La Non-Philosophie

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Non-philosophie du Sujet politique

Extrait présenté le 30 septembre 2004 au Congrès Marx International IV –Université Paris X Nanterre

par Sophie Lesueur

 

 

 

 

Il est dit que tout ce qui commence a immanquablement une fin. Une des questions les plus cruciales du XXIème siècle est sans doute celle-ci : le règne et la domination capitaliste auront-il effectivement une fin, laquelle et quand ? Marx annonçait que ce système doublement économique et politique serait à terme son propre fossoyeur ; que ses caractéristiques constitutives liées au mouvement même de l’histoire viendraient finalement en sonner le glas. Cette espérance est toujours nôtre, aux côtés des exclus et des opprimés de ce système. Cependant, il est chaque année plus visible que le capitalisme renferme aussi des ressources ô combien efficaces et toujours plus inventives pour maintenir son hégémonie. Ressources que Marx ne pouvait imaginer dans toutes leurs subtilités, n’étant malgré tout que de son siècle, tout en restant aujourd’hui, à nos yeux encore, profondément visionnaire. Nous cherchons tous plus ou moins à comprendre ce qui est effectivement en jeu dans ce phénomène exceptionnel, unique dans l’histoire de l’humanité ; nous cherchons tous à le comprendre mais aussi bien évidemment à le combattre. D’un combat bien inégal et qui nous semble à beaucoup d’égards, parfois, assez vain. D’autant plus que toutes les luttes frontales, telles qu’elles furent menées au cours du siècle dernier en différents points du globe et telles qu’elles sont tentées aujourd’hui encore localement, tendent à être absorbées, nivelées, progressivement laminées et bien souvent anéanties par ce Léviathan sans lieu ni visage précis. Il n’existe pas ou plus de champ de bataille rigoureusement délimité où l’affronter ; plus exactement, c’est en réalité tous les domaines de la vie humaine en n’importe quel point du globe qui se trouvent touchés d’une manière ou d’une autre par les procédés opérationnels de ce système ou par les effets qu’il produit. Le capitalisme est rampant, insidieux, tentaculaire, par essence de la plus profonde immanence.  Modèle parfait d’un assujettissement des plus concrets, qu’aucune transcendance ne peut briser : c’est là sûrement la clé des intuitions les plus fulgurantes de Marx, d’un bout à l’autre de son œuvre soucieux d’approcher au plus près des entrailles de ce système, de le comprendre toujours mieux afin de créer les conditions les plus favorables à sa disparition.

