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Confondant sa réalité avec la possibilité et
son identité avec la réflexivité, la philosophie ne saisit pas l'essence
de l'Ego tel qu'Ego.
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La critique réelle de la réalité
philosophique du cogito porte sur le côté de la pensée (cogitatio)
comme sur celui de l'être (essse), et de ce dernier point de vue,
il faut encore distinguer la fonction d'essence simple qu'endosse le
cogito de sa fonction finale de substance (res cogitans).
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La première critique philosophique de cette
prétention ontologique du cogito est menée par Kant (suivi de
Nietzsche), rappelant que ce "je pense" n'est qu'une assertion
transcendantale vide de tout concept et d'objet.
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La deuxième est celle de Heidegger qui
interroge la réalité de l'Ego à partir du sum, et plus
précisément en fonction du sens d'être de l'Etre. Heidegger n'y
décèle que le sens historialement sédimenté et non élucidé de la
substantia (analyse démentie par Marion au nom de la "déduction
égologique de la substance" chez Descartes).
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Plus radicalement, on peut douter que la
pensée philosophique s'achève (ou se révèle finalement) avec cette
question de l'essence de l'Etre, du sens d'être de l'Etre comme réel et
le réel comme possibilisation de la possibilité. Une non-philosophie
interrogera justement cette supposée teneur en réel du sens d'être de l'Etre
et la supposée rigueur démonstrative permettant d'exposer le cogito
autant que ses critiques. Ou plutôt elle se donnera le réel comme étant
non supposable et non déductible, un donné-sans-donation ni
possibilisation ; avec elle, le réel n'est plus présupposé comme objet
du questionnement mais déjà-donné (dès qu'il y a questionnement...)
comme sa condition ou sa cause de-dernière-instance.
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Au fond les critiques du cogito enregistrent
et valident celui-ci comme commencement philosophique de l'Ego, alors
que la non-philosophie va rendre possible la philosophie de l'Ego à
partir de l'Ego et en-lui. Un commencement n'est jamais suffisamment
radical lorsqu'il se ramène à la primauté et à la priorité d'un
principe transcendant, lequel n'a rien à voir avec l'Ego réel. Mais la
radicalité non-philosophique n'est pas obtenue davantage par le passage
à la limite de la transcendance vers l'immanence.
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La critique réelle de l'identité
philosophique du cogito ramène celle-ci à un pur présupposé, même quand
elle est déduite après la détermination de ses attributs essentiels que
sont la pensée et l'être, et qui font d'elle justement une identité
divisée (puis rassemblée).
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La philosophie de l'Ego divise celui-ci en
le débordant constitutivement. Or cette part active du geste
philosophique (le penser) s'excepte toujours du résultat produit
ou pensé : même la prétendue performativité du cogito (dont la
formule complète est censée nommer l'Ego) s'en trouve hypothéquée et
comme confisquée par la philosophie, sous les traits de la pensée ou du
langage (y compris dans la formule des Méditations : ego sum,
ego existo, où la pensée-philosophie semble jouer sur une Autre
scène). Toujours la réflexion, la division du sujet en énoncé et
énonciation, profite à la philosophie qui n'identifie le sujet qu'en le
représentant. Le "cogito" est bien le résultat de l'amphibologie de
l'Ego et de la philosophie.
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L'Ego-d'Ego redoublé par la philosophie doit
être maintenant ramené en-Ego dans son immanence radicale (donnée par
définition première), et sa sur-détermination par le monde où par
l'existence doit faire place à son être radicalement déterminé ;
d'autant que la philosophie, tout en le divisant et en l'évitant de
mille façons, ne fait pas autre chose que le supposer donné depuis
ce déjà donné réel.
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Eu égard à l'identité réelle de l'Ego,
l'identité de l'être et de la pensée en non-philosophie sera dite
transcendantale et même première mais, à ce titre déjà,
dérivée de l'Ego et hors de lui. Elle formera une dualité unilatérale
spécifique, induite et déduite à partir de l'Ego réel, et non
"abstraite" à partir de l'expérience comme n'importe quelle entité
philosophique. Elle ne sera pas visée ou constituée comme
identité transcendantale (de l'objet et du sujet comme sujet...), mais
obtenue par clonage à partir d'une part de l'identité réelle et d'autre
part du donné philosophique.
