Etre - Forçage
- Identité
- Pensée -
Transcendantal
Etre
(1996)
L'idéalisme congénital de la philosophie qui revient à
définir l'être par la pensée et réciproquement, se révèle spécialement dans
le "cogito" comme pensée-pensante et pensée-existence. Une théorie du
sujet suspend cette corrélation de la pensée et de l'être, en postulant
un Réel ou un Ego essentiellement forclos déterminant unilatéralement cette
différence même. La simple accentuation d'une asymétrie entre l'être et la
pensée, ou entre l'Autre et le Même (Heidegger, la Déconstruction), ne
suffit pas à défaire l'autorité de la corrélation en général.
Sous les conditions du Réel immanent, la "réalité" spécifique de l'être
devient celle de la transcendance tandis que l'identité de la pensée n'est
plus définie par l'auto-réflexion mais par l'uni-latéralité ; la pensée ne
vise plus intentionnellement l'Ego comme son objet ultime via la recherche
du sens de l'être.
La force (de) pensée se définit comme relation unilatérale ("unilation", "rapport-sans-rapport"),
non pas à l'Ego réel ou même à "soi", mais en-Ego ou à partir de l'Ego vers
le donné philosophique. Sous ces conditions d'un penser uni-latéral, il est
possible de poser à nouveau l'identité simple ("unifléchie" et non
auto-réflexive) de la pensée et de la l'être, telle que cette identité
transcendantale se distingue essentiellement de l'une et de l'autre, comme
de leur relation. La priorité (grecque) du Réel sur la pensée et celle
(moderne) de la pensée sur l'objet est reprise et validée sous des
conditions non-philosophiques, celles d'un Ego premier-sans-priorité et d'un
sujet premier-sans-réflexion.
La détermination-en-dernière-instance est la causalité propre au Réel sous
la forme de l'identité transcendantale ; d'une part elle exprime la priorité
radicale du Réel sur la force (de) pensée, et d'autre part elle fournit à
celle-ci la "force" d'unilatéraliser (suivant la logique de l'ordre
irréversible) la philosophie d'essence circulaire et autoritaire. L'ordre
unilatéral ne concerne donc pas le Réel mais l'identité transcendantale
(ordre "premier"), en tant précisément que le Réel radical et l'identité
transcendantale (ou l'Ego et le sujet - dont l'essence est cette identité
transcendantale) sont identiques en-dernière-instance-seulement.
Forçage
(2004)
L'Homme-en-personne est la "carte forcée" - une force toute
négative - qui fait le forçage, c'est-à-dire le sujet comme force (de)
pensée.
La carte forcée du Réel est elle-même sans opération externe de forçage,
c'est pourquoi elle n'entache pas la liberté du sujet - seule manière de
comprendre la formule ambiguë de Rousseau : "on les forcera à être libre",
où le "on" incarne une volonté générale encore trop positive et/ou trop
abstraite.
A son tour la force (de) pensée force négativement le Monde à se
transformer, s'inventer, se libérer en fonction du Futur.
La force (de) pensée peut aussi bien s'écrire "force de laisse", puisqu'elle
laisse être-donné-en-Un le Monde.
Identité
(1996)
De quelle identité peut se dire la pensée ?
Précédant d'une primauté radicale la dyade philosophique pensée/être, l'Ego
s'affranchit d'une duplicité structurelle imposée par la logique triadique,
également philosophique, entre une identité "réelle" (l'Un réellement
indivis) et une identité transcendantale (l'Un de la division) : les deux
formes d'autonomie et même d'identité coexistent, mais non-réciproquement,
la première étant radicale et la seconde relative (à la première) seulement.
La distinction de la pensée et de l'être devient l'affaire de l'Un
transcendantal uniquement, à l'exclusion de l'Ego réel. Mais l'Un
transcendandal n'est pas lui-même impliqué dans cette division parfaitement
irréfléchie, simple et non-positionnelle (de) soi, que l'on nommera
aussi la "Distance non-phénoménologique". L'Un transcendantal et
cette nouvelle division ne reforment pas une triade qui diviserait à nouveau
l'Un.
