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un site de Didier Moulinier |
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Déconstruction - Etranger - Monde - Science - Sens - Transcendance - TNT - Unilatéralité
Déconstruction (1989,1990) Les déconstructions utilisent l'Autre pour "marginaliser" la métaphysique dans la mesure où elles inversent d'abord son équation fondatrice : penser = Même devient penser = Autre. Mais ce nouvel invariant n'empêche pas la très grande hétérogénéité du concept d'Autre : dis-férence et retrait chez Heidegger, différance et dissémination chez Derrida, différence et multiplicités chez Nietzsche/Deleuze… Le point commun ultime de ces tentatives de débordement demeure leur fidélité indéfectible à la structure de la Décision philosophique, qui est justement ce point d'articulation du Logos à l'Autre… L'Autre est à la fois intérieur et extérieur à la subjectivité philosophique. Son usage déconstructeur militant semble porter la Décision philosophique à son comble de dis-location, mais il la conforte aussi dans sa réalité historique ultime, qui est de pérenniser l'amphibologie fondatrice de l'idéalité (l'Etre) et de la réalité (l'Autre). La Déconstruction se présente à la fois comme l'ultime ruse et la meilleure "défense et illustration" de la philosophie. Car non seulement la Déconstruction admet cette co-appartenance systémique (qui n'est jamais que la Différence à l'œuvre…) de la Métaphysique et de l'Autre, mais elle renchérit sur la prétention de la philosophie à co-déterminer le Réel, sauf que celui-ci passe de l'Etre à l'Autre sous la forme d'un transcender absolu d'obédience d'ailleurs moins philosophique que religieuse. Mais l'identification et l'analyse rigoureuse de ces deux sources (nommément grecque et judaïque) ne peut relever que d'une science transcendantale de la Décision philosophique. Celle-ci mettrait à jour, par exemple chez Derrida, l'ancrage de la Décision sur un élément invariant tel que le signifiant. Celui-ci est pris dans une double acception qui semble faire droit au binôme gréco-judaïque, puisque à côté de la différence relative du signifiant linguistique il y a la différence absolue et l'unicité indivisible de la Lettre. Pourtant ces deux entités signifiantes hétérogènes fonctionnent à l'unisson grâce à une identité secrète, inavouable : outre le présupposé de la transcendance (le supposé-donné en général), la déconstruction derridienne se fonde en dernière instance sur le donné empirique de la perception, le signe dans sa plus grande généralité, antérieur à sa différenciation signifiante ou à son inscription. Le signe fonctionne ensuite comme l'identité des deux espèces de signifiant et comme signifié transcendantal, pour mieux dissimuler (comme toujours) le fondement perceptif honteux de la décision. Quant à l'empirisme en général, il constitue bien la maladie inavouable de toute philosophie ; c'est lui qui, évidemment, induit une conception de la transcendance comme positionnelle, censément constitutive du réel.
Etranger (1995, 2000) Depuis Platon, les philosophes ont toujours considéré l'Etranger comme une modalité éthique somme toute dérivée de la problématique ontologique de l'Autre, ce dernier étant plus ou moins dialectiquement ramené au Même. Pour la non-philosophie au contraire, l'"altérité" en général n'est qu'une modalité éthique et surtout symptômatique du sujet-existant-Etranger. Or c'est l'Etranger et non l'Autre dans sa généralité qui révèle la dimension radicalement humaine (et non "éthique") du problème. Dans un premier temps, une Non-Ethique met à jour la syntaxe invariante dite "ego-xéno-logique" réglant les diverses oppositions philosophiques du Moi et d'Autrui, du Sujet de l'Autre, etc., logique finalement dominée par l'Autre et la Différence dans le plus complet déni de l'Un ou de l'Identité. Le principe d'une intersubjectivité première et auto-positionnelle n'est jamais remis en question ; il stipule que l'Autre et le Moi se déterminent tous deux réciproquement en se divisant (d')eux-mêmes : comme on le voit dans l'"alter ego", Autrui est un autre moi en même temps qu'un autre que moi, tandis que le Moi est aussi un autre pour Autrui, etc. Or quelle est la validité théorique voire scientifique de ce schéma de la convertibilité et de la réversibilité ? fait-il autre chose que refléter la banale réalité "sociale" et sa guerre intestine, transformant subrepticement l'état de fait en règle de droit ? Une Non-Ethique vide ensuite de toute positionnalité ces structures empirico-idéelles et véritablement "sur-réelles" de l'Altérité, c'est-à-dire qu'elle affecte d'occasionnalité l'ensemble de l'Ethique philosophique et de ses problèmes. L'instance déterminante en-dernière-instance de la non-éthique, son équivalent pour le Réel, est le "malheur radical" ou la "solitude humaine". De quoi rendre à l'Autrui ontique, cet Autre homme-que-voici, son identité (d')Etranger ou de Prochain dans sa Transcendance et son Extériorité radicale. Avec l'Etranger comme Autre non-éthique, il ne s'agit plus de l'Autre de (alter-ego) mais d'Un autre-que …l'Autre éthique justement. C'est à ce titre que celui-ci a été dit plus haut le symptôme de celui-là.