Marx investit l’histoire du sujet pour en faire apparaître le versant le plus obscur, celui qui fait concrètement de l’homme moins un être autonome qu’un valet au service d’une cause qui n’est même plus la sienne et dont la conception et l’avenir tout à la fois lui ont été ôtés. Marx tente par tous les moyens de sortir d’une pensée purement spéculative, à dominante idéaliste. Il ancre la réflexion autour des conditions matérielles de l’existence des individus ; il pose la pratique comme référent de toute pensée pour introduire une causalité d’un type nouveau qui mette définitivement à bas le règne des transcendances. L’enjeu est bien justement de tenter d’amener enfin la réflexion sur le même terrain que le capitalisme, celui de l’efficacité de l’action. Faire sortir la philosophie de sa rêverie théorique et idéaliste pour la fixer sur la terre des réalités tangibles, afin qu’elle devienne effectivement une arme au service des hommes : une pensée de et pour l’action, une pensée non plus seulement pour expliquer le monde mais pour le transformer. Seulement voilà : Marx bute régulièrement en différents points de son œuvre sur un problème dont l’énoncé d’ailleurs ne sera jamais clairement exprimé mais dont l’intuition ici encore affleure parfois, celle d’un lien fondamental entre philosophie et capitalisme. Marx reconnaît partiellement l’autorité de la philosophie sur la pensée, son désir permanent de détermination qui est d’un genre similaire à la prétention dominante et unitaire du capitalisme. Philosophie et capitalisme ont tous deux une vocation universelle de transformation de l’homme et du monde. Peut-on dès lors véritablement sortir de cette logique doublement philosophique et économique tout en maintenant le telos de la transformation ? C’est ce paradoxe que François Laruelle s’est notamment attaché à mettre à jour il y a quatre ans dans son ouvrage Introduction au non-marxisme. Pour la non-philosophie, le geste philosophique par excellence est celui d’une saisie, d’une maîtrise du Réel en vue de le transformer : c’est une pensée-Monde. La croyance qu’une philosophie quelle qu’elle soit pourrait être adaptée à la libération de l’homme, pour la non-philosophie, n’est qu’une illusion. Ce que véhicule en revanche la philosophie, c’est une foi, une espérance téléologique qui demeure omniprésente dans l’œuvre de Marx en dépit de ses efforts constants pour en éliminer certains de ces aspects. Aussi, loin de dénigrer l’œuvre de Marx, la non-philosophie entend justement par ce qu’elle nomme non-marxisme, éclairer les méandres dans lesquels la réflexion de Marx s’est parfois dispersée ou « contredite ». Aller vers Marx non pas pour y faire retour, mais en vue de persévérer à sa suite à la découverte d’une pensée non spéculative, non décisionnelle, en faisant le pari qu’une levée de l’efficace capitaliste passe bel et bien par ce chemin-là mais qu’il n’a vraisemblablement pas pu être suivi jusqu’au bout, à l’image des Holzwege, ces sentiers forestiers embroussaillés chers à Heidegger. Le non-marxisme est ainsi défini comme la théorie unifiée de la philosophie et du capitalisme. Nous repartons de l’axiome posé par François Laruelle selon lequel l’Identité du capitalisme n’est pas le capital ; que si capitalisme universel il y a, il est une synthèse du capitalisme et de l’essence de la philosophie dans sa prétention au Monde. Nous avons la conviction que le rejet pur et simple de cette hypothèse contribue grandement à permettre aux partisans du capitalisme de tenir en échec toute théorie à son propos et toute action contre lui. Nous souhaitons ici en exposer partiellement les raisons et avancer des pistes qui pourraient selon nous, ouvrir la voie à une alternative réelle.

La pensée politique philosophique est ainsi, comme toute philosophie, en désir d’Un, désir en grande partie issu de l’héritage de la conception théologique et monothéiste occidentale. La pluralité des hommes y est arbitrairement ramenée à une identité transcendante unitaire. Et pour atteindre cette finalité, elle commence par réfléchir sur son objet et établir les lois qui en rendent compte ; puis, après avoir également étudié les forces à l’œuvre dans la société considérée et décidé du point d’équilibre à partir duquel elles pourront être maîtrisées, elle parvient à un contrôle de ces paramètres dans une réponse théorique qu’elle veut définitive. La tendance à l’uniformisation du système de la pensée occidentale, indissociable de l’avènement de la représentation comme schème directeur de cette pensée, a progressivement réduit la multiplicité. Ceci met en évidence toute l’importance de la notion de représentation. Derrière toute la pensée représentative se dissimule l’ombre de la finalité et du rapport et donc de la production, du rendement. L’efficacité constitue ainsi la clé de voûte de l’édifice de la philosophie politique occidentale depuis ses origines grecques. Cette pensée est celle du plan dressé d’avance, d’une stratégie de combat. La philosophie se révèle ainsi particulièrement la pensée de la causalité, celle du rapport moyen-fin ou théorie-pratique.