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Donné-sans-donation
(1996)
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Comment penser un Ego réel sans rapport avec
la pensée (donc ni pensable ni impensable) de telle sorte que la pensée
soit néanmoins en rapport avec l'Ego ? Par une donation réelle de la
pensée en "une seule fois", et non à la manière philosophique comme
"pensée pensée" et "pensée pensante" (comme si la pensée était à la fois
la donation et son résultat). Donc dans la dualité obtenue de l'Ego et
de la pensée, le premier comme être-donné n'est pas lui-même être-pensé
: si ce dernier doit être pensé (nommé, décrit, etc.), ce ne sera pas de
manière constitutive. Quant à la "contradiction" qu'il y aurait à poser
par la pensée un réel sans-pensée, elle paraît moindre que la suffisance
de la pensée qui prétend se penser elle-même par auto-position.
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Rappelons que l'Ego sans-pensée se définit
seulement comme Réel radicalement immanent ((à) soi), donc comme l'Un
plutôt que l'Etre ou l'Autre. Comment donc penser ce donné-sans-donation
qui se donne pour forclos à la pensée ? comment penser son existence ou
son inexistence ? Le donné radical se soustrait non seulement aux
démonstrations philosophiques mais encore aux critères du "fait" ou du
"droit", du donné intelligible ou intuitif, etc. L'Ego réel qui n'existe
pas ou n'est pas, nous le pensons et le posons néanmoins selon son
exigence propre (minimale, puisqu'il n'est pas) comme axiome premier
d'une axiomatique transcendantale (ni formelle ni onto-égologique) qui
ne le met aucunement à l'épreuve. Il n'est même pas nécessaire de penser
le donné selon sa logique pure de "donné" ; mais s'il s'agit de le
penser, alors il se met à "fonctionner" comme terme premier d'une
axiomatique contraignant cette fois la pensée. Le
manifesté-sans-manifestation ne se manifeste qu'à partir de soi, il ne
se donne que "de" lui-même, etc., ce qui demeure incompréhensible
philosophiquement sauf par analogie avec le principe spinoziste d'index
sui. Mais ici il n'a pas de pensée, de connaissance, ou même
d'hypothèse à fournir à propos du réel ; au contraire, ce n'est qu'à
partir du réel que nous pouvons formuler des hypothèses, etc.
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Pour autant le donné réel n'est pas une
abstraction ou une "formalité" : ce qui est découvert ici, c'est
la condition réelle de toute pensée, même philosophique, laquelle ne
peut faire l'économie de l'Un. La non-philosophie, quant à elle, explore
les conséquences du donné-sans-donation sur la pensée en général,
philosophie comprise, au moyen d'une axiomatique rigoureuse ordonnée
justement au donné radical et à sa détermination-en-dernière-instance
par celui-ci.
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La caractère hypothétique de l'Ego radical
ne tient pas à sa supposée nature problématique (ou inversement
apodictique), mais à sa réalité propre qui est d'être sans pensée. Il
est donc une hypothèse pour la pensée et non une thèse réfléchie, mais
une hypothèse transcendantale autant qu'expérimentale (envers la
philosophie) puisque soumise à un réel forclos, non empirique. Le donné
radical détermine la pensée sans entrer dans son jeu, de telle sorte que
celle-ci n'a pas à le réfléchir, le nier ou l'affirmer, le mettre en
doute, etc.
La pensée se
définit philosophiquement comme relation à l'être, selon deux modalités
possibles : soit elle se rapporte à l'être déjà donné comme substance,
soit elle se constitue elle-même réflexivement comme être et substance.
Mais dans les deux cas, la pensée s'effectue réflexivement par rapport à
soi et par rapport à l'être, se sorte que l'Ego "produit" n'échappe pas
lui-même à la relation.
L'Ego de la philosophie se divise entre un Ego présupposé premier et un
Ego obtenu par la pensée, ou un Ego supposé Un et un Ego divisé par l'être
et la pensée ; l'Ego de la non-philosophie demeure indivisiblement
Ego-en-Ego mais engendre une dualité unilatérale, une dualysation
non-philosophique de l'Ego.
Soit ces trois axiomes : 1) il y a (de) l'Ego, mais pas l'Ego "lui-même"
ou "en tant que tel" ; 2) l'Ego n'est pas, sauf en-Ego, ou en tant qu'Un ;
3) l'Ego ne pense pas, ne se donne pas lui-même, sauf en-Ego, ou comme
déjà-donné. Mais alors comment advient la pensée ? Théorème : l'Ego
détermine-en-dernière-instance, par clonage transcendantal, le sujet comme
force (de) pensée. L'Ego immanent est accompagné (non nécessairement) du
sujet comme force (de) pensée, son clone transcendantal, et cesse d'être
confondu avec lui.
C'est ainsi que, forclos à la pensée comme à l'être, l'Ego est la cause
en-dernière-instance de leur différence. La pensée n'est pas une res ou
une essence mais une "force", c'est-à-dire cette distance
non-phénoménologique ou cette dualité unilatérale qui suit immédiatement
(par clonage) son essence transcendantale.