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un site de Didier Moulinier |
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Différence - Finitude - Immédiat - Radical - Sujet - Science
Différence (1987) Ce que Heidegger appelle le "transcender absolu" de l'Etre est le devenir-absolu de la Différence, sa transcendance dégagée de tout rapport à l'étant ou à la présence. La Différence absolue est la relativité même, l'essence du retrait ou de la transcendance. C'est dire qu'un tel Absolu reste relatif à l'Etre qu'il néantise, sans parvenir à (être) un "soi" mais seulement une relativité à soi, ni un "immédiat" mais plutôt une immédiation interminable de l'immédiat et de la médiation... Dès lors l'Absolu reste l'"instrument" du dévoilement de l'étant par l'Etre. Toute phénoménalité autre que celle de l'étant (transcendante et relative par définition) est ignorée par Heidegger. D'où la tentative vouée à l'échec de penser un Absolu fini originairement : la Finitude absolue, également liée à la transcendance de l'étant et à son essence foncièrement médiate. Finitude de type kantienne, extrinsèque et jamais intrinsèque, mais qui ne prétend pas moins à l'Absolu !
Finitude (1987) Dans la syntaxe de la Décision philosophique relayée (voire exacerbée) par Heidegger et les "philosophes de la Différence", l'Absolu s'applique au processus d'unification de l'identité et de la différence, tandis que la Finitude désigne une transcendance réelle valant pour l’un des termes du différend, dans le but d'introduite une distorsion générale de leur rapport. Or bien que Heidegger ne dispose pas du concept d'Absolu radicalement fini, sa Finitude n'en est pas moins pensable et pensée comme absolue. Heidegger trouve dans le "transcender absolu" de l'étant et de l'Un par rapport à l'être le moyen de sauvegarder la Différence du péril idéaliste. Pour comparer avec Hegel, la Différence heideggerienne se distingue du Concept précisément par la Finitude comme retrait-(du)-réel, rapport unaire ou ontique censé se substituer à l'élément idéel du rapport. Mais cette résistance n'exclut pas l'Absolu, d'abord dans la mesure où la Finitude reste elle-même inconditionnée. La Finitude contredit juste une certaine interprétation idéaliste de l'Absolu. L'Absolu n'est plus posé a priori comme l'essence de la Finitude, c'est plutôt la Finitude dans son essence finitisante qui signe l'Absolu, donc en tant qu'elle endosse une fonction transcendantale d'essence de la Différence. L'Absolu du Concept repose sur une scission classique sujet-objet qu'il dépasse, tandis que la Finitude absolue se fonde sur la distinction transcendante de l'étant-objet et de l'étant-en-soi. Avec ce type de Finitude la médiation se voit prise au sérieux - n'étant plus au service de l'Unité du Concept - à condition que la Finitude devienne l'essence même de la Différence ! S'il est vrai que "l'Absolu est identiquement son déchirement", thèse présente chez Heidegger aussi bien que chez Hegel, seul le premier peut poser le déchirement comme étant le mode propre où peut s'éprouver l'Absolu. Du néant caractérisant l'objet-en-tant-que-fini chez Hegel, on passe avec Heidegger au Néant affectant l'Etre même, au Néant-qui-néantise comme Absolu. La Finitude est bien élevée au rang d'essence par laquelle l'Absolu s'éprouve en quelque sorte lui-même. Au coeur de la Finitude, c'est toujours la Différence et donc une forme de transcendance qui "finitise" l'Absolu. Mais à cause de la transcendance réelle de l'étant, qui le maintient dans le cadre d'une phénoménologie, l'Absolu comme Différence s'éprouve bien comme néant fini. Il ne sursume ou ne contrôle plus la Différence, au contraire il la prolonge d'un "tournant" interdisant toute forme de cercle ou de présence à soi. Pour autant, comme énoncé plus haut, il n'existe pas chez Heidegger de finitude radicale. De même que la scission se fait essence de l'Absolu, l'Absolu ou l'Un lui-même sous la forme du "transcender absolu", la Différence est seule source de finitude en dernière instance transcendantale.
Immédiat (1989) L’Un réel n’est pas absolu au même titre que l’"Unité transcendantale" : il peut être transcendantal comme l’est un vécu seulement immanent, mais le mélange de transcendance et d’immanence qui caractérise l’Unité contredit son essence propre. L’Un est absolu au sens il est l’expérience (de) soi la plus ultime et la plus immédiate. La célèbre formule hégélienne selon laquelle l’Absolu serait "auprès de nous" ne paraît pas adéquate : elle implique trop une dialectique du proche et du lointain, de l’immédiat et du médiat, du donné et de la donation. L’Absolu est une "donnée immédiate", mieux, c’est la donation de l’immédiat en tant qu’elle-même immédiate. Rien à voir avec l’immédiat abstrait du commencement que suppose la dialectique. Son essence irréfléchie le rend également étranger à toute expérience de conscience de soi et de présence à soi.