Ce schéma est tellement constitutif de notre vision du monde, que nous sommes incapables de nous en dessaisir à moins précisément de changer radicalement notre manière de penser. C’est bien là l’essentiel de la tentative de Marx, ciblant sa réflexion sur l’opposition de la pratique et de la théorie, de la réalité et de la représentation. (Dans l’Idéologie allemande) Il mettra ainsi en avant le rôle essentiel de la pensée dans la donation de l’étant en tant qu’objet, source de réification du sujet par le mécanisme de la représentation. L’assujettissement du sujet passe immanquablement par la représentation et le capitalisme joue autant sur cet écart sujet-objet que sur la foi dans la représentation que le sujet a de lui-même. De là, naît chez Marx toute la problématique de la division et sa quasi obsession de la séparation comme source de toute aliénation. En effet, pour Marx, l’assujettissement est lié à la dépossession en l’homme de ses facultés intellectuelles par un travail impersonnel. Il est dépossédé tout à la fois de ses forces propres, à savoir de sa force de travail mais aussi de son être social. L’aliénation réside ainsi dans une faille constitutive entre le citoyen et l’homme : l’individu est dessaisi de son identité. Sur le versant collectif, c’est également le pouvoir de représentation de la pensée qui détermine la conception que les groupes sociaux ont d’eux-mêmes et la force de la croyance qu’ils vont mettre dans ces schémas idéaux. Ici encore, c’est au moyen de la division du travail que se modèle le concept de classe sociale et donc, d’une certaine forme de compréhension de la société. Marx déploie ainsi tous ses efforts en vue de dénoncer et tenter de lutter contre la division, la séparation, que ce soit dans le rapport sujet-objet, individu-citoyen. Mais il n’y parvient pas puisqu’il se maintient finalement dans le face à face qui est l’archétype de toute pensée philosophique. Son désir d’unité reste cependant bien présent et intact tout au long de son œuvre comme une ultime tentative pour dépasser l’horizon pessimiste de la séparation. Il repose d’une part sur l’espoir politique que pourra susciter la prise de conscience par l’individu de la classe à laquelle il appartient ; et, d’autre part, dans une  perspective historique de progrès où le prolétariat, devenant sujet de l’histoire, contribuera à l’avènement de l’universel.

Nous pouvons mesurer ici combien, de nouveau, ces tentatives de Marx restent prisonnières des schémas pour le moins idéalistes et eschatologiques de la philosophie. La présence du téléologique et la réintégration de la représentation par la conscience de classe, font symptôme pour la non-philosophie ; non seulement d’un point de vue théorique, mais aussi et avant tout d’un point de vue concret et pratique. Nous sommes témoins chaque jour du fait que « l’expropriation des expropriateurs » est bien loin d’être amorcée. Cette formule célèbre de Marx renferme, comme l’a d’ailleurs souligné Etienne Balibar, une grande ambiguïté, car elle signifie tout autant appropriation de l’appropriation c’est à dire un redoublement de la tendance à la préséance de l’avoir sur l’être. Nous sommes donc ici dans une impasse puisque la notion de propriété loin de devenir seconde, est encore renforcée ; l’omniprésence de l’exhortation à la consommation n’est pas là pour nous contredire. Et si l’expropriation des expropriateurs est loin d’être amorcée, c’est aussi et justement parce que l’identité, c’est à dire cette part fondamentale de la constitution et de l’évolution d’un individu demeure étouffée ou spoliée. Individuellement, quel autre but peut bien avoir l’incitation au culte de la marque en tous lieux et à tous prix ? Collectivement, la conscience de classe telle qu’elle s’est manifestée sous forme de lutte jusqu’au milieu du XXème siècle est aujourd’hui empêchée. Les moyens employés à cet effet sont tout autant psychologiques que financiers : ils consistent à détourner le ressentiment des individus vers d’autres appartenant pourtant au même milieu social. Les faibles contre les faibles, par exemple, les catégories sociales les plus défavorisées contre la population immigrée, pour éviter que le véritable adversaire ne soit inquiété. De la même manière, cela consiste aussi pour les multinationales à financer des associations de quartier du Moyen-Orient au sein desquelles sont véhiculées les idées islamistes extrémistes afin que les jeunes de ces pays particulièrement touchés par la misère ne soient pas tentés de militer activement dans des mouvements ou des partis traditionnellement de gauche. Ainsi, la possibilité d’une révolution prolétarienne chère à Marx s’éloigne-t-elle chaque jour un peu plus.

C’est cet ensemble tout à la fois théorique et pratique que la non-philosophie prend pour matériau dans son travail. Elle rompt avec cette notion de finalité omniprésente dans tous les énoncés de type philosophique et a fortiori de philosophie politique. Finalité qui parachève le rapport de la soumission de la pratique à la théorie et verrouille le choix comme les moyens d’action du sujet. C’est le regard de la philosophie sur l’homme qui le rend théoriquement et historiquement sujet ; c’est l’histoire qui détermine le peuple, le localise et le définit. L’homme et le peuple sont dispositions, rendus disponibles ou corvéables à merci pour servir le telos du progrès et du rapport théorie-pratique.

