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un site de Didier Moulinier |
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Etranger - Homme-en-personne - Oracle - Philosophe - Salut - Science - Sujet - Symptôme - Victime
Etranger (1995)
L’essence de l’homme est le Réel comme immanence radicale (Moi-en-Moi). L’identité indivise de l’homme prend racine dans cette expérience (de) soi immanente.
Un tel homme n’est plus partagé entre un Moi et un Autre, il n'a pas besoin de refouler celui-ci et d’intérioriser celui-là. D’abord réellement et seulement Moi-en-Moi, il existe aussi bien selon une structure où il ne cesse pas (d’être) soi mais comme un Etranger. On appelle premièrement Ego-en-Ego ce vécu immanent en tant qu’Un, et deuxièmement Sujet-Etranger cette forme transcendantale d’existence. Sous sa forme sujet, donc, l’Homme existe-Etranger.
Tout Un chacun est aussi bien un Etranger : ceci est la formule humainement adéquate de la démocratie, plutôt que l’ambiguë et trop consensuelle « nous sommes tous des étrangers ». C’est en tant qu’Etrangers que nous sommes égaux ; les Etrangers sont la clef de la démocratie.
C’est parce que l’Homme n’existe littéralement qu’à l’état d’Etranger et de Multiple que les Multitudes humaines forment d’emblée une communauté d’Etrangers. L’Ego se présente ou se reflète non spéculairement sous la forme d’une structure d’Humanité universelle, un espace abstrait illimité ouvert sur l’Etranger.
L’Ego n’est surtout pas la « représentation » de soi-même de l’Ego, il ne se détermine pas par son cogito. En revanche l’Etranger, dont la cause réelle est l’Ego, ne se distingue pas de la Théorie de l’Etranger. Le mode d’exister de l’Homme comme Etranger est le Sujet (de la) Théorie, soit phénoménalement une structure transcendantale d’Humanité (non-auto-positionnelle) et théoriquement un ensemble d’axiomes humains formulés à partir du matériau mixte de la philosophie et des sciences humaines.
Homme-en-personne (2000, 2004)
Si le nom de l'Homme a pris une telle importance dans les énoncés de la non-philosophie, c'est uniquement parce que la philosophie lui a déjà donné une dimension symptômale majeure, parce qu'elle en a fait l'équivalent de l'Un et du Réel déniés. La non-philosophie remplace le concept philosophique unitaire de l'Homme (L-homme) par la dualité unilatérale de l'Homme-en-personne et du Sujet Etranger.
L'Homme-en-personne est une détermination négative pour un Sujet capable de transformer la question philosophique "qu'est-ce que l'Homme ?". La réponse est qu'il n'y a d'Homme que l'Homme, c'est-à-dire que l'Homme (en-personne et non pas sujet) est la réponse=X qui détermine la forme même de la question.
"Il n'y a d'Homme que l'Homme" n'est pas une affirmation dogmatique, et pas encore un théorème, mais une réponse oraculaire précédent la question. Il s'en déduit un théorème transcendantal selon lequel il n'y a d'Homme que pour la science des hommes, plus exactement pour son sujet (donc pas d'Homme objet ou même sujet de la science).
Oracle (2004)
Philosophe (1984, 1991)
Généralement les philosophes s’adressent aux hommes en leur demandant de s’instruire philosophiquement pour devenir vraiment humains. Dans l’optique non-philosophique, ce sont les hommes qui s’adressent aux philosophes en leur demandant de penser en homme pour être véritablement savants. Car c’est la science qui provient des hommes et non l’humanité qui provient de la philosophie.
L’heure n’est plus aux (nouvelles ?) alliances de la science avec la philosophie, alliances de type humaniste donc encore philosophiques… C’est seulement en l’homme que se trouve l’identité de la science et de la philosophie : l’homme possède un vrai sens commun pré-culturel et pré-philosophique, radicalement sans-préjugés (donc plutôt scientifique).
