Ange - Futur -
Gnose - Lutte - Platonisme - Sujet
- Surmaîtrise
Ange
(2004)
L'Ange participe des multiples figures de la sensibilité
transcendantale : étonnement (Aristote), inspiration (Platon), admiration
envers Dieu (Descartes), émotion créatrice (Bergson), ivresse dionysiaque
(Nietzsche)...
Demandons-nous comment la pensée-Ange, d'inspiration platonicienne, vient au
Rebelle.
La non-philosophie traite le problème de la sensibilité, ou plutôt de
l'affectivité en distinguant trois instances : 1) l'affect comme
affecté-sans-affection, posé axiomatiquement comme le futur, 2)
l'affectivité comme corrélation totale et suffisante, de nature
philosophique, 3) l'affection comme sujet-existant-affectif, clone de... et
pour... l'affectivité.
Trois opérations sont ainsi requises pour la réduction non-philosophique de
l'Ange : 1) l'enthousiasme platonicien (l'Ange ou le Peuple) est généralisée
en philosophabilité auto-englobante, 2) il est vécu-en-Homme et sa
suffisance levée, 3) il doit être déterminé comme Sujet-affection première.
Du point de vue de la gnose, l'Ange non réduit dans son absoluité mais
"orienté" par le sujet-Rebelle et "venant à la théorie", devient une arme
contre le Monde. Du point de vue de la non-philosophie, l'Ange dé-angélisé
ou dé-platonisé est réduit en affect-sans-affection, l'affect (du) Monde
comme pure philosophabilité. L'Ange du Monde n'a pas à venir à la théorie
mais une théorie future doit venir à lui. L'Ange des gnostiques tombe du
Ciel : c'est miracle si l'Ange vient à à la théorie et si le Peuple se fait
Rebelle.
La gnose reste décidément néo-platonicienne : Réel, Théorie ou
Transcendantal, pensée ou Ange ou Transcendance non-thétique, ceci rappelle
la triade de l'Un, de l'Etre ou de l'Intelligible, et de l'Ame.
Il y a une antithétique religieuse de l'Ange, dont tient compte la
non-philosophie dans sa lutte avec l'Ange.
Supposons que la gnose use de l'Ange comme messager du Christ, le message se
substituant à la croix : l'Ange serait ainsi la séparation du christianisme
et de la gnose.
La non-philosophie ne s'oppose pas simplement à l'angélisme ou à son
contraire, la "crucifiabilité" ou "cruciformité" ; elle réalise leur théorie
unifiée comprenant des aspects christiques et des aspects angéliques, le but
étant d'établir l'a priori christo-angélique à la fois unifié et
unilatéralisé en-dernière-humanéité, contre la double suffisance déiforme et
cruciforme.
Futur
(2004)
Le "rebelle dans l'âme" possède une force de lutte, qui ne
présuppose plus la victoire, mais conçoit la lutte comme un simple
présupposé ou un axiome vide qui n'a plus le caractère intuitif de la guerre
effective ou engagée.
Il y a un état de la force comme possibilité et c'est la lutte par quoi se
définit le Rebelle.
Le Rebelle met en attente la victoire comme future, attente radicale qui a
déjà suspendu le Surmaître.
Si le maître vole au-devant de la victoire, le Rebelle vient, futur
au-devant du combat et ce n'est pas le même "au-devant". Nous opposons la
rébellion radicalement future à l'anticipation de la victoire. Le surmaître
s'engage dans la victoire en "y croyant", le Rebelle est engagé dans la
lutte à son corps défendant.
Gnose
(2004)
La non-philosophie est confrontée au retour de la gnose, sous
sa forme contemporaine post-marxiste, et à sa question : comment penser la
rébellion future ?
Du point de vue de la non-philosophie, la gnose non-religieuse
court-circuite une phase nécessaire, celle de son interprétation par la
philosophabilité : "avant" même l'illusion religieuse, il s'agit de
débusquer l'illusion transcendantale dissimulée dans la philosophie. La
religion n'est qu'un cas particulier de la maîtrise, réglée de façon plus
complexe et plus globale par la philosophie. User du langage philosophique
est donc une nécessité.
La gnose finit par revenir comme position doctrinale sur le flanc gauche de
la non-philosophie, en critiquant celle-ci. Le problème de la rébellion est
justement de risquer d'introduire le ressentiment et la réaction dans la
lutte contre la maîtrise, alors qu'il faut faire valoir, comme condition
même d'une rébellion non-réactive, le (non-)agir de l'Homme-en-personne.
