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un site de Didier Moulinier |
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Agir - Cause négative - Décision - Minorités - Rapport - Science
Agir (1985)
Il existe une pratique absolue ou sans-logos qui substitue l'action à la représentation de l'action, comme il existe une science absolue non-théorétique, purement mystique et contemplative. Cet agir qui reste passif et "minoritaire", sans pouvoir ni autorité, n'a pas pour fonction d'intervenir sur le monde pour le transformer, par exemple techniquement, car il lui faudrait alors s'investir continuement dans la matière et devenir matière. S'il y a une causalité pragmatique ordinaire, elle consiste uniquement à produire ou à révéler l'Autre (la Transcendance ou le Sens) dans sa dimension non-thétique.
L'agir ordinaire reste "en lui-même", il n'est pas marqué par une continuité intentionnelle qui prélèverait ses motifs sur la transcendance du Monde et des Autorités, comme c'est toujours le cas avec la Conscience – ce mixte d'intériorité et d'extériorité, d'immanence et de transcendance – ou même son contraire l'Inconscient comme processus primaire. De façon générale, toutes les explications philosophiques de l'agir reproduisent la structure de la scission unifiante ou de l'unité des contraires et substituent une "raison pratique" à la pratique elle-même.
L'essence du Sujet fini est bien plutôt un Agito qu'un Cogito. Encore faut-il voir dans l'action davantage une pulsion finie qu'une production infinie, une donnée immédiate du mouvement plutôt qu'une transformation finalisée. L'action est pulsion sur le Monde, mais elle ne pose pas "objectivement" le Monde par un continuum idéel allant de l'agissant à l'agi, et en même temps elle ne se pose pas elle-même (auto-position). Bien entendu la pulsion finie n'est pas "soluble" dans une logique inconsciente qui la rabattrait sur une activité transcendante et unitaire, car n'en déplaise à Freud la pulsion ne prend appui sur aucun bord extérieur ("source") et ne poursuit aucune finalité telle que le plaisir ou la satisfaction (étant par elle-même jouissance) ; enfin elle ne connaît pas de "destin" plus ou moins sublimatoire (étant fermée à toute idéalité comme d'ailleurs à toute brutalité).
Cause négative (2000)
La "Détermination", cela définit d'abord l'impression nécessaire mais "négative" (pour cause de non-consistance et de non-suffisance) laissée par le Réel-Un sur tout état possible du matériau. Elle ne peut être qualifiée de "cause première" puisque l'Un ne détermine aucun objet qui n'ait été donné en même temps via une cause occasionnelle.
La causalité négative de l'Un n'est pas assimilable à une causalité par le "manque", à une altérité agissante qui viendrait inverser mais finalement relayer dans ses fonctions la présence métaphysique. Le Réel ne manque de rien et, bien que dépourvu de toute positivité ou auto-nomie ontologique, il n'est pas dans une relation d'opposition, d'exclusion, ou d'auto-exclusion vis-à-vis de la transcendance - mais seulement de détermination, justement.
Décision (1988)
Etant donnée une décision philosophique - sur son mode propre de donation, soit celui de l'auto-donation -, il en résulte non seulement des effets nécessaires mais la connaissance quasi-simultanée de la cause et des effets ; de sorte qu'il y a toujours, en droit sinon en fait, une explication philosophique à tout. L'adéquation de la pensée avec le réel, justement parce qu'elle est présupposée comme problématique, constitue la limite indépassable du champ philosophique. Qu'est-ce qui pourrait empêcher une pensée, par essence problématique, de s'"accorder" avec un réel énigmatique et fuyant ?
Au contraire une cause "déterminante en dernière instance", quoique nécessaire à la production de tout effet réel, ne sera suivie d'un tel effet que si et seulement si une cause "occasionale" se présente également. Si la connaissance de la cause de dernière instance enveloppe celle de l'effet, il n'en est plus de même réciproquement, car une connaissance vraie ne s'accorde qu'en dernière instance (seulement) avec le réel. Autrement dit, l'essence et l'existence ne s'enveloppent plus mutuellement.
Minorités (1985, 1992)
L'autorité est la version mondaine et individuelle de la causalité humaine individuale, minoritaire ; alors que celle-ci, retirée, porte sur le Monde en sa totalité, celle-là agit dans et sur le monde tout en se prétendant universelle. Comme toute "raison" d'ordre anthropo-logique, elle dénie la distinction réelle de l'homme et du monde.
Alors que la philosophie, comme toute autorité, se veut médiatrice et interprète entre l'homme et le monde, le réel et la représentation, voire déconstructrice des interprétations dans le meilleur des cas, les minorités que sont les artistes par exemple (ou les scientifiques, dans un autre registre) s'attachent inversement à démédiatiser le réel afin de le rendre aux singularités concrètes. Mais il faut nuancer les capacités réelles de ces pratiques qui, si elles suspendent généralement les interprétations autoritaires, re-produisent elles-mêmes de l'interprétation là où faudrait partir du déjà-Déterminé pour en tirer des déterminations nouvelles et singulières.
Ainsi une causalité minoritaire plonge ses racines dans le réel Indéterminé et se tourne vers les Autorités philosophiques, pour suspendre leurs interprétations vicieuses du réel et leur auto-interprétation permanente, pour les déterminer dans ce qu'elles conservent de réel.
Rapport (1981)
La philosophie moderne se caractérise par la toute-puissance déclarée du rapport, de la détermination comme rapport et même du rapport auto-déterminant officiant comme cause réelle. Comme si, décidément, aucune pensée des termes en tant que termes n'était recevable pour une tradition incapable d'imaginer la Cause autrement que sous la forme idéalisée du rapport, d'une cause donc déjà rapportée elle-même et représentée par ce qu'elle est censée causer...
Le rapport différentiel fonctionne comme un absolu, dominant ou englobant tout, par exemple dans le structuralisme le rapport discret. Le différentiel n'est rien d'autre qu'une version idéalisée et auto-positionnelle du continu empirique. Pourtant la cause du continu n'est pas elle-même continue, la cause du différentiel n'est pas elle-même une différence ; et la coupure engendrant une nouvelle continuité n'est pas elle-même relative à, elle est déterminée par soi passivement et, par là-même, réellement déterminée.
La cause réelle est une détermination non médiate et réciproque mais au contraire unilatérale, non synthétique mais au contraire passive absolument (sans synthèse passive). Ce qui peut sembler une impossibilité logique n'est au fond que le pouvoir propre de l'immanence, qui est d'une part l'impouvoir de s'aliéner et d'aliéner quoi que ce soit, mais aussi la capacité de trouver en soi, dans l'immanence, les déterminations qui seront en-dernière-instance celles des rapports et des divisions de l'Etre, de la transcendance en général.
Science (1991)
La science n'a pas de fondement philosophique, parce qu'elle a une cause, une cause par immanence. La cause par définition reste en soi ou Une, il n'y a de cause réelle qu'immanente. Tandis qu'un fondement est toujours le résultat d'une décision, voire d'une auto-justificaton.
Non seulement la science pense, mais elle pense tout ce qu'il y a à penser du réel – à la différence de la philosophie qui évite le réel. Bien sûr elle le fait sur son mode propre, théorique, voire automatique. La Science-du-Réel pense celui-ci comme il est, c'est-à-dire comme cause et non comme objet. Donc elle ne le connaît pas directement, mais par ses effets ; la science connaît le réel seulement à travers les objets qu'elle se donne.
02/07/07
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