiés de "seconds" avec lesquels ils forment en général un "mixte", c'est-à-dire une triade unitaire qu'il s'agit précisément de dualyser ou de "mettre à l'écart", pour la réutiliser une fois expurgée de sa "suffisance" philosophique (prétention de co-constituer le réel, auto-position, etc.).

Par conséquent, nous obtenons à chaque fois une configuration à trois termes, relevant de ce que François Laruelle nomme la "triade idéaliste". En effet le premier terme, implicite et souvent refoulé, est toujours constitué par la "Philosophie" elle-même en tant que Discours dominant (même lorsque la techno-science semble prendre le relais). La première triade idéaliste est donc constituée par la philosophie faisant couple avec un autre domaine, par exemple la Science, mais en assumant également la consistance "spéculative" du couple (2/3 termes). Cependant lorsque la philosophie fait couple avec un terme second, comme la "Science" ou bien la "Psychanalyse", elle utilise pour cela un troisième terme qu'elle prélève sur le corps du second ("jouissance" par exemple, prélevé sur "éthique" ou même sur "psychanalyse"), créant une dualité plus ou moins forcée lui permettant de se poser en synthèse ou solution.

Le traitement non-philosophique de la triade idéaliste s'effectue alors par "dualyse", au moyen de trois opérations distinctes. En premier lieu il faut disposer et préparer un matériau quelconque, soit repérer un processus d'identification à 2/3 termes qui relève proprement du mixte philosophique, en l'occurrence les deux termes mis en relation ("religion" et "vie chrétienne", pour prendre un autre exemple), auxquels il faut donc ajouter celui de "philosophie" : véritable triade idéaliste puisque, dans notre exemple, l'expression "vie chrétienne" peut idéalement représenter la "religion" pour un sujet philosophe). Dans un second temps a lieu un processus d'unilatéralisation, par lequel la triade idéaliste est remplacée par une "dualité unilatérale" (non circulaire, non mixte) entre une identité transcendantale (ici l'identité de la religion, soit la "non-religion") et une forme mixte a priori (le couple philosophie/vie chrétienne). La troisième opération, dite unidentification, confère à la non-philosophie (tout au moins sous sa forme non-encyclopédique) une dimension pragmatique qui lui permet de transformer et d'utiliser autrement les termes identifiés. En effet si la non-religion peut se dire "théorie unifiée de la philosophie et de la religion", à titre de "discipline transcendantale", c'est parce qu'un élément non-religieux radical constitue la condition d'une telle pensée ; où le situer, dans notre exemple, sinon dans un vécu religieux (-sans religion) précédant la logique non-philosophique ou non-religieuse, précédant même l'identité transcendantale ? Ainsi chaque terme troisième se voit unidentifié (au) Réel-Un et fonctionne comme cause-de-dernière-instance pour toute logique non-philosophique.

Notons que cette description non-encyclopédique ou terminologique de la méthode non-philosophique reste spécifique, et qu'elle déborde largement - surtout sur la question de l'unidentification - la lettre des écrits laruelliens. ; sans doute fait-elle signe, déjà, vers une logique élémentaire qui ne s'applique pourtant pas directement à la théorie mais à l'écriture en général et à la posture rigoureusement individuale qui la soutient, par définition.

 

(* 64 est le nombre premier "fétiche" et comme tel arbitraire de la Non-Encyclopédie, répondant ironiquement à l'ordre scientifico-encyclopédique mondial, en vigueur "officiellement" depuis le Yi-King avec ses 64 hexagrammes jusqu'au moderne code génétique et ses 64 codons. Par ailleurs, Pindare n'affirmait-il pas que "l'aigle émet 64 cris ayant chacun un sens différent" ?!)

 

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