La Non-Philosophie

un site de  Didier Moulinier

D.D.I.

 

 

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Dernière instance - Détermination - Déterminé - Dualité unilatérale - Immanence - Un - Unilatéralité

 

 

 
 

 

Dernière instance  (1985)

 

La DDI est la causalité du simple réel, qui se distingue de l'effectivité ou de toute présence mêlant le réel avec une forme de transcendance. C'est pourquoi elle est purement transcendantale et non semi-empirique semi-transcendantale comme le sont les quatre causes métaphysiques. Même la "cause absente" chère au structuralisme est définie négativement ou soustractivement "par rapport" aux causalités de la présence, et manque ainsi le réel.

 

La dernière instance n'est pas un commencement, ni "en dernier lieu" comme totalité idéelle des instances dernières, ni "en premier lieu" comme principe, c'est une expérience individuelle transcendantale, irréfléchie et sans relations.

 

"En-dernière-instance" signifie d'une part que si l'Un n'agit pas directement ni effectivement sur le Monde, il est aussi l'unique cause réelle quelque soit l'effet considéré ; d'autre part que cette action n'est pas une mise en relation suivie d'une réaction, mais au contraire une mise-à-distance de l'Un. La causalité ne désigne plus la "relation" unitaire de "cause à effet", comme on dit, mais seulement la cause, détachée de ses effets.

 

Il faut concevoir une causalité par immanence et par indifférence, comme si la finitude radicale, l'absence de vis-à-vis de l'Un s'avérait par elle-même déterminante, mais justement pas directement. Comment la détermination affecte-t-elle le déterminé ou le Non(-Un) si elle-même est dépourvue de toute continuité et toute extériorié ? C'est ici qu'intervient la déduction transcendantale du (non-)Un, une instance non-thétique intermédiaire ayant l'Un pour seule essence, chargée en quelque sorte des "relations" auprès du Monde… en toute indifférence !

 

 

Détermination  (1992)

 

Qu'est-ce que la Détermination si elle échappe à l'amphibologie du rationnel et du réel, c'est-à-dire au Principe de Détermination Suffisante ? Une dualité non unitaire, donc unilatérale et irréversible, entre le pôle "noétique" du Déterminé et le pôle "noématique" de l'amphibologie elle-même.

 

De part sa syntaxe unidirectionnelle et non réciproque, la Détermination procède à l'extraction (et non à l'abstraction) des structures a priori de la représentation du réel (soit le "Déterminant"), faisant du matériau Déterminable une simple occasion existentielle de ces structures et rejetant sur lui seul la fonction de surdétermination (donc conservée, mais privée de son corollaire unitaire, la sous-détermination).

 

L'espace et la topologie sont les recettes contemporaines d'une Détermination se voulant déracinée de la Métaphysique. Mais la Détermination unilatérale ne se fonde sur aucun a priori topologique puisqu'elle exclut le principe de "Distance déterminante" ; au contraire, en tant que dualité "statique" et irréversible, elle pose elle-même les conditions de toute Distance et de toute objectivité en général.

 

Celle-ci se déploie alors sous la forme d'une chôra, un espace "non-thétique", une matérialité universelle expurgée de toute structure de détermination et d'objectivation. Les datas ne sont pas seulement des mixtes offerts à la vision-en-Un, en tant qu"êtres" de transcendance ils redeviennent disponibles pour de nouveaux destins singuliers.

 

 

Déterminé  (1992)

 

Qu'est-ce-que la Décision philosophique sinon la présupposition générale d'une perte de sens et d'un oubli du réel ? La philosophie balance entre le constat d'une sous-détermination et le projet d'une surdétermination du réel, tout en visant surtout une Détermination suffisante (= valant pour le réel). La philosophie n'est pas seulement une volonté de détermination, elle est le choix de la suffisance de la détermination.

 

Or le réel est précisément ce qui échappe au décidable comme à l'indécidable, ce qui ignore le manque autant que la suffisance. Le réel est le Déterminé-sans-détermination.

 

La philosophie moderne a fait la critique du Déterminé en tant que dogmatique, et a instauré le primat de la Détermination sur le Déterminé : Principe de Détermination Suffisante modernisant le Principe de Raison Suffisante, lui-même héritier de l'équivalence parménidienne du Penser et du Réel.

