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La Non-philosophie un site de Didier Moulinier |
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Textes assez anciens - fin des années 80 -, pourtant inspirées déjà par les premiers développements de la non-philosophie (ordinaire // élémentaire par ex.).
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Introduction à la Poésie Elémentaire
alias la "Non-Poésie"
Historiquement, l'expression "poésie élémentaire" désigne un courant poétique international de la seconde moitié du XXè siècle, aussi tentaculaire que méconnu, souvent confondu avec les poésies dites "concrètes", "visuelles" ou "sonores", ou encore "poésies-action". D'ailleurs à l'exception de quelques performers notoires, comme Julien Blaine, oeuvrant depuis la fin des années soixante, très peu de poètes revendiquent explicitement le concept de poésie élémentaire, de sorte qu’il reste à peu près vierge. Pour nous, cette appellation désigne surtout une posture devant la poésie, posture qui n'est pas en tant que telle poétique, et qui induit un usage de la poésie tendant à radicaliser ses aspects concrets-élémentaires (visuels, sonores, etc.) déjà existants. Notre intention est de prendre appui sur cette forme de poésie revendiquées ici et là, pour l'orienter plus radicalement vers une sorte de "Non-Poésie" (par analogie avec la "Non-Philosophie"), soit une pratique non seulement déliée du langage de la signification mais également affranchie des recettes et méthodes de la "poésie concrète". En réalité, la poésie élémentaire historique n'a jamais été elle-même qu'un "manifeste" et une manifestation, une poésie vécue comme "performation" et donc de fait une poésie performative : scénique, visuelle, sonore, concrète, etc., sans se réduire d'ailleurs à ces pratiques affiliées bien souvent à des philosophies vaguement "révolutionnaires". Désormais nous prenons seulement appui sur cette poésie élémentaire dont le caractère essentiel est peut-être le "non-mimétisme" (voir Julien Blaine en particulier, au sujet duquel Jean-François Bory a pu écrire : "Le langage, réellement, l'imite"), comme celle-ci s'est appuyée sur les poésies concrètes ou "actives" en général pour se manifester en tant que telle. La finalité a changé : il ne s'agit pas de pousser encore plus loin la destruction et/ou la subversion des langages conventionnels, ni de continuer l'auto-invention désormais critique (modernité) de la poésie. La "Non-poésie" correspond à un certain usage de la Poésie (littéraire et concrète, à part égale), considérée elle-même comme langage conventionnel, manifestant notamment la totale équivalence du "poétique" et du "prosaïque". Le premier enjeu de la poésie élémentaire est, théoriquement autant que pratiquement, la conquête du littéral par opposition au littéraire. La poésie comprise littéralement, implique non seulement le rejet de la mimesis antique, mais encore celui du système tout entier de la représentation tel qu'il se formule notamment à l'époque de la Culture sous le nom de "Littérature" et qui se supporte d'un Sujet (fût-il allégé, clivé, singularisé, etc.). Il faut savoir qu'il existe une poésie non-littéraire, et pas seulement prosaïque et non-poétique au sens restreint du mot poésie. Une poésie non-figurative au sens large du terme, excluant notamment cette figure reine qu'est la métaphore, s'il est vrai que la métaphore, la condensation du sens par substitution des signifiants, est le mode de représentation classique de la poésie. Certes, il est difficile d'exclure la métaphore, mais il est un usage de la métaphore qui la prive de son usage mimétique fondamental, un usage qui la cloue sur elle-même et la pétrifie littéralement. En un mot une poésie non-représentative, fût-ce pour représenter l'absence. Une poésie non-dévoilante, que je nomme pour cette raison "poésie dévoilée". Il est une poésie matérielle qui emprunte les voies du concret - visuel ou sonore - non pour célébrer la matière, mais paradoxalement pour célébrer la ...poésie, qu'elle ne révèle pas mais littéralement qu'elle « trouve ». C’est pourquoi la dimension élémentairement aboutie des poésies concrètes, sonores et visuelles, se fait jour dans le ready-made, le ready-made généralisé. Le poème non plus comme parole essentielle et dévoilement, mais le poème comme objet trouvé déjà-dévoilé, déjà-fait déjà-dit, déjà-entendu déjà-lu, fait divers de culture et de langue. Donc une poésie identiquement inventive et de découverte. Découvrir, ce n'est pas dévoiler, précisément parce qu'ici la dialectique voiler/dévoiler fait défaut : rien n'est couvert, tout est à découvrir parce que tout est à découvert. Une poésie qui emprunte les voies de la scène, de l'action, de la performance, non pour faire événement ou célébrer l'événement mais pour célébrer le poète, le poète "ordinaire" tel que je le nomme, en chair et en os comme dit Julien Blaine, non pas exposant mais bel et bien exposé, non pas dé-livrant tel ou tel morceau de bravoure en le lisant, mais livrant lui-même, je veux dire littéralement faisant livre. Et c'est vrai que la poésie élémentaire, d'une certaine façon, est contemporaine de la fin du livre. On ne peut exposer ici les aspects historiques et thématiques de la poésie élémentaire, c'est-à-dire les poésies concrètes et visuelles, poésies sonores et performances. Il faudrait de toute façon évoquer tout le travail que la critique et la poétique ont pu elles-mêmes fournir dans la voie de cette "élémentarisation", parfois en dialoguant avec la philosophie, mais le plus souvent dans une indifférence et une naïveté salutaire à l’égard de celle-ci. Je pense surtout à Robert Filliou qui, avec sa théorie/utopie de l’équivalence universelle, a donné une première version relativement aboutie de la « pensée élémentaire ». Dans ce procès, n’oublions pas le travail critique et auto-critique des poètes eux-mêmes, au premier rang desquels il faudrait citer Isidore Ducasse avec ses célèbres Poésies : "la poésie doit être faite par tous" : conception opposée à l'élitisme heideggerien, encore en vigueur chez la plupart des poètes et philosophes français. Toutefois, dans son histoire et dans les faits, la poésie élémentaire s'est contentée de frayer simplement aux limites de la création poétique classique ou littéraire. Par exemple, les premières tentatives de poésie concrète furent bien souvent figuratives à l'excès, donc parfaitement mimétiques ; même chose pour la poésie sonore. Il faudrait donc en retracer le procès historique, ses avancées et ses pièges, ses illusions et ses naïvetés, mais aussi ses audaces et l'incroyable méconnaissance dont elle a fait l'objet de la part des historiens de la littérature contemporaine.
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