La non-philosophie met un terme à toute idée d’appropriation, suspendant le geste caractéristiquement philosophique de saisie du Réel par la représentation. La pensée non-philosophique pose un Réel non philosophable, dont on ne peut plus prétendre à la connaissance absolue. Ce n’est plus la pensée qui détermine le Réel, c’est le Réel qui détermine en dernière Identité la pensée, et ce, de manière unilatérale, c’est à dire sans aucune possibilité de retour. Le rapport théorie-pratique n’est pas inversé tel que Marx l’avait conçu ; il est unilatéralisé, déterminé en dernière Instance par le Réel. Toute représentation est ainsi mise entre parenthèses et la foi en celle-ci suspendue. La reprise de cette formule marxienne de détermination en dernière Instance, radicalisée, permet d’envisager sur le versant du sujet également, un côté sans réciproque, sans vis à vis, qui ne fait jamais système, ne tombe dans aucune représentation. Le sujet n’est ainsi envisagé que comme ouverture sur le Monde de quelque chose de plus fondamentalement stable que lui, un En-Homme, méconnu de la pensée philosophique, puisque forclos à toute saisie de ce type. Est ainsi postulée une essence de l’homme  inaliénable et qui constitue son Identité radicale. Ce sujet, déterminé en dernière Identité par l’En-homme, est nommé Sujet-Etranger, source d’un style de pensée radicalement autre que philosophique, une Force (de) Pensée.

Le Sujet-Etranger a un avenir possible qui ne se confond plus désormais avec le lieu et le telos que voulaient lui attribuer la philosophie et l’histoire. Nous pouvons dire qu’il est détenteur de son futur, qu’il est autonomos potentiellement, réellement, puisque le nomos ne lui est plus une donation extérieure. Pour la non-philosophie, le sujet n’est plus qu’une fonction de l’Identité radicale humaine et à laquelle elle ne se réduit nullement. L’Identité de dernière Instance constitue ainsi un lien entre les humains, autre que ceux traditionnellement issus de la transcendance philosophique : un lien d’Immanence radicale. Le pari uni-versel de la non- philosophie repose essentiellement sur cet axiome. Le Sujet-Etranger est tout autant étranger à la pensée-Monde, qu’au Capital-Monde, qu’à l’histoire-Monde. Il est irreprésentable et échappe à toute pensée téléologique, quelle que soit sa forme. Inaliénable, il est tout entier force d’hérésie. Car la non-philosophie ne reconnaît pas dans la révolution une action pour les Humains. Elle voit en elle un ultime avatar de la forme-cercle philosophique qui fait constamment retour sur elle-même. La révolution est encore une forme de donation d’identité au sujet où les modalités et les objectifs de la lutte sont toujours prédéfinis pour autre chose que l’humanité elle-même. Le Sujet-Etranger ne fait pas la révolution ; il est hérétique de part en part pour toute pensée où les principes de hiérarchie, de possession et de transformation du Réel prédominent. Faire de la rébellion autre chose qu’un réflexe de défense, qu’un acte négatif d’opposition frontale, tel est l’un des enjeux de la pensée non philosophique. Ainsi, le Sujet-Etranger est aussi radicalement Sujet-en-lutte ; non pas par caractéristique belliqueuse mais parce qu’il est structuré comme en-lutte. Il ne s’agit pas là d’un état de guerre permanent où nous retrouverions le sujet assujetti. Le Sujet est en lutte avec  le Monde et non contre lui. Contre signifierait encore la division, la séparation de l’humanité en au moins deux camps adverses. Non. Le Sujet-en-lutte lutte chaque instant de son existence avec chaque humain, tout simplement parce qu’il y a la lutte, cette lutte radicalement immanente à l’humain tel que né au Monde. Le Sujet-Etranger est aussi Sujet-en-lutte parce que toujours être-séparé de son Identité partiellement inconnaissable : je suis -Etranger parce que toujours d’ores et déjà séparé de mon Identité radicale ; elle m’est étrangère tout en étant mon noyau. Cet état de fait n’est pas modifiable mais l’état d’esprit, la posture en-Vécu qui peut en découler est selon nous profondément subversive. On ne change ni ne transforme le monde ; on modifie la vision, le regard de notre Identité pour le Monde. On sort d’une conception où l’individu est jeté au Monde pour l’alimenter, pour en être un élément, une entité, l’élément constitutif d’un tout. L’humanité en dernière Identité permet de surmonter toutes les divisions que peut inventer le capitalisme, la pensée-monde et en général, tous les ismes réducteurs, toutes ces formes de division et d’exploitation de l’homme, non pas par lui-même, comme il est souvent fait mention, mais par une conception de l’homme. Tout est une question de regard, de Vision nous dit François Laruelle. Ainsi sommes nous séparés, oui, mais non pas désunis. Nous ne constituons pas une unité idéale, un universel mythique. Mais par notre Identité de dernière instance, et dans l’intimité d’un Réel certes inconnu, irreprésentable, mais non totalement intangible, nous constituons une Comm-Unauté d’Etrangers, unis dans leur multiplicité, à la fois avec et malgré leur solitude au Monde. Séparés mais non plus divisés. De par cette Vision-en-Un. Ce n’est pas que la Vision créerai le Réel-Homme. Le Réel de dernière Instance, cette Identité telle que nous définissons ici, s’est toujours manifestée : elle est de toujours déjà là ; ce n’est pas notre Vision qui la crée mais elle la fait apparaître à notre conscience. On pourrait dire qu’elle la révèle, bien sûr non pas sous une quelconque acception religieuse mais plutôt au sens photographique du terme. La Vision-en-Un pourrait avoir pour notre pensée quelque chose de la solution révélatrice employée pour le développement photographique : un bain qui permet effectivement une certaine transformation ; mais pas des objets directement, tel que la philosophie  aborde sa réflexion en général. Si transformation il y a, c’est de la pensée. Une manière de voir le Monde en tant qu’Un, mais non plus dans un geste englobant, au risque de dérive totalitaire, mais selon l’Uni-versel, tourné vers l’Un radicalement Immanent, cette Identité en chair et en os.