 

Le Déterminé comme Réel se trouve refoulé dès lors qu'on omet de fonder en lui la contingence de la Décision et donc la Détermination elle-même. "Comme réel" signifie que le Déterminé dont on parle n'est pas l'effet d'une opération transcendante, mais qu'il est suffisamment radical et autonome pour que la Détermination conséquente soit à la fois transcendantale et non soumise au Principe de Détermination Suffisante. (Notons qu'aucune opération dont le principe même est la division ne peut produire un "déterminé", une identité réelle.)

 

 

Dualité unilatérale (1996)

La découverte de la détermination-en-dernière-instance complète positivement celle de l'immanence radicale, en attribuant à la force (de) pensée une syntaxe strictement dualitaire : la dualité unilatérale. Celle-ci ne revient jamais à une unité-des-contraires, ou à une unité inclusive/exclusive, car elle ne procède d'aucune division : l'Un admet la dualité sans se diviser lui-même et sans l'opposer à soi. D'essence transcendantale, la dualité unilatérale ne touche absolument pas au Réel donné en-Un ni ne modifie directement le matériau donné dans son effectivité.
Dans la dualité unilatérale, le premier terme est dit pour le second (par exemple l'a priori pour l'empirique) ; mais rappelons que le Réel n'est pas lui-même le terme d'une dualité, même unilatérale.

 

 

Immanence  (2000)

 

Inventée par Marx et Engels dans le cadre restreint du matérialisme historique, la DDI n'a pu produire tous ses effets théoriques et critiques. Plutôt que de la "rectifier" en la pliant aux exigences "supérieures" de la philosophie et de la dialectique, on exhibe ici ses formes marxistes comme autant de symptômes et de modèles d'un concept de DDI autrement plus radical.

 

Phénoménologiquement, la DDI apparaît d'abord comme une forme de causalité à la fois unique et insuffisante, donc qui en appelle une seconde tout autant insuffisante. Toute causalité seconde se doit par définition d'en passer par la DDI et sa syntaxe sans synthèse ou immanente. Donc les traits de DDI présents dans le marxisme doivent être ré-expliqués selon une conception elle-même immanente de l'infrastructure.

 

En philosophie, l'immanence a toujours été un objet ou un objectif, jamais une méthode de penser. Deux exemples : Spinoza envisage une causalité réelle de l'immanence, mais elle est finalement rattachée à une instance transcendante supérieure à la conscience ; de son côté, Michel Henry confond l'immanence réelle avec une immanence transcendantale présentée comme réelle, en l'occurrence l'auto-génération de la Vie.

 

La "matière" n'est pas un concept adéquat pour décrire l'infrastructure immanente. Il ne s'agit plus de poser le primat de la matière sur la conscience mais celui de l'Un-Réel sur la dyade matière/conscience, et en général celui du Réel sur la thèse du Réel ; passer du terrain de la transcendance et de la représentation au terrain de l'immanence radicale (comme Henry, au Réel près) et à celui du Réel (comme Spinoza, à la radicalité près). De même, le Réel radical est irréductible à la "force de travail" qui représente plutôt l'instance du sujet prolétarien. Enfin, du point de vue syntaxique, la dualité uni-latérale se substitue à la contradiction, à la lutte ou la division, qui sont des opérateurs philosophiques transcendants.

 

La causalité de l'infra- sur la superstructure dans le marxisme ne permet pas cette nouvelle distribution de l'immanence et de la transcendance qu'autorise en revanche la DDI ou le "clonage", soit la capacité que possède le Réel de déterminer-par-immanence ce qui lui est le plus hétérogène : la pensée.

 

Comment le Réel détermine t-il aussi bien la connaissance de sa propre causalité ? Tout X à connaître en général est d'abord éprouvé comme radicalement immanent, c'est-à-dire objet de la Vision-en-Un, puis détermine sous cette forme sa propre connaissance. C'est parce que l'objet connu est identiquement la cause-de-dernière-instance de sa connaissance que la connaissance de son côté demeure hétérogène à l'objet connu (résultat auquel aucune philosophie ne saurait parvenir).

 

La double causalité est strictement préservée dans le cadre de la DDI. A la fois X est donné-sans-donation sur le mode de l'immanence radicale ou comme infrastructure, et il est donné sur le mode de la transcendance comme superstructure "capitaliste" (pour continuer sur le matériau marxiste), privée toutefois de sa suffisance mondaine. C'est la donation transcendantale de cette transcendance avec son autonomie relative que l'on appelle par ailleurs "clonage".

