La Non-Philosophie

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Ego

 

 

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Cogito - Donné-sans-donation - Force (de) pensée

 

 

 

 

 

Cogito (1996)

Confondant sa réalité avec la possibilité et son identité avec la réflexivité, la philosophie ne saisit pas l'essence de l'Ego tel qu'Ego.
La critique réelle de la réalité philosophique du cogito porte sur le côté de la pensée (cogitatio) comme sur celui de l'être (essse), et de ce dernier point de vue, il faut encore distinguer la fonction d'essence simple qu'endosse le cogito de sa fonction finale de substance (res cogitans).
La première critique philosophique de cette prétention ontologique du cogito est menée par Kant (suivi de Nietzsche), rappelant que ce "je pense"  n'est qu'une assertion transcendantale vide de tout concept et d'objet.
La deuxième est celle de Heidegger qui interroge la réalité de l'Ego à partir du sum, et plus précisément en fonction du sens d'être de l'Etre. Heidegger n'y décèle que le sens historialement sédimenté et non élucidé de la substantia (analyse démentie par Marion au nom de la "déduction égologique de la substance" chez Descartes).
Plus radicalement, on peut douter que la pensée philosophique s'achève (ou se révèle finalement) avec cette question de l'essence de l'Etre, du sens d'être de l'Etre comme réel et le réel comme possibilisation de la possibilité. Une non-philosophie interrogera justement cette supposée teneur en réel du sens d'être de l'Etre et la supposée rigueur démonstrative permettant d'exposer le cogito autant que ses critiques. Ou plutôt elle se donnera le réel comme étant non supposable et non déductible, un donné-sans-donation ni possibilisation ; avec elle, le réel n'est plus présupposé comme objet du questionnement mais déjà-donné (dès qu'il y a questionnement...) comme sa condition ou sa cause de-dernière-instance.
Au fond les critiques du cogito enregistrent et valident celui-ci comme commencement philosophique de l'Ego, alors que la non-philosophie va rendre possible la philosophie de l'Ego à partir de l'Ego et en-lui. Un commencement n'est jamais suffisamment radical lorsqu'il se ramène à la primauté et à la priorité d'un principe transcendant, lequel n'a rien à voir avec l'Ego réel. Mais la radicalité non-philosophique n'est pas obtenue davantage par le passage à la limite de la transcendance vers l'immanence.
La critique réelle de l'identité philosophique du cogito ramène celle-ci à un pur présupposé, même quand elle est déduite après la détermination de ses attributs essentiels que sont la pensée et l'être, et qui font d'elle justement une identité divisée (puis rassemblée).
La philosophie de l'Ego divise celui-ci en le débordant constitutivement. Or cette part active du geste philosophique (le penser) s'excepte toujours du résultat produit ou pensé : même la prétendue performativité du cogito (dont la formule complète est censée nommer l'Ego) s'en trouve hypothéquée et comme confisquée par la philosophie, sous les traits de la pensée ou du langage (y compris dans la formule des Méditations : ego sum, ego existo, où la pensée-philosophie semble jouer sur une Autre scène). Toujours la réflexion, la division du sujet en énoncé et énonciation, profite à la philosophie qui n'identifie le sujet qu'en le représentant. Le "cogito" est bien le résultat de l'amphibologie de l'Ego et de la philosophie.
L'Ego-d'Ego redoublé par la philosophie doit être maintenant ramené en-Ego dans son immanence radicale (donnée par définition première), et sa sur-détermination par le monde où par l'existence doit faire place à son être radicalement déterminé ; d'autant que la philosophie, tout en le divisant et en l'évitant de mille façons, ne fait pas autre chose que le supposer donné depuis ce déjà donné réel.
Eu égard à l'identité réelle de l'Ego, l'identité de l'être et de la pensée en non-philosophie sera dite transcendantale et même première mais, à ce titre déjà, dérivée de l'Ego et hors de lui. Elle formera une dualité unilatérale spécifique, induite et déduite à partir de l'Ego réel, et non "abstraite" à partir de l'expérience comme n'importe quelle entité philosophique. Elle ne sera pas visée ou constituée comme identité transcendantale (de l'objet et du sujet comme sujet...), mais obtenue par clonage à partir d'une part de l'identité réelle et d'autre part du donné philosophique.
 