La gnose non-religieuse suppose un Rebelle abstrait, s'ajoutant à la triade
constitutive du champ non-philosophique, d'abord parce qu'elle ne pense pas
le Réel en immanence mais par transcendance : elle réintroduit dualisme et
haine du Monde.
La gnose pose l'Immanent radical comme altérité au lieu de le poser de
manière immanente comme unilatéralité. Elle refuse de voir que le Réel peut
"donner" la pensée.
C'est pourquoi en plus de la rigueur qu'impose la découverte
non-philosophique du Réel, la gnose non-religieuse se réclame d'un
tranchant qu'elle tire de la transcendance platonicienne et du pathos
religieux de la division. Par exemple, la gnose désarticule l'identité
unilatérale de la théorie et de la pratique, elle en fait une dualité entre
théoricisme et pratique.
La contemplation gnostique sous la forme d'un doublet réel-transcendantal se
donne des "airs" d'immanence, mais le Rebelle gnostique est un
transcendantal métaphysique, dont la genèse est ignorée. La gnose
non-religieuse semble une déduction métaphysique plutôt que transcendantale
(prenant ses objets dans les mélanges philosophiques de la maîtrise et de la
rébellion) de la rébellion. La maîtrise elle-même n'est pas pensée en-Un par
le Rebelle (version non-philosophique) mais par l'Ange (philosophe
religieux, version théoriste).
Une simple mention ou allusion "platonique" à la maîtrise ne peut faire
émerger le transcendantal. Le clonage explique la genèse du transcendantal à
partir du Réel. Or la gnose se donne la religion en court-circuitant son
clonage et d'abord son être-donné-en-Réel, du moins tant que la
non-philosophie ne se l'est pas appropriée sous la forme d'une théorie
unifiée de la philosophie et de la gnose.
Dans la gnose, le Rebelle doublant le Réel ne peut intervenir sur la
maîtrise qu'au moyen de l'Ange : argument du 3è homme indéfiniment
reconduit, unité transcendante toujours présupposée mais dissimulée dans la
suture comme opération même.
En non-philosophie, la Rébellion n'existe qu'en-dernière-utopie, puisque
l'Homme et le Rebelle n'ont plus de lieu.
Par l'intermédiaire du Rebelle, l'Homme-Réel met le vide de la possibilité
négative au coeur de la maîtrise. L'esprit de lutte fournit au Rebelle la
capacité d'utiliser les armes du Maître contre lui ; la maîtrise est non
seulement l'occasion mais le matériau de la Rébellion. Bref le Rebelle est
transcendantal et non transcendantal et transcendant : dans le théorisme, ce
doublet est à l'origine du fameux "tranchant" et de la production des
"théorèmes".
Lutte
(2002)
Il existe dans le monde un Principe de Rébellion Suffisante,
faisant cercle avec la Maîtrise, stipulant qu'on a toujours de bonnes
raisons de se rebeller... Qu'elle soit de défense ou d'attaque, au service
des forts ou au service des faibles, la lutte a toujours été pensée comme
agôn (dirigée contre quelque chose) mais jamais comme telle.
La rébellion la plus universelle est "à cause sans raison" parce que cette
cause est immanente. Le mal n'est pas la cause réelle de la lutte humaine
mais son occasion ou sa conjoncture. Le marxisme et la gnose justifient la
lutte par l'aliénation de l'homme, mais il s'agit d'une lutte elle-même
aliénée qui, en cherchant à donner "raison" à la rébellion, méconnaît
l'essence inaliénable de l'homme.
Si le phénomène du mal était une cause première et suffisante de la révolte,
pourquoi se révolter plutôt que fuir ? La rébellion comme forme universelle
de notre rapport au monde ne se réduit pas à un réflexe de défense contre
les agressions de ce dernier.
La cause qui détermine transcendantalement la rébellion comme forme a priori
de notre rapport au Monde (sans devoir au Monde ses motifs) n'est pas
elle-même du Monde. L'Homme-en-personne détermine unilatéralement le Sujet
comme existant-en-lutte, et les raisons mondaines de la rébellion
n'interviennent qu'à titre de causes occasionnelles.
Dualyser la rébellion revient à combiner une première dualité, en
l'occurrence religieuse et philosophique, essentiellement mondaine, avec la
détermination humaine en-dernière-identité qui seule transforme la révolte
en lutte-de-l'Etranger.
Finalement, voici les trois conditions pour sortir des cercles vicieux
philosophiques de l'auto-défense et de l'auto-maîtrise : lutter pour et
contre la philosophie (forme du Monde), lutter (pour et contre) plutôt que
se rebeller (contre), soumettre unilatéralement le pour et le contre à
l'indifférente cause humaine.