 

 

Un  (1996)

 

 

Il s'agit d'élucider les rapports du Réel-Un et de l'Effectivité-Monde selon une syntaxe propre au Réel, ou selon le Réel. La "détermination-en-dernière instance" désigne justement cette causalité propre au Réel, dès lors que le monde est manifesté. Cela suppose une forme d'autonomie radicale de sorte que l'Un ne s'aliène jamais dans ses effets. Il est donc nécessaire que cette causalité ne s'exerce pas directement sur le Monde. Elle se manifeste plutôt sur une instance intermédiaire et transcendantale, celle de l'Etre et de la représentation en tant qu'ils sont vus en-Un : c'est le concept de "force-de-pensée" comme "sujet" titulaire de cette causalité.

 

Pour cette même raison l'Un ne peut être dit cause de l'objet mais plutôt pour l'objet . Il ne s'agit donc pas seulement d'une causalité immanente de la transcendance (par émanation, aliénation, etc.) comme la métaphysique nous en fournit maints exemples, mais bien d'une causalité de l'immanence en tant que (le) Réel pour la transcendance. Encore faut-il que celle-ci se manifeste, c'est pourquoi à côté de la causalité réelle immanente existe la causalité propre à la transcendance, ou causalité occasionnelle.

 

Si aucune transcendance ne se présentait, la "causalité" de l'Un serait un vain mot ou au pire une idée métaphysique, par exemple une création ex nihilo ou une production technologique, alors qu'elle n'est précisément qu'une détermination-en-dernière-instance seulement. L'agir ou la causalité de l'Un, n'appartenant pas à l'essence intrinsèque de l'Un, suppose à la fois une présentation de l'être et le clonage de l'Un : l'Un n'agit pas directement, ce qui revient à dire que l'Un n'est pas "sujet". Et cependant, "dès" que l'Un agit sur le mode précédemment décrit, tout objet=X manifesté le sera en-dernière-instance "en-Un", parce que l'Un reste la "dernière" causalité, la seule qui soit inévitable et réelle. Les effets peuvent être différés ou distanciés par rapport à la cause, mais en tant que réelle celle-ci demeure indivisible, inaliénable dans ses effets.

 

Enfin, la détermination-en-dernière-instance produit un effet lui-même rigoureusement déterminé, à savoir une identité pour l'être et la pensée. Plus précisément, elle se manifeste sous la forme d'une "structure d'unilatéralité" qui inclut l'identité proprement dite (le clone), et l'essence propre de la transcendance (la dualité, mais vue en Un).

 

 

 

Unilatéralité  (1996)

 

L'unilatéralité n'est pas autre chose que la Détermination-en-dernière-instance prise comme causalité spécifique du réel ou de l'individual : elle se caractérise par son irréversibilité et l'absence de "relations". La causalité irréversible ou DDI se distingue radicalement de la Détermination réciproque régnant dans la décision philosophique.

 

La causalité unilatérale ne prend véritablement son sens qu'avec la notion d'immanence radicale. Les usages idéalistes qu'ont pu en faire certains philosophes, au nom d'une transcendance plus ou moins clairement avouée, n'ont fait que réintroduire dans la "relation" une forme de réciprocité ou de bilatéralité. Il ne suffit pas de poser l'axiome : "l'effet se distingue de la cause qui ne s'en distingue pas", pour obtenir l'unilatéralité réelle. La cause "qui ne se distingue pas de l'effet", par exemple, peut toujours être conçue comme s'identifiant à l'effet, ou immanente à l'effet, ce qui lui ôte justement toute radicalité.

 

"En" elle-même, l'immanence ne contient aucune forme de relation ou de dualité, et c'est pourquoi la dualité qu'autorise une telle immanence peut être dite "unilatérale"... Il est exclu qu'un effet quelconque de l'Un puisse appartenir à l'essence de l'Un, ou au Réel. L'effet s'identifie à l'Un ou peut être dit "en-Un", certes, mais en-dernière-instance seulement ; inversement l'Un ne s'identifie pas à l'effet, qui préserve ainsi son autonomie relative. Or c'est cette autonomie relative que l'on nomme dualité unilatérale, en tant qu'elle provient d'une double origine : l'une empirique, et l'autre transcendantale (l'Un ou le Réel "lui-même" n'entrant jamais dans une dualité).

 

 

 

 

02/07/07

 

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