Hérésie
Hérésie
(2002)
Deux manifestations extrêmes
de l'humain, différentes par nature : à l'hérésie appartient l'Identité
radicale et immanente avec le clonage qu'elle autorise, à la Shoah se
rapporte l'altérité absolue et transcendante avec la mémoire qu'elle
suppose.
Les juifs ont conquis une identité et une unilatéralité basées sur la
transcendance absolue de l'Autre, c'est pourquoi leur défense reste
religieuse et obéit à une logique encore sacrificielle, telle que la victime
peut se transformer et bourreau et la paix engendrer la guerre. La
persécution adressée à l'Autre et à la différence, comme l'antisémitisme,
conserve une forme de réciprocité à une transcendance absolue près.
Les hérétiques ont arraché au Logos le nom de l'humain, ils ont prouvé que
d'être sans-essence et sans détermination valait d'être exterminé par un
Monde qui certes détruit et viole les valeurs de l'humanité (au nom de
l'humanité), mais radicalement ne peut que forclore et nier l'humain comme
tel. La persécution adressée à l'Un, à la revendication d'identité radicale,
ne s'effectue plus dans le Monde ou dans l'Histoire, car elle vise une
altérité elle-même plus radicale (l'Autre que) affectant jusqu'à la
pensée-Monde. Les hérétiques ont perdu jusqu'au statut de "créatures" élues
ou maudites et ne sont victimes (du Monde) qu'à cause de leur humanité
radicale et im-monde.
Il y a donc deux sortes de
persécution : l'une est absolue et s'effectue par identification du bourreau
("inhumain") et de la victime ("déshumanisée"), l'autre est radicale et
s'explique par une identité humaine (la victime) seulement hallucinable (par
le bourreau).
L'Identité hérétique est moins négociable, moins révisable encore que
l'altérité juive car elle ne revendique rien, pas même le respect de
l'identité ou de la différence.
Contre les juifs, il y eut
l'extermination par incendie, le feu transcendant et technologique dont les
cendres demeurent pour raviver la mémoire. Contre les hérétiques, ce fut
l'extermination par les bûchers, un feu immanent et auto-consumant, anonyme
et sans reste.
Le feu symbolise l'auto-performation du Monde quand on n'en retient que la
manifestation extérieure, éclat de lumière ou propagation énergétique.
En tant qu'instrumental, le feu incendiaire prétend consommer
absolument l'existence physique et sociale (réduire les juifs à l'altérité
absolue qu'ils revendiquent), sans toutefois y parvenir, tandis que les
victimes des bûchers sont radicalement consumés à cause de leur
savoir (ramener les hérétiques à l'inexistence de l'Un) et d'autant mieux
oubliés.