Radical (2002) L’auto-détermination, qui semble participer de l’essence de l’Absolu, peut-elle être autre chose qu’une sorte d’auto-défense contre le Réel, soit le principe de suffisance lui-même ? A l’inverse le radical caractérise ce qui pense et lutte selon la pauvreté et la non-suffisance du Réel. D’une façon générale le radical se distingue de l’absolu comme la minimalité de la totalité, et comme l’unilatéralité de la convertibilité. La plupart des expériences soi-disant "absolues" adoptent la structure du "retour à l’origine". Or malgré les apparences étymologiques, le radical n’a rien à voir avec l’originaire (la "racine" comme fondement) ou même avec le commencement (valant comme "limite absolue"). Egarée par son désir de recommencements, la philosophie ne connaît en rien l’affect de la radicalité : par exemple le Cogito cartésien n’est pas absolu par radicalité (ce qui en ferait une expérience réellement indivise) mais par universalité, nouant inextricablement subjectivité et objectivité.
Science (1985) La science (ordinaire) des hommes ordinaires n’est pas une science (extra-ordinaire, philosophique) de l’Absolu, mais réellement une science absolue. C’est plutôt la science que l’Absolu, en tant que sujet, peut avoir de lui-même, de la philosophie et du monde. Si elle n’est pas sans "objet", une telle science radicalement subjective n’ob-jective pas ses matériaux comme le ferait une science positive, ni davantage ne les réfléchit comme le ferait la philosophie, au terme d’opérations transcendantes d’analyse, de composition, de synthèse, etc. La précession absolue du sujet (de) la science sur toute objectivité définit un stade anté-copernicien de la connaissance qui se veut pourtant inédit (et nullement obscurantiste ou métaphysique), puisqu’il substitue à la semi-circularité des relations sujet-objet un type de dualité uni-latérale, de sorte qu’enfin le savoir de l’objet et l’objet ne reviennent pas au "même" (fût-ce par un simple rapport de différence). Le sujet (de) la science absolue étant radicalement fini, il ne se projette pas intentionnellement sur ses objets, il n’en fait pas "partie" et ne forme aucune "limite" avec eux. Plutôt qu’un espace d’objectivité il induit un emplacement chaque fois individual (un tel quel), qui est le résultat de la "détermination-en-dernière-instance" comme non-opération et non-technologie de pensée. Connaître ne consiste pas à transformer l’objet, à le projeter dans une temporalité, à lui ajouter des déterminations extérieures et idéelles, mais à le contempler "en-Un", c’est-à-dire depuis le sujet de la science plutôt que par lui ou à travers lui.
Sujet (1981) Définissons la philosophie comme un ensemble de techniques de pensée ayant pour objet l'Absolu comme veritas transcendantalis. Qu'entend-on habituellement par "méthode transcendantale" si ce n'est le dépassement de l'étant vers le tout inconditionné de ses conditions a priori, censé constituer son "être" ? C'est cette Totalité unifiée, aussi bien que le schéma sous-jacent du "dépassement-vers-soi" qui, en philosophie, prétendent au titre d'"Absolu". Qualifions de "totalitaire" une doctrine prêtant à la Totalité une autonomie absolue et plus seulement relative, confondant par conséquent le Tout avec l'Absolu. La pensée gréco-occidentale dans son ensemble est impliquée dans cette conception qui rabat l'Absolu sur la Totalité et le "transcendantal" sur l'opération du "transcender". Au-delà de l'Etre, pointe l'urgence d'un sujet qui n'aurait plus à expérimenter la totalité du sens en même temps que sa limite relative-absolue, car il s'éprouverait lui-même comme limite d'emblée absolue de cette totalité. Comment ce qui échappe à l'Etre et au Néant, n'ayant aucune assise ontologique ou idéelle, ne pourrait-il revendiquer l'Absolu ? Entre d'une part le sujet fini (étant) qui, dans l'être, forme une limite relative et exclusive, et d'autre part le sujet infini (Etre) qui se déploie comme limite absolue-relative, on distingue un sujet minoritaire comme Absolu sans rapport avec la Totalité. C’est cette essence absolue, et non d’abord le rapport à l’Etre ou à l’Objet qui fait de lui un sujet "transcendantal". Ce dernier terme désigne avant tout ce qui n'est qu'absolu, au sens d’une finitude radicale sans aucune distance à soi. Il existe un sujet affranchi de la forme du "rapport" en général et du rapport à soi en particulier, c'est-à-dire de la subjectivité. Loin de revenir à une vaine tautologie, ce sujet "exprime" le vécu des multiplicités unaires, soit l'expérience intime de l'Absolu. Il s'agit d'une passivité ou d'une impuissance absolue à agir sur soi qui constitue l'essence des multiplicités ou des sujets-sans-subjectivité.
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