Platonisme
(2004)
Platon, pas plus que tout autre grand philosophe, ne peut
résumer à lui seul la-philosophie, soit "l'identité de la philosophie et du
philosopher" ; on ne peut pas réduire la philosophie à la seule
transcendance (Platon), mais au mélange de celle-ci avec l'immanence.
Ramener toute la philosophie au platonisme : symptôme classique du refus
grec du judaïque dans la pensée, et donc sous-estimation de la psychanalyse
et de la déconstruction, etc.
La "philosophabilité" est cette abstraction initiale et maximale qui permet
justement d'abstraire la-Philosophie du platonisme. L'idée de transcendance
absolue comme le dualisme gnostique sont relativisés 3 fois : 1) définition
de la surmaîtrise comme mélange de transcendance et d'immanence, 2) l'idée
de philosophabilité comme caractère auto-englobant de la philosophie 3) la
philosophabilité doit être réduite préalablement en-Réel (elle n'est pas une
donnée absolue).
Sujet
(2004)
Des distinctions s'imposent 1) entre l'Homme et le Tout,
c'est-à-dire l'Homme-sans-opération de-rébellion et la surmaîtrise ; 2)
entre l'Homme non-révolté (mais capable de lutte) et le
sujet-existant-Rebelle ; 3) entre le sujet philosophique engagé (et/ou
désengagé) et le sujet-Rebelle non-engagé (mais en-lutte) ; 4) entre la
rébellion mélangée à la maîtrise et la rébellion non-rebelle (de) soi (sans
ressentiment).
En réalité ces distinctions ne se présentent pas comme des oppositions
bilatérales, mais comme des dualités unilatérales où l'un des termes ayant
le primat du Réel est forclos de l'opposition surmaîtrisante.
Trois instances se détachent : 1) l'Homme-sans-rébellion (mais non sans
lutte), 2) la surmaîtrise (maîtrise et rébellion mêlées), 3) et à
l'intersection des deux le sujet existant-Rebelle. Ce dernier est à la fois
réel en-dernière-humanéité, transcendantal par son essence (l'esprit de
lutte immanente), et dégageant l'a priori de maîrise-rébellion.
L'Homme-ultimatum est le présuppossé du Rebelle : non-révolté, séparé
sans-séparation, possibilité négative, etc. Que maîtrise et rébellion soient
données en-Homme signifie que l'Homme n'a aucun "rapport" avec elle,
forclusion véhiculée par le sujet-Rebelle.
Celui-ci ne doit pas être pensé comme une instance autonome ou absolue, mais
comme une instance elle-même triple générée par la double causalité du Réel
et de la maîtrise. Le Sujet-Rebelle transcendantal n'a pas, à lui seul, le
statut du penser. D'une part le transcendantal est une fonction du Réel,
d'autre part le Sujet est une identité transcendantale, un clone formé de
l'essence et du contenu philosophique transformé sous les conditions
réelles-transcendantales de l'essence. Ce contenu de pensée (venant de la
maîtrise) n'est autre que l'a priori. On n'isole pas le moment
transcendantal, faute de quoi la théorie reste un idéal contemplatif.
"Rebelle" ne désigne donc pas le seul moment transcendantal et abstrait : il
prend son sens par son contenu d'expérience a priori (l'"Ange").
Surmaîtrise
(2004)
La philosophie est la
véritable maîtrise ou pensée-monde, et cela pour des raisons théoriques et
méthodologiques non-contingentes, ce qui implique priorité et primauté de la
philosophie sur la religion et la politique dans la constitution du
matériau. Il faut régler le problème de la maîtrise et de la rébellion,
d'abord avec la philosophie.
Dans le cadre de la pensée-monde, ni la maîtrise ni la rébellion ne sont des
entités solitaires puisqu'elles se déterminent réciproquement en une dyade
qu'on peut appeler "surmaîtrise". Seule une rébellion non-rebelle (de) soi
pourra en venir à bout.
Seuls les hommes-en-personne peuvent se donner (non-philosophiquement) la
philosophie-monde en-personne. "Nous-les-humains" sommes le futur propre à
la rébellion, sa venue radicale au-devant du présent.
La philosophie est le surmaître en ceci qu'elle se divise "volontairement"
entre un maître et son rebelle ; faisant ainsi le rebelle elle s'assure de
l'avoir toujours vaincu. Le refus de la croyance propre au surmaître est
nommé l'en-lutte, ou esprit de lutte, soit la condition négative et
l'essence non-temporelle de la rébellion.