L’expression « l’homme est un loup pour l’homme » est le fond de commerce de la philosophie, parce qu’elle pense pouvoir substituer le philosophe au loup. En même temps elle admet et présuppose que l’homme est l’animal rationnel ou métaphysique, en bref l’animal philosophe. Le projet de substitution ou de conversion implique une convertibilité de l’animal et du philosophe, de sorte que le philosophe représente aussi bien l'animal en l'homme : il faut donc en déduire que le philosophe est le seul loup pour l'homme. L’homme adonné à la philosophie s'auto-désire ou s'auto-dévore à longueur d’existence, honore ainsi ses origines ambiguës. "Etre un sujet", c'est assumer cette "condition humaine" supposée, vivre à l'image du philosophe, rester le "fils" de l'animal… Il faut donc inverser ces propositions, il faut dire que la philosophie est la fille de l'homme, sans pouvoir réel sur celui-ci, mais non sans utilité puisqu’elle condense toute l’Apparence du monde.
Salut (2004)
L'homme détermine en-dernière-instance la forme de toute question, telle que "faut-il sauver l'humanité?" ou "qu'entendre par humanité ?", car il est la réponse sans-question. A ce titre l’Homme est aussi le sauvé sans-salut, celui qui précisément n’a pas à être libéré ou sauvé, mais qui peut être une détermination négative et salutaire, sans domination ni positivité, pour un sujet aux prises avec le Monde.
L’Homme-en-personne vient comme utopie au-devant de
sujets destinés à se sauver du Monde, non pour eux-mêmes mais pour le
Monde.
Science (1985)
L’homme n’est pas de ce monde, ni même hors du monde ; il se tient seulement en lui-même. Par son essence réelle, l’homme est invisible dans le monde ; l’homme ordinaire est un vécu immanent, le sujet d’une épreuve radicalement finie, en-deça de toute transcendance : inaliénable. Mais la philosophie lui est donnée, voire culturellement imposée, comme le mode d’emploi du monde. Les concepts philosophiques sont aussi les hauts représentants du monde, des « Autorités ».
Les « sciences humaines » actuelles sont à la fois très peu humaines et très peu scientifiques ; d’une part elles ne définissent pas leur objet-homme dans son essence réelle, d’autre part elles font cercle avec la philosophie dont elles relaient – en les rhabillant aux couleurs de l’analyse et du calcul - les préjugés ontologiques. L’homme ordinaire comme individu vivant, expérience absolument immanente (de) soi, reste ignoré, confondu avec des généralités et des attributs universels (sup)posés philosophiquement. L’essence de l’homme n’est pas une somme de prédicats universels mais la subjectivité indivise et non-positionnelle (de) soi, l’immanence radicale. Cet « oubli » constitue la différence anthropo-logique, soit l’attribution par le logos de qualités censées déterminer, et finalement partager, l’homme.
Une science vraiment humaine (cela fait pléonasme) devrait au contraire partir de l’homme, de son essence individuale, et en tirer toutes les conséquence quant aux Autorités et à la philosophie. Une science de l’homme fondée sur la connaissance immanente que l’homme a de lui-même devrait être aussi une science rigoureuse des Autorités.
La différence entre l’individual et l’individuel, c’est que le premier, transcendantal, est une instance vécue inaliénable, tandis que le second, empirique, est toujours découpé, particularisé, et finalement ramené à un universel (supposé).
Disjoindre l’homme de ses prédicats autoritaires, c’est aussi bien l’affranchir du philosophe, maître des prédicats. L’essence de l’homme n’est pas problématique et son existence à peine davantage. L’homme n’est pas un problème contrairement à l’Etre ; en tant qu’Un réel, il est tout simplement hors (de) question.
La science des hommes telle que nous l’entendons ici tire ses caractéristiques de son objet même : immanente sans être spéculative, expérimentale sans être empirique, théorique sans être théoriciste, humaine sans être anthropologique.
Une science réelle de l’homme n’est pas une philosophie devenue scientifique : la science est bien l’ambition, mais non la vocation de la philosophie. La science des hommes ne peut être que théorique c’est-à-dire foncièrement irréfléchie, à l’image des données phénoménales immédiates qu’elle est amenée à décrire. Elle revendique une naïveté contemplative, anté-philosophique, transcendantale au sens réel, là où la philosophie s’épuise dans une pratique autistique d’évitement du réel. La théorie seule est humaine en tant que radicalement subjective, contemplation vécue non-(auto-)positionnelle.