L'Un transcendantal n'est identique à l'Un réel (en-un, ou en vision-en-Un)
qu'en tant qu'il est son clone, situé "entre" l'Un réel et un donné
"empirique" quelconque (comme ici la différence abstraite de la pensée et de
l'être). La "force (de) pensée" désigne cette structure complète composée du
clone transcendantal, de son rapport immédiat avec le "support" empirique
dont il est justement l'identité, et de ce donné lui-même (tel qu'il
apparaît dans la structure, donc délesté déjà de sa structure
mixte-triadique initiale).
Par rapport à l'Ego-Un-Réel, la force (de) pensée ou le "sujet" représente
l'Autre originaire, l'immédiatement Autre-que-l'Ego et en-Ego ; mais par
rapport à la différence philosophique de la pensée et de l'être, plus
exactement pour elle et pour la transcendance en général, il
représente l'essence ou l'Identité transcendantale.
Pensée
(1998)
Philosophiquement, la "pensée" reste une généralité induite empiriquement de
diverses facultés allant de l'intuition à l'auto-réflexion ; l'expérience de
la pensée reste grevée par un dernier contenu intuitif, même assimilée à un
acte ou dérivant d'une différance originaire (l'Impensé).
Tandis que la-pensée (philosophique) est une généralité auto-fétichisée
aliénant le réel, la force (de) pensée est la réalité de la pensée en tant
que celle-là ne s'aliène pas dans celle-ci.
Non-philosophiquement, la force (de) pensée est une extériorité universelle
qui sert d'organon à l'Un et lui permet d'agir de manière unilatérle.
Biface, elle comprend l'Identité transcendantale (clonée selon l'Un) et
l'Identité apriorique (tournée vers l'expérience).
La "force" ne désigne ici rien d'énergétique mais simplement
l'effectuation concrète de l'uni-versalité immanente de la vision-en-Un
Transcendantal
(1996)
Induction et déduction transcendantales (rapportés à des
objets de connaissance) sont les procédés communs à la science et à la
philosophie dès lors qu'elles entrent toutes deux dans une théorie unifiée -
conditionnées par l'universel, l'une renonce à ses lois générales et
régionales, l'autre à ses interprétations circulaires.
La science et la philosophie sont unifiées et maintenues par une Distance
dite "non-phénoménologique" causée par leur identité transcendantale, soit
la force (de) pensée elle-même.
La force (de) pensée ne peut opérer "scientifiquement", par induction et
déduction, que sur un mode universel et transcendantal. L'induction
transcendantale qui porte sur le mixte épistémologique dégage un a priori
lui-même non-épistémologique, non co-déterminé par l'expérience : de ce
fait, elle autonomise non seulement l'a priori mais aussi l'expérience. La
déduction transcendantale déduit à son tour des a priori d'autres a priori,
mais de manière axiomatique ou vraiment scientifique, en fonction d'une
identité (de) pensée, contrairement à la déduction kantienne dont la valeur
est davantage psycho-juridique que théorique (c'est le droit opposé au fait,
et l'a priori en vue d'une expérience possible qui n'est jamais que ce
mixte-ci). La finalisation pratique est l'alibi de toute circularité ou
impuissance de pensée, tandis que la validité pratique des a priori
non-philosophiques, dans une démarche théorique rigoureuse, est immédiate.
Comme identité transcendantale, la force (de) pensée représente cette
faculté résiduellement philosophique, pour la Distance non-autopositionnelle,
de se rapporter à l'expérience-support, mais aussi aux a priori
philosophiques qui en sont extraits, et enfin aux a priori
non-philosophiques comme connaissance des précédents.
Comme transcendance non-autopositionnelle, la force (de) pensée représente
cette faculté résiduellement scientifique, pour l'identité transcendantale,
d'agir par induction et déduction d'a priori, certes à partir d'une
expérience nécessaire mais sans se plier de fait à celle-ci. Pour être
essentiellement théorique, l'expérimentation n'en est que plus rigoureuse et
concrète, davantage qu'avec tout empirisme philosophique.