Monde (1985) L'Autre ne résiste pas à l'Un, à l'agir individual, il résiste a priori au Monde et aux mixtes sans en faire partie et sans les "limiter" intérieurement ou extérieurement. Comme résidu transcendantal de la transcendance, l'Autre correspond à ce que l'Un peut "voir" du Monde. Pour cela le Monde est transformé en simple support de l'Autre par uni-latéralisation, ouvrant l'ordre des possibles non-thétiques. Dans la philosophie, l'Autre est mobilisé dans des opérations unitaires de déplacement et de renversement, de limitation et de coupure qui sont autant de modes de la positionnalité. Au contraire, l'Autre non-thétique étant directement extrait des mixtes, privé par définition de toute position dans l'Etre, n'est jamais absolutisé : il reste simplement relatif au Monde comme support et signal. Cette fonction transcendantale de signal, endossée par le Monde pour l'Autre qui va en recueillir le sens, mais justement sans aucune transcendance ou continuité de l'un vers l'autre, résume l'essence duale (et non différantiale…) de toute communication.
Science (1990) Il y a une expérience spécifiquement scientifique, transcendantale et non empirique dans son fondement, plus universelle que celle de la philosophie, de l'Autre ou de la Transcendance. Seule une vision-en-Un rigoureusement immanente peut fournir une image adéquate des structures de la Transcendance. L'Autre est donné immédiatement (au) sujet sans décision ou position, c'est-à-dire que pour la Science l'objet est présent dans son extériorité antérieurement à ces opérations elles-mêmes transcendantes, mais justement "positionnelles" et déjà philosophiques. Il s'agit d'une altérité simple, non redoublée en Autre-de-l'Autre, etc. Cette Transcendance offre une variété indéfinie de possibles eux-mêmes non-thétiques, absolument singuliers et uns, mais dont l'universalité n'est entachée d'aucune fermeture positionnelle. L'individual et l'universel, l'immanence et la transcendance, l'Un et l'Autre – les seconds découlant unilatéralement des premiers - cessent de former des mixtes unitaires inextricables.
Sens (1984) Quel est le contenu intentionnel spécifique de l'Autre en tant que retrait ou transcender absolu, sachant qu'il n'est plus une représentation relative mais justement une intention irréfléchie absolue ? L'Autre vise d'abord sa propre réalité, sans être tautologique ou narcissique. Le retrait n'emprunte pas les voies intentionnelles ou désirantes du pro-jet et du re-jet, du "vers-soi" en général ; le retrait est d'abord et par définition "en-soi". L'ouverture intentionnelle admet certes un corrélat, bien qu'aucune réalité ne soit "ouverte" dans l'opération… La Transcendance non-thétique par principe ne pose aucun ob-jet. Mais le retrait, le se-retirer absolu de l'Autre produit immédiatement une entité non-objective de sens, un possible non-thétique dans lequel se reconnaît l'étant fini (la "chose") avant son objectivation par l'Etre, le contenu "réel" de la différence ontico-ontologique. Ainsi s'éclaire le sens du mythique "en-soi" philosophique dans lequel il faut voir avant tout la possibilité du sens… L'Autre produit des événements de sens précédant toute effectivité. L'essence de l'Autre non-positionnel étant l'irréfléchi et l'unaire, son contenu ou noyau de sens doit être lui-même indivisible : c'est l'Unité non-thétique (UNT). L'UNT est le contenu de la Transcendance non-thétique ou de l'Autre et n'existe que pour elle, immédiatement avec elle, produite et transie par elle. Le sens est donc littéralement l'un-pour-l'Autre. Ce dyptique relève avant tout d'une expérience irréfléchie, et pourtant duale. Par ailleurs, dans cette corrélation immédiate de la TNT et de l'UNT, gît la structure même de toute Décision philosophique, dont l'essence apparaît par conséquent comme irréfléchie…
Transcendance (1998) Les trois époques de l'Autre "philosophique" le déclinent successivement comme 1) identique au pur Multiple (Platon), 2) existence irréductible au pur logique (Kant), 3) transcendance réelle ou altérité absolue (Lévinas). Mais l'expérience de l'altérité est le symptôme d'une transcendance non-autopositionnelle, irréductible au renversement lévinassien ou à la différance derridienne. Plus précisément, l'Autre devient le mode de la force (de) pensée correspondant au matériau-symptôme de la transcendance philosophique. L'Un et l'Autre sont sans rapport d'appartenance ou de réciprocité ; le contenu immanent de l'Un est seulement l'Un. La non-philosophie distingue pourtant trois couches dans la généralité de l'Autre, en rapport respectivement avec l'Un (l'unilatéralité), avec la Distance non-thétique, et avec l'altérité comme dimension éthique de l'exister-Etranger.
