La Non-Philosophie

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Auto-affection

 

 

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Ego - Immanence

 

 

 

 

 

Ego (1996)

 

Les philosophies de l'auto-affection se posent le problème d'une connaissance de l'Ego puisqu'elles rapportent le "sentir (de) soi" à la pensée, et donc l'Ego à son attribut principal (la substance et la cogitatio chez Descartes). Les deux forment un cercle puisqu'il s'agit de connaître (l'idée de) l'Ego par la pensée (Descartes) ou bien de rapporter l'idée de l'Ego à son immédiateté cogitative (Henry) : l'immédiateté de la relation entre la pensée et l'Ego, outre qu'elle reste une relation entachant la "réalité" de l'Ego, rend impossible toute connaissance particulière (en l'occurrence axiomatique) de celui-ci.


L'auto-affection comme simple immédiateté de l'Ego à la pensée fait perdre à l'Ego son autonomie radicale et à la pensée son autonomie relative. Il est bien vrai qu'en un sens les cogitationes sont immédiatement données en-Ego, mais l'Ego lui-même n'est pas donné sur le mode de l'immédiateté cogitative.


L'idée ne se résout pas dans l'immédiateté cogitative ou du moins dans l'immédiateté de l'Ego, et la connaissance immédiate de l'Ego (par) lui-même (c'est encore une supposition philosophique) n'en est pas une véritable. A l'inverse la vision-en-Ego (immédiateté de l'Ego) n'est ni une cogitation ni a fortiori une connaissance, bien que toute connaissance "ultérieure" de l'Ego soi originairement en-Ego : on ne peut confondre comme l'idéalisme l'origine et l'objet de la connaissance. Seule l'hypothèse d'un l'Ego réel forclos à la pensée ménage une autonomie relative de celle-ci, et rend possible une connaissance à la fois théorique et immanente (c'est-à-dire axiomatique) de l'Ego.


L'autre condition de l'objectivité recherchée se trouve dans le support fourni par l'expérience philosophique elle-même - seule manière d'éviter que l'idéalisme de l'auto-affection n'"affecte" également la pensée transcendantale en lui retirant tout objet. Ce n'est pas parce que la philosophie a toujours manqué l'Ego réel que la non-philosophie doit viser celui-ci et abandonner la philosophie sans plus d'"explication" (mais pas "avec" elle).


En philosophie, 2/3 termes sont nécessaires, comme l'Ego, la cogitatio, plus l'un ou l'autre comme synthèse, tandis qu'en non-philosophie la structure est bien dualytique et unilatérale : l'Identité transcendantale ou le sujet vers le donné philosophique, l'Ego n'intervenant pas comme terme dans la structure. L'alternative à l'immédiation réside donc dans la dualyse (par exemple Ego-sujet, ou sujet-être/pensée), parce qu'elle conserve la dualité substance-attribut en général tout en l'originant en-Ego, et en autorise un nouvel usage théorique

 

 

Immanence (1996)

 

L'auto-affection n'est pas le contenu immanent propre de l'Ego, comme c'est le cas chez Michel Henry, mais plutôt celui du clone transcendantal.


Les philosophies de l'"immanence radicale" en reviennent fatalement au principe selon lequel la pensée serait co-déterminante du Réel. L'auto-affection ne sort pas de l'horizon philosophique de la triade idéaliste, même à "écraser" celle-ci en immédiateté, là où il faudrait la rendre d'emblée contingente pour l'Ego et dans une certaine mesure pour la philosophie elle-même.


La production de l'identité transcendantale comme auto-affection demeure une auto-constitution, à la fois transcendante et transcendantale.
La philosophie produit le concept d'auto-affection à partir d'une immanence encore transcendante ou supposée (la "vie", etc.) qui lui sert à "écraser" sur elle-même la triade philosophique (par exemple ego-être-pensée) et à constituer une identité transcendantale, justement par identification à une identité transcendante. Tandis qu'en non-philosophie la triade reste un simple matériau d'où est extraite par clonage la force (de) pensée, causée en-dernière-instance par le Réel immanent.


Ce n'est pas seulement ce dernier critère, mais bien l'usage comme immanent ou transcendant de l'immanence (et aussi du transcendantal) qui détermine une pensée comme non-philosophique ou philosophique. Il ne suffit donc pas de reconnaître une immanence radicale, il faut aussi se donner les moyens de la penser adéquatement comme immanence et en immanence, ce qui se fait par axiomes plutôt que par thèses portant sur le réel.


La non-philosophie découle d'une hypothèse transcendantale, à savoir : le donné radical précède et détermine toute opération de donation ou de radicalisation, donc l'immanent précède et détermine l'immaner. Les philosophie de l'immanence comme auto-affection utilisent une forme de négation "immédiate" de la triade (par suspens, refoulement, écrasement) qui ne revient pas au clonage dans la vision-en-Un. Ces philosophies forment avec la déconstruction une nouvelle antinomie exacerbant la transcendance (de la différence ou de l'identité), mixant une nouvelle fois la pensée ou le langage avec le Réel, l'Autre avec l'Un, postulant toujours l'autonomie absolue de la philosophie.

 

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