Décision - Ego
Décision
(1996)
L'élaboration cartésienne et post-cartésienne du sujet,
condensée dans le "cogito", se donne en réalité trois termes - ego,
cogitatio, esse - plus ou moins interchangeables dans le cadre d'une
structure unique : la Décision philosophique.
Le premier élément de la Décision est formé par la dyade du "cogito",
soit la liaison nécessaire de la pensée et de l'être (au profit de la
pensée, dans le contexte "moderne"). Ce qui peut apparaître une liaison
"contre nature" devient évidence à l'aune de la Décision philosophique, dont
la fonction première est d'opposer et d'attirer les contraires.
Le second élément est l'Un en tant que synthèse de la dyade, c'est-à-dire
l'Ego maintenant posé comme troisième terme. Etant d'abord reliée à la
pensée, son essence (divisée) n'est rien d'autre que la fameuse
autoréflexivité (je sens bien que je sens, etc.) en guise de pseudo Un.
Le troisième élément est formé par la mise en mouvement et l'unification des
deux précédents (Dyade + Un) par la philosophie elle-même, la
philosophie du sujet qui doit se penser et exister elle-même, etc. Les trois
termes "ego, cogitatio, esse" sont agencés/interprétés selon une
axiomatique à la fois égologique et ontologique qui laisse certes une sorte
de primauté (métaphysique) à l'Ego, mais non par une axiomatique
transcendantale-pure (identiquement philosophique et scientifique) qui
ferait d'eux des termes réellement premiers.
Ego
(1996)
Les critiques philosophiques du cogito ne font que reprendre,
en la déplaçant et en l'allégeant métaphysiquement, l'amphibologie qui
constitue sa matrice initiale. Enumérons cinq niveaux dans l'énoncé du
cogito pouvant être considérés comme autant de phases de son auto-critique.
1° Le stade classiquement cartésien de l'énoncé lui-même, valant comme
résultat mais aussi critique d'un cogito déjà énoncé dans l'histoire (St
Augustin).
2° Le stade de l'acte effectif de penser : l'acte comme transsubstantiation
idéelle ou formelle de la substance matérielle (Aristote, et même Descartes,
interprété comme auto-position du Moi notamment par Fichte.
3° Le stade de l'énonciation, ou le langage dans lequel se formule le cogito
pris comme point de vue : analyse lacanienne et déconstruction du cogito
comme divisé (par le signifiant) ou disséminé ("sauf le nom").
4° Le stade du langage comme force et vecteur de la volonté de puissance
selon Nietzsche, lequel démonte la croyance métaphysique en "l'existence" :
que "ça" pense n'implique pas qu'une "chose" pensante ou un sujet existant
pense, etc. (simple effet de langage selon Nietzsche, qui nous fait passer
de l'acte au sujet).
5° Le stade du cogito assimilé à l'Ego comme vécu immanent ou auto-affection,
chez Michel Henry notamment : première tentative, encore semi-philosophique,
de préserver l'Ego du sujet réflexif ou disséminant.
La solution précédente demeure amphibologique car la distinction de l'Ego et
du sujet, loin d'être unilatérale, s'effectue à l'aune d'une intuition de
pensée thématisant encore l'Ego comme un quasi-objet; En non-philosophie, au
contraire, c'est l'Ego qui détermine unilatéralement la pensée.
Les quatre premières interprétations du cogito accordent nettement une
primauté au "sujet" qu'elles n'ont de cesse d'analyser et d'objectiver,
tandis que la dernière vise désespérément l'Ego dans le cogito sur le mode
d'une auto-donation, qui tend cependant à oublier le sujet, ou à écraser
(encore unitairement) celui-ci par celui-là, faute d'une pensée-en-Un
permettant de l'unilatéraliser sans "danger".
Pour résoudre l'amphibologie de l'Ego/sujet, l'Ego ne doit plus être pensé
comme auto-donation mais précisément comme un donné-sans-donation, donc un
Ego-sans-sujet ; de son côté le sujet doit être théorisé, sur un mode
scientifique-transcendantal, comme un sujet-en-Ego sur la base d'une
identité-sans-mélange.