Transcendance Non-Thétique (TNT) (1985, 1989) L'homme ordinaire agissant produit de la transcendance, mais dépourvue de la forme déjà-mixte ; un Autre non-thétique recevant son essence finie de l'Un et non de son opposition à l'Un. Il y a bien une essence réelle de l'Autre, donnée dans l'expérience primitive que le sujet fini peut avoir de la transcendance. Cette essence, ainsi que son mode de donation immanente, la Déconstruction n'a jamais pris la peine de l'élucider puisqu'elle s'est contentée de prélever et de manipuler l'Autre de la métaphysique, l'Autre du Même c'est-à-dire finalement le Même Autre. Toute la philosophie n'a fait qu'interroger l'essence de l'Autre à partir de ses fonctions unitaires, fût-ce en les déniant pour contester une Unité elle-même fétichisée. L'individu fini accède aux données immédiates de l'Autre en ne sortant pas de soi et de sa propre immédiation ; sa solitude n'est pas synonyme de retrait mais de production à effet unilatéral. L'Autre n'est pas présupposé à l'action du sujet fini ; il émerge ex abrupto comme son corrélat de transcendance mais il est donné immédiatement comme une transcendance simple, non-thétique, ou comme un Transcendant-sans-transcendance et sans-position, … "tel quel". La pulsion révèle un produit "fini" et "différent" (réellement Autre), dans lequel elle ne se réalise pas elle-même. A l'inverse les déconstructions cherchent une transcendance pure ou absolue, sans élément transcendant, pure différance qui finit par tout engloutir. Par exemple il y a bien une transcendance non-thétique chez Lévinas, l'Autre est éprouvé comme tel absolument sans être posé face au Même, de sorte que ce dernier ainsi que la Décision elle-même disparaissent, laissant la déconstruction sans objet... Derrida, par contre, ne peut suspendre l'autorité philosophique du matériau (métaphysique) qu'il offre à l'efficace de l'Autre. Une déconstruction généralisée, non-philosophique et plutôt scientifique, bénéficie de la puissance suspensive de l'Autre lévinassien et des effets déconstructeurs de l'Autre derridien, tout en évitant leurs écueils respectifs ; loin d'être leur synthèse a posteriori, la Transcendance non-thétique apparaît comme l'identité première et indivise des deux Autres ; mais il est vrai que le suspens est effectué cette fois à partir de l'Un et non plus par la guise de l'Autre. Supposer donné l'Autre avant l'Un, la relation avant les termes (et finalement la pensée avant le Réel), telle est la tare congénitale de la philosophie ! S'y ajoute l'habitude de subordonner le mixte comme tel à l'unité-du-mixte, par manie dialectique…
Unilatéralité (2002) L'unilatéralité philosophique est toujours relative-absolue, jamais radicale : soit la distance absolue de l'Autre vaut aussi comme Un (c'est l'autrement qu'Etre de Levinas), mais a la structure d'une inversion appuyée sur la transcendance relative du Monde, soit le retrait de l'Un vaut aussi comme Autre (c'est la différence ontologique de Heidegger), mais a la structure encore transcendante du tournant mi-réel mi-idéel, soit enfin ces deux formes d'irréversibilité sont croisées, déconstruites et reconduites, sous la forme d'un transcender réel absolu (dans la déconstruction). Seul l'Autre que par immanence et subordonné à l'Un-en-Un échappe réellement à la transcendance.
22/06/07
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