Sujet (1985)
L’homme en tant que sujet fini jouit d’une précession absolue par rapport au monde. Cette finitude, solitude incommensurable, n’est pas un éloignement hors du monde (le sujet par essence n’a pas cette force, ce mouvement), ce serait plutôt le monde qui, contraint de lâcher prise, se détacherait de lui.
L’homme est (le) propre (de) lui-même, il ne se définit pas par quelque propriété transcendante ou même par son « humanité ». L’homme ordinaire est justement sans qualités. Loin de chercher à se « libérer » il ne possède pas même le pouvoir de s’aliéner : son identité (un vécu, une subjectivité sans reste) est bien plus intime et plus précieuse que l’incertaine liberté…
L’homme est au centre, mais au centre (de) lui-même et non au centre du monde : nulle révolution copernicienne, circulaire par définition. Jamais le « centre » n’a été aussi métaphorique, aussi utopique, puisque manifestement l’homme est un non-lieu, un non-être ou un non-sens intentionnel. Est-ce à dire que l’homme n’est rien ? Au contraire, l’homme désigne l’expérience subjective radicale, laquelle détermine en-dernière-instance toute forme d’expérience et de rapport au monde.
Toute l’ « action » du sujet consiste dans une « dualysation » irréversible, non seulement du monde mais des rapports de co-appartenance de l’homme et du monde. Encore cette dualysation est-elle essentiellement théorique puisque, forte de la vision (en) Un qui se contente de faire droit au Réel, elle n’intervient pas directement dans le monde. N’oublions pas que l’homme est seul et sans vis-à-vis, même dans son activité dualysante. C’est un sujet sans objet qui porte sur le monde en général, c’est-à-dire sur des essences (mixtes) et des universaux (les « Autorités »), qui reste minoritaire pour cela même et indiscernable depuis le monde.
Symptôme (2004)
La symbolisation du Réel par le Nom de l'Homme-en-personne ne signifie pas
un retour à l'humanisme, mais répond, depuis Une biographie de l'homme
ordinaire, à l'occasionalité même du matériau.
Victime (2000, 2004)
L'Homme est la réponse qui précède la question "qu'est-ce que l'homme?". Partir de l'humain n'implique pas une définition préalable, ni un quelconque primat de l'éthique, cela revient à énoncer une hypothèse : "si c'est un homme..." alors qu'en est-il d'une éthique selon l'homme, d'une éthique au service de l'homme ?
"Si c'est un homme" et rien-qu'un-homme, alors il est martyrisé, bafoué, nié comme tel ; sa non-consistance "essentielle" est insupportable aux yeux du monde, elle le condamne au statut de victime radicale. Cette non-consistance n'est nullement une faiblesse face aux Autorités mondaines et philosophiques, mais bien un refus d'affronter celles-ci. Donc l'être-victime n'est pas la conséquence d'une lutte et d'une défaite mais une condition originaire, une impuissance radicale que lui impose sa vision-en-Un et sa forclusion au Crime du Monde.
Cependant qui est victime, l'Homme ou le sujet ? La vie humaine-en-dernière-identité est un vécu en-Un que dissimulent les concepts philosophiques d'être-au-monde et d'être-pour-la-mort, tous deux fondés sur la division et la scission. Ces concepts - désignant à la fois l'Homme et le sujet - ne sont pas seulement unitaires et donc aporétiques, ils restent généraux et donc inaptes à exprimer les conditions réelles de la naissance et de la mort de l'homme en tant que sujet. Les hommes ne meurent pas en tant qu'humains mais justement en tant que sujets-Etrangers, niés et persécutés par le Monde, et c'est alors qu'est avérée leur humanité radicale. Les hommes n'existent pas pour-la-mort, mais ils donnent bien un sens à la mort, à savoir qu'elle n'est jamais naturelle en ce qui les concerne. La mort est un assassinat - le Crime du Monde - parce que le Monde ne peut vouloir l'Homme-en-personne et hallucine sa disparition dans la persécution des sujets-Etrangers.
04/01/07
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