 

Le capitalisme, le capital-Monde, est parvenu à diviser - et peut encore diviser à l’infini – plus que deux pans de la population, bien au-delà de ce que Marx avait entrevu comme deux classes antagonistes. Le schéma actuel est multiconflictuel, toujours selon la même logique du « diviser pour régner » mais bien sûr, diviser avant tout les faibles ou les rebelles potentiels. En faisant du prolétariat un sujet de l’histoire, Marx a paradoxalement définitivement ancré l’homme exploité, assujetti dans la catégorie et dans l’histoire du sujet philosophique. Comme il l’avait très bien pressenti, l’appartenance à la classe pouvait bien plus le diviser que le libérer dans la lutte. A contrario, le Sujet-Etranger de la non-philosophie nous permet d’introduire une nouvelle notion, celle de Sans-classe, d’exclu uni-versel, tourné vers le Monde mais que le Monde forclot. Nous ne parlerions plus d’appartenance de classe, mais de reconnaissance d’un statut d’être-sans-classe. Politiquement sans consistance, non représentable (et évidemment non représenté), non gouvernable, forclos à tout Etat mais plus encore à toute idée de l’Etat. Dépossédé par essence, sans propriété de soi-même, seulement pourvu de son Identité de dernière-Instance, Identité qui ne relève d’ailleurs ni exclusivement de l’être, ni exclusivement de l’avoir. L’être-sans-classe est leur Identité radicale, notre Identité radicale : nous sommes tous en dernière-Identité des Sans-classe.

Nous mangeons chaque jour le corps du capitalisme. Et lui se nourrit de nous, du manque de reconnaissance en nous de notre Comm-Unauté. Si ce système doit un jour avoir une fin, nous doutons que ce soit par le biais d’une quelconque action collective d’envergure. Elle pourrait plus vraisemblablement être issue d’une posture multi-individuelle, à la fois théorique et pratique, de la forme 1+1.    1+1 qui, pour une pensée non-philosophique, ne fait pas 2 mais Un.

 

 

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