 
Donné-sans-donation (1996)
 
Comment penser un Ego réel sans rapport avec la pensée (donc ni pensable ni impensable) de telle sorte que la pensée soit néanmoins en rapport avec l'Ego ? Par une donation réelle de la pensée en "une seule fois", et non à la manière philosophique comme "pensée pensée" et "pensée pensante" (comme si la pensée était à la fois la donation et son résultat). Donc dans la dualité obtenue de l'Ego et de la pensée, le premier comme être-donné n'est pas lui-même être-pensé : si ce dernier doit être pensé (nommé, décrit, etc.), ce ne sera pas de manière constitutive. Quant à la "contradiction" qu'il y aurait à poser par la pensée un réel sans-pensée, elle paraît moindre que la suffisance de la pensée qui prétend se penser elle-même par auto-position.
Rappelons que l'Ego sans-pensée se définit seulement comme Réel radicalement immanent ((à) soi), donc comme l'Un plutôt que l'Etre ou l'Autre. Comment donc penser ce donné-sans-donation qui se donne pour forclos à la pensée ? comment penser son existence ou son inexistence ? Le donné radical se soustrait non seulement aux démonstrations philosophiques mais encore aux critères du "fait" ou du "droit", du donné intelligible ou intuitif, etc. L'Ego réel qui n'existe pas ou n'est pas, nous le pensons et le posons néanmoins selon son exigence propre (minimale, puisqu'il n'est pas) comme axiome premier d'une axiomatique transcendantale (ni formelle ni onto-égologique) qui ne le met aucunement à l'épreuve. Il n'est même pas nécessaire de penser le donné selon sa logique pure de "donné" ; mais s'il s'agit de le penser, alors il se met à "fonctionner" comme terme premier d'une axiomatique contraignant cette fois la pensée. Le manifesté-sans-manifestation ne se manifeste qu'à partir de soi, il ne se donne que "de" lui-même, etc., ce qui demeure incompréhensible philosophiquement sauf par analogie avec le principe spinoziste d'index sui. Mais ici il n'a pas de pensée, de connaissance, ou même d'hypothèse à fournir à propos du réel ; au contraire, ce n'est qu'à partir du réel que nous pouvons formuler des hypothèses, etc.
Pour autant le donné réel n'est pas une abstraction ou une "formalité" : ce qui est découvert ici, c'est la condition réelle de toute pensée, même philosophique, laquelle ne peut faire l'économie de l'Un. La non-philosophie, quant à elle, explore les conséquences du donné-sans-donation sur la pensée en général, philosophie comprise, au moyen d'une axiomatique rigoureuse ordonnée justement au donné radical et à sa détermination-en-dernière-instance par celui-ci.
La caractère hypothétique de l'Ego radical ne tient pas à sa supposée nature problématique (ou inversement apodictique), mais à sa réalité propre qui est d'être sans pensée. Il est donc une hypothèse pour la pensée et non une thèse réfléchie, mais une hypothèse transcendantale autant qu'expérimentale (envers la philosophie) puisque soumise à un réel forclos, non empirique. Le donné radical détermine la pensée sans entrer dans son jeu, de telle sorte que celle-ci n'a pas à le réfléchir, le nier ou l'affirmer, le mettre en doute, etc.

 

 

La pensée se définit philosophiquement comme relation à l'être, selon deux modalités possibles : soit elle se rapporte à l'être déjà donné comme substance, soit elle se constitue elle-même réflexivement comme être et substance. Mais dans les deux cas, la pensée s'effectue réflexivement par rapport à soi et par rapport à l'être, se sorte que l'Ego "produit" n'échappe pas lui-même à la relation.
L'Ego de la philosophie se divise entre un Ego présupposé premier et un Ego obtenu par la pensée, ou un Ego supposé Un et un Ego divisé par l'être et la pensée ; l'Ego de la non-philosophie demeure indivisiblement Ego-en-Ego mais engendre une dualité unilatérale, une dualysation non-philosophique de l'Ego.
Soit ces trois axiomes : 1) il y a (de) l'Ego, mais pas l'Ego "lui-même" ou "en tant que tel" ; 2) l'Ego n'est pas, sauf en-Ego, ou en tant qu'Un ; 3) l'Ego ne pense pas, ne se donne pas lui-même, sauf en-Ego, ou comme déjà-donné. Mais alors comment advient la pensée ? Théorème : l'Ego détermine-en-dernière-instance, par clonage transcendantal, le sujet comme force (de) pensée. L'Ego immanent est accompagné (non nécessairement) du sujet comme force (de) pensée, son clone transcendantal, et cesse d'être confondu avec lui.
C'est ainsi que, forclos à la pensée comme à l'être, l'Ego est la cause en-dernière-instance de leur différence. La pensée n'est pas une res ou une essence mais une "force", c'est-à-dire cette distance non-phénoménologique ou cette dualité unilatérale qui suit immédiatement (par clonage) son essence transcendantale.

 

 

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