Hérésie - Homme
Hérésie
(2002)
Il faut arracher une posture non-gnostique à la gnose, elle-même distincte
de ses formes historico-philosophico-religieuses. 1) Primat de l'Homme-en-Homme
sur Dieu et l'appareil onto-théo-logique ; 2) primat de la séparation
hérétique sur l'Unité chrétienne, et surtout primat de l'être-séparé sur
toute séparation ; 3) primat du savoir indocte sur la foi (chrétienne sans
sa forme-attente ou rationnelle dans sa forme-transcender).
L'hérésie propose déjà sous sa forme historique une expérience originale du
Deux basée sur une Séparation non-hiérarchisante et la revendication d'un
savoir immanent. La réjection gnostique du Monde est davantage qu'une
distance phénoménologique, elle est expérience d'un savoir indocte (certes
non encore théorique mais vécu en-solitude) de la non-consistance humaine.
Par ailleurs la doctrine dualiste écrase la double articulation
onto-théologique du système philosophique avec son principe de double
transcendance (meta et epekeina) hiérarchisée.
Comme la révélation n'est pas donnée en Christ pour les hérétiques, elle est
donnée par la Séparation elle-même qui constitue son mode de transcendance
propre et qui conditionne à son tour un savoir. C'est en-cela que l'hérésie
historique, si elle n'admet pas le séparé-sans-séparation non-religieux,
peut servir à modéliser le christianisme et être clonée comme sujet-Christ.
Homme
(2002)
De même que l'hérésie religieuse a été investie par le dualisme gnostique,
elle est fécondée cette fois par une théorie de l'Un radical,
non-métaphysique et humaine. La pensée de la Vie, qui sous-tend la gnose,
sera l'occasion d'une modélisation du christianisme, de son Dieu en tant qu'Etre
(métaphysique) et en tant que Vie (mystique), mais sous la guise du
Vécu-sans-vie et de l'Homme-en-personne.
Dans l'esprit, la gnose ne part pas de questions métaphysiques posées sur l'Etre
mais plutôt de l'Homme comme unique solution apportée aux questions. La
gnose historique a posé pour la philosophie la question de l'Eon, de
l'en-Un, pour tenter de rompre avec la généralité de l'Etre et l'autorité
des Essences. Même si elle pratique encore le couplage unitaire (de l'Un et
de l'Etre, mais en faveur de l'Un), elle déborde l'affect judaïque de
l'Autre autant que la révolution chrétienne du sujet.
En tant qu'hérétique, la gnose fait valoir autant son esprit de séparation
que son désir d'identité, et, même si elle confond encore l'Identité avec
l'Unité, elle se sépare en droit de la philosophie qui réconcilie
dialectiquement l'Autre et le Même, Dieu et les Hommes, et semble ainsi
"récupérer" la gnose (Hegel).
La gnose, qui rêve d'une extériorité absolue au Monde, doit être encore
sauvée de la transcendance. Elle doit abandonner son approche métaphysique
de l'Un et sa conception mondaine de l'Homme (comme prisonnier du Monde)
pour accéder à une pensée transcendantale réelle (non idéaliste, mais "à
cause" du réel) et déterminée par l'Homme. Face au salut chrétien, qui se
présente comme l'envers unitaire de la création (d'ailleurs manquée, selon
les gnostiques), la gnose non-chrétienne cherche plutôt à sauver ensemble le
Dieu créateur et le Christ sauveur, par la "grâce" de l'Homme et de son
clone, le sujet-Christ Futur.
Les "nouveaux" gnostiques non-chrétiens ne rejettent pas le monde, comme les
anciens, ni ne cherchent à "se" connaître en tant qu'homme et/ou sujets, à
l'instar des philosophes, mais sur la base du savoir indocte humain, ils
disposent de moyens "scientifiques" pour connaître (c'est-à-dire
modéliser) cette forme-monde qu'est justement la philosophie.
Le mauvais théoricien qu'est le philosophe entérine l'oeuvre ratée du
mauvais démiurge ; le nouveau gnostique propose une axiomatique
transcendantale sur la "foi" (non-croyante) du savoir immanent de l'Homme.
"Réveillez-vous!", c'est l'injonction du philosophe qui exprime sa foi en
lui-même... "Je (suis) un Eveillé donc j'éveille", c'est le théorème du
gnostique (non-philosophe) qui exprime son savoir (du) réel.